Reflexions sur la critique , p
avec une admiration profonde pour les premiers inventeurs. « Nous serious encore dans la barbarie , disait La Motte avec une grande justesse , si nous n’avions retrouve les anciens. II nous eut fallu de nouveau d6fricher tout , passer par les commencements les plus faibles, acquerir, pour ainsi dire, les arts piece a piece, et perfectionner nos vues par l’experience de nos propres fautes, au lieu que les anciens ont fait tout le chemin pour nous. Ils ont 6te nos guides et nos maitres ; il faut les estimer et les etudier, mais non pas com me des maitres tyranniques , sur la parole de qui nous devions jurer toujours et qu’il ne soit jamais permis d’examiner. »
Le chapitre sur l’estime qu’on doit aux anciens 1 est le meilleur du livre de La Motte, le seul qui, de la polemique de detail, nous ramene aux idees generates de la question, le seul qui puisse offrir aujourd’hui un interet serieux. Mais au xvme siecle , la plupart des 6crivains, et La Motte luimeme, perdirent de vue la question philosophique, c’est-adire le sujet capital du debat, et se plongerent dans cette dispute sur flomere qui n’etait qu’une digression. Je passerai rapidement en revue ceux qui sont restes, pour ainsi dire, au bord de la question veritable. Je ne m’arreterai qua ceux qui l’ont, sinon resolue, au moins apergue et comprise, comme l’abbd Terrasson, ou qui, sans 1’ avoir tout a fait abordee, sont dignes par leur genie d’une attention respectueuse, comme Fenelon.
t. Reflexions sur la critique , premiere partie. (Euvres de La Motte, t. I, p. 13.