‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 3 sur 180 · AYANT' PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT' PROPOS

dans les passions humaines et dans la routine , l’irregularite de leur itin6raire , leurs vives saillies en avant , leurs brusques retours en arriere ; en un mot, cette histoire de l’idee philosophique du progres, cheminant pour ainsi dire incognito , a convert sous une discussion littdraire, jusqu’a ce qu’elle puisse marcher librement et au grand jour, nous apprend la maniere dont procede l’esprit humain, par un exemple tird de l’opinion de l’esprit humain sur sa propre nature. J’essaye de retracer cette histoire : je suivrai le d6veloppement de l’idee de progres dans la querelle des anciens et des modernes , jusqu’au denoument de la discussion par la reconciliation des deux partis , jusqu’au moment ou l’id6e de progres passant des mains de la litterature, qui Fa longtemps abritee et nourrie , dans celles de la philosophic qui l’emancipe, se produit, combat et s’impose en son propre nom. On pardonnera , je Fespere, ace r6cit, des lenteurs qui sont l’image de la lente formation de Fid6e dont j’ai voulu tracer le developpement : la rapidite aurait ete, ce me semble , un defaut de couleur locale , un disaccord avec mon sujet. Je m’estimerais heureux si , a l’attrait elevd qu’un point de vue philosophique communique a une question litteraire, pouvait s’ajouter l’intdrSt que des recherches nouvelles donnent a un sujet connu. La phase italienne et la phase anglaise de la querelle des anciens et des modernes n’avaient presque jamais attir6 l’attention de la critique , et m£me dans la p6riode frangaise , souvent 6tudi6e , il restait non pas sans doute des d^couvertes a faire , je n’ai pas eu cette ambition , mais des details oublies a remettre en vue. Enfin l’avantage des discussions, c’est qu’elles r^velent non-seulement Fesprit, mais Fame des hommes; et comme les plus grands 6crivains de nos deux plus grands siecles ont pris part a la querelle des anciens et des modernes, peut-6tre

AVANT-l’ROPOS.

tronvera-t-on dans le rdle qu’ils y ont joue quelques traits curieux, qui competent l’id^e que nous avons de leurs earacteres, et nous font connaitre les moeurs litteraires d’autrefois.

Quant a la division de l’ouvrage , elle se presentait naturellernent. II y a dans la querelle des anciens et des modernes trois periodes marquees : la premiere periode frangaise au xvn' sieele, avec Desmarets, Perrault et Boileau; la periode anglaise avec Temple, Boyle, Wotton et Bentley; enfin la seconde periode frangaise au xvme sieele, avec La Motle , avec Mme Dacier. J’ai divise inon histoire en trois parlies, qui correspondent a chacune de ces periodes. C’est la succession meme des faits qui a dicte cette division.

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