‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 55 sur 166 · I. D’Alembert , Éloge de Charles Perrault · texte numérisé non relu

I. D’Alembert , Éloge de Charles Perrault

1. Boileau lui-même, l'un des plus grauds admirateurs du roi dans un siècle que M. Villemain appelle spirituellement le siècle de l'admiration, a fait de l'opposition une fois en sa vie , quand la suppression des greffiers de la grand’chambre mit une de scs nièces à l'hôpital. Voir une lettre à Brossette . 1. 1U , p. 40.

vingt-quatre heures qui formaient l’unité classique de temps dans les tragédies de l’ancien répertoire. Mais les révolutions du goût ne s’improvisent pas, ni surtout la restauration du bon goût, qui implique un retour du public au sens commun et à la raison : car le public met bien plus de temps à y revenir qu’à s’en écarter. La république des lettres est la seule où l’on ne fasse pas de coup d’État. N’allons donc pas, dupes d’une illusion de perspective, croire qu’il suffisait à Boileau, pour imposer un terme à l’anarchie des idées littéraires, de paraître, les Satires à la main. Longtemps après qu’il eut mis en déroute les mauvais auteurs et proclamé les vrais principes, les partis subsistèrent non-seulement dans ces régions inférieures de la littérature où s’agite à toutes les époques l'opposition envieuse des talents indisciplinés contre les maîtres qui prescrivent la règle parleurs préceptes et par leurs exemples , mais même jusqu’au sein de l’Académie. Nous avons la liste des académiciens qui occupaient les trenteneuf fauteuils quand Boileau, aidé par Louis XIV qui dut prêter main forte à son génie, vint s’asseoir sur le quarantième. Quand on n’y remarquerait pas les noms de ses ennemis les plus connus, Colin, Boyer, La Calprenèdc, La Serre, on devinerait quels devaient être les sentiments de l’Académie à l’égard du récipiendaire, en lisant ce discours de réception, vrai chef-d’œuvre de bon goût et d’esprit, où Boileau s’incline devant l’Académie avec un respect un peu moqueur, et la remercie d’avoir écouté le vœu du roi, avec une reconnaissance pleine de malice. A l’époque où nous sommes parvenus, plusieurs de ses anciens adversaires vivaient encore, comme Boyer et Leclerc ; quelques académiciens, Charpentier, l’abbé Lavau, Thomas Corneille, s’étaient joints à Fontenelle et à Perrault, à qui son esprit aimable et ses qualités privées, l’aménité de son commerce et les services qu’il avait rendus dans le temps de sa faveur, avaient fait beaucoup d’amis. N’oublions pas d’ailleurs qu’il y avait dans l’admiration de “Perrault pour ses contemporains une séduction ca-

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pable de toucher l’Académie, et dans quelques-unes des idées du novateur, assez de justesse pour ôler à l’adhésion de ses confrères l’air d’une complaisance de la vanité satisfaite. Enfin, dans les assemblées littéraires où dominent inévitablement, par la supériorité de leurs talents, deux ou trois grands écrivains, il se trouve toujours un certain nombre d’esprits jaloux de se dérober à leur influence, ne fût-ce que pour ne pas paraître attachés à leur suite. Ils forment alors îi part un groupe qui se croit indépendant, parce qu’il se sépare des chefs naturels du corps, cl qui se subordonne à quelque chel moins illustre dont l’autorité les blesse moins, parce qu’elle se révèle avec moins d’éclat. C’est ainsi qu’un certain nombre d’académiciens se rangèrent autour de Perrault, pour se dérober à l’influence légitime de Boileau et de Racine. Boileau ne se résigna pas à cette faveur que l’Académie témoignait à Perrault. Il écrit à Maucroix : « Que j’aurais de plaisir à déposer entre vos mains le chagrin que me donne tous les jours le mauvais goût de nos académiciens, gens assez comparables aux Hurons et aux Topinambous, comme vous savez bien que je l’ai déjà dit dans une épigramme! * Il répond à Brosselte qui lui avait annoncé la création d’une académie à Lyon : « Je suis ravi de l’académie qui se forme dans votre ville. Elle n’aura pas grand’peine à surpasser en mérite celle de Paris, qui n’est maintenant composée, à deux ou trois hommes près, que de gens du plus vulgaire mérite, et qui ne sont grands que dans leur propre imagination. C'est tout dire qu'on y opine du bonnet contre Homère et contre Virgile, et surtout contre le bon sens, comme contre un ancien, beaucoup plus ancien qu'Homère et que Virgile*. » Deux ou trois hommes de bon sens à l’Académie, seulement! Et l’Académie comptait encore dans son sein Bossuet, Fénelon, Fléchier, Huet, Segrais, et tant d'autres ! Mais Boileau est en colère, et l'hyperbole ne lui coûte pas.

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