CHAPITRE IX
Fontenelle. — Dialogues des Morts.
Un autre écrivain, que Desmarets aurait pu choisir pour successeur s’il avait assez vécu pour le connaître, était un jeune homme très-spirituel, fort ambitieux, malgré son ex-
trême froideur, et qui devait devenir un des plus célèbres écrivains du xviir siècle, le premier peut-être après les écrivains do génie. C’est Fontenelle. Mais en 1^76 il n’était ^ guère qu’un jeune disciple de Voiture. Venu de province k Paris pour V chercher fortune, il avait débuté dans le Mercure (ialnnl , sous la direction de Thomas Corneille et du sieur de Vizé, par de petits vers d’abord applaudis et bien vite oubliés. Il avait couru les ruelles et cherché à s’élever à la renommée sur les ruines d’une comédie et même d’une tragédie tombées dès leur naissance Ces deux échecs en différent genre suffirent pour le jeter dans le parti des mécontents littéraires. Il trouvait, à faire de l’opposition contre les réputations établies, le compte de sa rancune et de sa vanité.
111 s’attaqua donc naturellement au pouvoir, et le pouvoir alors en littérature, c’était l’autorité classique, la tradition, l’antiquité, soutenue par les plus grands écrivains. Fontenelle ne pouvait être retenu par les souvenirs de son éducation. Il avait fait de bonnes études, mais à l'école des jésuites qui ne lui avaient pas enseigné le grand goût, et dont l’admiration pour ses talents précoces l’avait quelque peu gâté *. Il avait composé sur les bancs des vers latins, aussi beaux que ceux de Virgile, disait-il plaisamment, « car iis en étaient. » Mais il n’eut jamais, même à vingt ans, cette flamme d'enthousiasme qu’allume dans les âmes le pur amour des grandes beautés de l’art. Mme de Tencin, lui mettant la main sur le cœur, lui disait : « C’est de la cervelle que vous avez là \ » Il est le représentant, on pourrait
**î. La Comète, comédie. — Aspar . tragédie, 1683.
!. Les jésuites lui gardèrent toujours une grande faveur: ils l’avaient défini au collège : Adolescent omnibus partibus absolutus et inter diseipulos princeps. Plus tard, plusieurs professeurs de leurs colleges firent son portrait dans des discours publics. Trublet cite plusieurs de ces portraits, notamment celui du P. Power, longue série de jolies antithèses , dans le goto de la Compagnie. Le P. Tournemine. dans les mémoires de Tréroux, trouva moyen de louer même l'histoire des Oracles (août 1107), et de justifier Fontenelle de toute intention maligne contre la religion.