Apologie d’Homere, p
entre La Motte et Mme Dacier. Le moment paraissait favorable , Mme Dacier ayant epanche toute sa colere, et La Motte se trouvant dans cette disposition clemente qu’inspire le succes1. Le P. Buftier ne se fit pas prier. II caressait la pensee de presider a une reconciliation celebre qui lui ferait grand honneur dansle monde,comme une belle cure a un medecin, ou une conversion illustre a un missionnaire. II s’avance done a pas comptds entre les deux champions, l’ceil caressant, la bouche souriante, les mains tendues comme pour les reunir, et d’une voix afl'ectueuse : « II se trouve doja, ce me semble, un grand nombre de points oil il parait aujourd’hui que M. de La Motte convient avec Mme Dacier; mais on demandesi les defauts qu’il a reproches a Homere sont, ou non, de vrais defauts 2. » La en effet est le point en litige : le P. Buftier indique la question, mais, en homme prudent, il evile de se prononcer. Ses paroles sont un module de tergiversation diplomatique. Qu’appelle-t-on un defaut? Ce qui est defaut pour nous 6tait-il defaut pour les anciens? Est-ce un defaut dans un poeme epique? Mais il faudrait convenir d’abord de la nature du podine epique? En quoi consiste la perfection? Non-seulement chaque personne. mais chaque nation se fait une idee diff£rente de la perfection. Quel doit 6tre le vrai caractere d’un heros epique? Faut-il qu’il soit doux ou violent, franc ou ruse, clement ou impitoyable ? Cela depend des pays, des coutumes, des esprits et des gotits. Certes, parmi toutes ces questions, il en est de fort sensees; mais le P. Buftier se garde d’y appuyer et glisse en les posant. Il court ci la conclusion, avec force douceur et force compliments, et couronne sa lettre par cette manure de p6roraison : « M. de La Motte et Mme Dacier conviennent tous deux dans l’essentiel, savoir, qu’Homdre est un des plus grands gdnies du monde. (Le P. Buftier oublie & desscin qu’aux yeux de La
1. Homere en arbitrage , p. 24. Lettre de Mme de Lambert (1715).