Dedication of the Ends , p
larmes, et meme jusqu’A un certain point d’abandoner Didon. II prend la defense des comparaisons a longue queue attaqu6es dans les Paralleles par l’Abbe et le Chevalier; il compte scrupuleusement les vers des plus longues comparaisons de Ytneide; et comme il veut etre equitable, il convient qu’il y en a une de quatorze vers que Yirgile aurait certainement ramenee a douze, si une mort prematuree ne l’avait pas ravi. Mais, excepte ces deux vers surabondants, tout lui parait admirable dans YEneide. Il croirait manquer de respect a Yirgile, s’il le soupgonnait d’uneseule faute. Il est encore plus ancien que les anciens de France; il depasse Boileau; il est plus devoue que lui a la tradition, a la discipline, a la regie, et il a ecrit dans sa preface de YEneide celte phrase prodigieuse qui le peint tout entier ; « Il n’a manqud a Spenser, pour etre un poete dpique, que d’avoir lu le traitd du P. Le Bossu1. »
Au theatre, memes efforts, meme ardeur pour imiter la France. On traduisait, ou plutot on travestissait de toutes parts Corneille, Racine et Moliere. « Des qu’une piece dramatique reussit en France, a ecrit l’abbd Du Bos, qui connaissait bien la litterature anglaise, elle est sure d’etre traduite en anglais. Je ne crois pas que les Anglais aient trois traductions differentes des eglogues de Yirgile, et cependant ils ont trois traductions differentes des Horaces de Corneille2. » Du Bos a cite, pour montrer le caractere de ces imitations britanniques, plusieurs scenes dela Mere endetresse, traduction de l’Andromaque de Racine, par Philips. Du moins Philips, en accommodant Racine au gout de son pays, ne dissimulait pas 1’origine francaise de la Mere en detresse. Mais combien d’autres, sans excepter Dryden, dit encore Du Bos, « co-
1. « Spenser wanted only to have read the rules of Bossu. » (Dedic. , p. 176.)
2. Du Bos cite celle de Louver, irnprimee eij 1656; celle de Cottot, imprimee en 1671; celle de Mme Philips, achevee par le chevalier Denham et irnprimee en 1678. (Reft. ait. sur la pods, et sur la peint. , t. II, p. 462.)
piaient les auteurs frangais dans les ouvrages qu’ils donnaient pour etre de leur invention1 ! » D’autres proclamaient franchement leur superiority sur les originaux frangais qu’ils dai- .gnaient imiter. Le gentilhomme suisse dont j’ai deja parie, M. de Muralt, vit representer a Londres une piece de Shadwell, imit£e de XAvare de Moliere. II l’acheta, et il lut dans la preface la declaration suivante : « Le fondement de ma piece est pris de XAvare, de Moliere ; mais coinme il y a trop peu de personnages et d’action pour un theatre anglais, j’ai ajoute a l’un et a l’autre assez pour pouvoir redamer plus de la moitie de la piece. Je crois pouvoir dire sans vanite que Moliere n’a rien perdu entre mes mains. Aussi jamais piece frangaise n’a ete maniee par un de nos poetes, quelque mechant qu’il fut, qu’elle n’ait ete rendue meilleure. Ce n’est ni faute d’invention, ni faute d’esprit que nous empruntons des Frangais, mais c’est par paresse : aussi est-ce par paresse que je me suis servi de XAvare, de Moliere. » — « Ces nouveaux personnages dont parle Shadwell , ajoute M. de Muralt, jouent une espece de farce entre eux qui se passe a enivrer un jeune homme, a le filouter et a lui faire epouser une fille de joie. C’est la moitie de la piece que l’auteur reclame si modestement, et que jamais personne ne confondra, je crois, avec l’autre moitie2. »
Une society instruite et polie, qui s’interessait si vivement a la literature frangaise , et applaudissait jusqu’aux plus pauvres contrefagons de ses chefs-d’oeuvre, devait se montrer attentive a la querelle des anciens et des modernes. Ne recemment en France, ou l’intervention des plus grands ecrivains l’avait illustre, le dehat venait d’etre transpose en Angleterre par W. Temple, le plus populaire des auteurs contemporains, qui consacrait a la defense de l’antiquite le dernier effort de sa vieillesse. Les ecrivains anglais
1. Reflex, crit. sur la poes. et sur lapeint. , t. U, p. 463. Du Bos s’appuie sur l’autorite de Langbaine, Hist, des poetes dramatiques , p. 131.