‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 37 sur 180 · Art poetique , chant III, v · texte numérisé non relu

Art poetique , chant III, v

2. En ecrivant ces vers, Boileau pensait sans doute a ce passage du Clovis :

Le superbe demon qui, pour de faux hommages,

Se fit sur les autels elever les images

religion , a sa valeur sans doute , mais il n’est pas d6cisif. II vaut contre 1’abus qu’on pourrait faire du christianisme , en le compromettant dans des sujets indignes de Ini; il ne vaut pas contre l’usage. Saint-Sorlin repliquait assez pertinemment a Boileau, tout en se donnant le tort de l’accuser d’impi6te :

« Certains auteurs pretendent couvrir admirableinent leur malice, quand ils disent que c’est par le respect qu’ils ont pour la religion qu’ils ne veulent pas la traiter en po6sie, et que ceux-la sont bien t6m6raires, qui osent meler des Fictions a ses pures verit6s ; mais ils ont beau donner le nom de respect au m6pris et a la haine qu’ils ont pour elle, ils ne peuvent s’empecher de le faire paraitre dans leurs poesies et dans leurs paroles libertines. L’amour que l’on a pour une chose n’impose point ce silence ; mais il faut que l’on en parle avec autant d’estime et de respect que *son excellence le merite l. »

De plus , Boileau s’exposait a une objection immediate, le nom du Tasse, et y r^pondait par une assez mediocre raison 2.

Que vingt sifecles entiers le credule univers Adore vainement sous mille noms divers*,

Apr&s le nom fini de cinq fois cent annees ,

Depuis qu’un Dieu naissant changea les destinees,

Yoyant de toutes parts ses oracles cesses,

Ses mysteres detruits, ses temples renverses,

Et ne pouvant dompter son orgueil inflexible ,

Dans ses antres profonds hurlait d’un son horrible ,

Et faisait retentir tout l’infernal manoir,

Souffrant avec ses feux son cuisant desespoir.

[Clovis, liv. I.)

1. Discours pour prouver que les sujets chrdtiens sont seuls propres d la po6sie Mroique. (A la t&te de la derniere edition du Clovis, 1673.)

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