Floniü, Epitomc rerum Rnmanarum , lilv I. cap. i
de découvertes ne sont que des recouvrements ! Plus une idée est vraie, conforme à la nature de l’esprit humain, et intéressante pour lui, moins elle a de date certaine. On la trouve , on la perd , on la retrouve après l’avoir perdue. Des années s’écoulent avant qu’elle porte ses fruits. La propriété de l’aimant de se diriger vers le nord était connue plus d’un siècle avant qu’on inventât la boussole. Le germe du cogito, ergo sum est dans saint Augustin'. En général, ce ne sont pas les mêmes hommes qui posent un principe et en déduisent les conséquences, qui font une découverte et qui savent l’appliquer. Dieu a divisé les aptitudes et le travail. L’esprit spéculatif et l'esprit de pratique et d’exécution sont rarement réunis dans un même peuple, comme dans un même individu. Il y a des peuples de génie qui inventent, et des peuples hommes d'afTaires qui exécutent; il y a des penseurs qui découvrent , et des habiles qui appliquent la découverte, et souvent ne l’exploitent qu’à leur profit. Derrière un Colomb, qui devine un monde, il y a presque toujours un Améric Vespuce qui s’y installe et qui lui donne son nom. De même, longtemps après que des écrivains ont semé des idées, arrivent des moissonneurs qui recueillent le blé mûr, et qui souvent s’imaginent avoir déposé le grain dans le sillon. Byron disait, en exagérant cette vérité, qu’il n’y a pas d’écrivain original, et qu’on est toujours le plagiaire de quelqu’un. Et il ajoutait : « Goethe, qui croit son Faust original, a pris pour le faire un membre à Marlowe et un membre à Shakspeare; et, moi aussi, j’aurai bientôt des commentateurs qui viendront disséquer mes pensées, et sauront trouver qui les réclame *. »
l Si les écrivains du xvu* siècle, qui crurent commencer la
t. Plusieurs passages dans saint Augustin semblent contenir l’idée du Cogito, quoique Descartes se soit défendu de le lui avoir emprunté. Voy. saint Augustin , liv. XI et chap. xxvi de la Cité de Dieu; et les Soliloques, II , i, ni.