‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 136 sur 180 · Reflexions stir la critique , p · texte numérisé non relu

Reflexions stir la critique , p

temps le public de son cote, en plaidant pour la liberie dcs opinions litteraires.

C’est surtout cette strategic de la polemique qui nous interesse aujourd’hui quand nous lisons le livre de La Motte, dont le titre, comme celui du livre de Mme Dacier, promet plus qu’il ne tient. Des Reflexions sur la critique auraient du se proposer surtout 1’expoSition des regies necessaires pour bien juger les ouvrages d’esprit; mais en rtialile, sauf Fintroduction lue a l’Acad6mie, la premiere partie des Reflexions de La Motte n’est qu’une replique aux attaques de Mine Dacier, une amplification du Biscours sur Homere, une critique nouvelle, et plus longue, de Ylliade. La Motte ne trace pas les regies de la vraie critique; iln’en avait pas le droit, car celle qu’il aurait ete forc6 d’enoncer la premiere, c’est qu’on ne doit parler que des clioses qu’on entend, et qu’il n’est pas permis de juger un poete sur une traduction. La Motte ne refute pas Mme Dacier, quand elle lui prouve pertinemment qu’il ne comprend pas Homere; il ne detruit pas ses arguments, mais il en raille agreablement la forme, et compense par l’enjouement de ses plaisanteries la faiblesse de sa discussion. Quelques critiques, difflciles en matiere de courtoisie, refusent a La Motte cet agrement et cette urbanite dont jusqu’ici on lui a fait honneur. Quand on lit les Reflexions sur la critique sans avoir parcouru d’abord les Causes de la corruption du gout , on peut trouver que les traits de La Motte sont un peu vifs contre une femme. Mais on F excuse, des qu’on a vu de pres a quel point est viril l’esprit de Mme Dacier. Ge que je reprocberais plutdt a La Motte, pour 6tre tout a fait juste, c’est de ne pas savoir assez entrer dans les idees de son adversaire, et de se priver par la d’un des plus grands merites et d’un des plus babiles proc6dds de discussion. En effet, dans une controverse il est toujours prudent de faire ressortir ce qu’il y a de juste dans l’argumentation de notre adversaire, parce que nous ne l’am^nerons jamais h notre opinion par

nos idees, mais par les siennes. Settlement, il faut pour cela que le premier desir de ceux qui disputent soit de se mettre d’accord et d’arriver alaverite, et trop souventleur seul but est de paraitre avoir le plus de raison et le plus d’esprit.

La Molle montra moins de raison, mais plus d’esprit que Mme Dacier. Son livre est rempli de traits agreables qui ont fait sa fortune. Les injures de Mme Dacier, disait-il, ont toute la simplicity des temps lieroiques. Ridicule, impertinence , temerite aveugle, bevues grossieres, folie , ignorances entassees,... ces beaux mots sont semes dans son livre comme ces charmantes particules grecques qui ne signifient rien, mais qui ne laissent pas, a ce qu’on dit, de soutenir et d’orner les vers d’Homere L » Mme Dacier lui avait reprochd d’avoir compost des operas et lu des romans. « J’ai la-dessus, repondait-il, une compensation a lui proposer. Qu’elle me passe les operas que j’ai fails, pour la traduction qu’elle a faite de YEunuque et de 1’ Amphitryon et de quelques comedies grecques d’aussi mauvais exemple, et des Odes d’Anacrdon , qui ne respirent qu’une voluptd dont la nature n’est pas toujours d’accord.... A l’egard des romans qu’elle suppose que j’ai lus, mettons-les pour les deux cents fois qu’elle a lu avec plaisir quelques pieces du cvnique Aristophane. Mes lectures frivoles ne montent pas a beaucoup pres si haut ; mais je ne veux point chicaner, et je consens que Ton mette l’un pour l’autre. »

Les gens du monde, peu compelents sur le fond du debat, gouterenl cette rdponse courtoise de l’ignorance polie a la science qui manquait d’atticisme. Les esprits independants surent gre a La Molte de revendiquer avec force le droit inamissible de reviser le jugement des siecles sur les ouvrages d’esprit , quels que soient leur dale et leur auteur, c’est-a-dire de porter dans la litterature le principe du libre examen et de continuer ainsi la tradition de Perrault, mais

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