‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 96 sur 166 · I. ŒuYr«s do Saint- Êvremoml , t. IV, p. 290 et · texte numérisé non relu

I. ŒuYr«s do Saint- Êvremoml , t. IV, p. 290 et

n’étant purement établies en nous que par les lumières d’une raison instruite et enseignée. Un autre changement est celui de la politique : chez les anciens , elle n’avait pas encore lié les hommes par les nœuds d’une société raisonnable ; leurs bonnes qualités n’étaient pas assez nettement dégagées des mauvaises. Achille était vaillant et féroce, et M. Bentley, qui aime tant Horace et qui nous en promet une édition, avouera cependant qu’Horace 1 n’a pas tracé fidèlement, d’apres Homère, le caractère inflexible d’Achille, car Achille se relûche quelquefois à des puérilités fort grandes ! Sa nature incertaine et mal réglée produisait des mœurs tantôt farouches, tantôt puériles: tantôt il traînait le corps d’Hector en barbare, tantôt il priait la déesse sa mère de chasser les mouches de celui de Patroclc, son cher ami. — Les manières ne sont pas moins différentes que les mœurs. Des héros animés pour le combat ne s'amuseraient point aujourd’hui à se conter leur généalogie. Enfin, pour le style, il y a aussi un changement : la discrétion nous fera moins faire de comparaisons ; nous choisirons d’autres images. La vérité n’était pas du goût des premiers siècles, ils aimaient les métaphores, les allégories et les paraboles. Nous aimons mieux les pensées. Dire qu’une femme est aussi belle que Mme de Mazarin, ) n’est-ce pas la louer mieux que si on la comparait au soleil1? En un mot, nous envisageons la nature autrement que les anciens ne l’ont regardée. Les cieux, cette demeure éternelle' du père des divinités, ne sont plus qu’un espace immense et fluide. Le môme soleil nous luit encore, mais nous lui donnons un autre cours ; au lieu de s’aller coucher dans la mer, il va éclairer un autre monde. La terre, immobile autrefois, dans l’opinion des hommes, tourne aujourd'hui dans la nôtre,

j. Ailleurs Saint-Êvremond a dit des œuvres lyriques d’Horace : «Je m’espliquerais volontiers sur les odes d'Horace , si les grandes beautés de quelques-unes ne m'obligeaient à garder un silence respectueux pour beaucoup d'autres. » (T. VI, p. 149 : Sur In vraie el la fautte beauté des outrages d’etprii.)

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