‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 38 sur 180 · Le Tasse, dira-t-on, l’a fait avec succes · texte numérisé non relu

Le Tasse, dira-t-on, l’a fait avec succes

Je ne viens point ici lui faire son proces :

Mais quoi que notre si^cle a sa gloire publie,

Il n’eflt point de son livre illustre ITtalie,

Si son sage heros , toujours en oraison ,

N’eflt fait que mettre enfin Satan k la raison,

Et si Renaud , Argant , Tancrede et sa maitresse N’eussent de son sujet 6gay6 la tristesse.

Les partisans du poerae chretien ne pr^tendaient pas que tous les saints fussent d’excellents heros d’epopde, ni qu’il ne les faMt occuper qu’a mettre le diable a la raison. Ils affirmaient seulement que le diable est plus poetique que Pluton. A peu pr6s dans le m6me temps que Boileau se moquait de Belzebuth hurlant contre les cicux , Milton (1667) creait 1’ admirable personnagc epique de Satan , et leguait a l’Angleterre une epopee cbretienne qui deconcertait Y Art poetique de Boileau.

Plusieurs annees apres YArt podtique , la question de la fable se pr6senta de nouveau , et la mythologie trouva pour defenseur un plus grand poete encore que Despreaux, le grand Corneille. Les deuxfrercs Santeul, Claude et Jean-Baptiste, le chanoine de Saint-Victor, engages dans une discussion et inerne dans un pari, l’un contre la mythologie, l’autre pour elle, prirent pour juge du debat un comite d’academiciens. Claude , qui avait attaque la Fable dans une piece de vers elegante et ingenieuse , fut proclame vainqueur L Jean- Baptiste perdit la gageure; mais sa piece, condamnee par l’Academie, obtint la gloire d’etre imitee par Corneille en vers charmants. Santeul s’dtait contente de vanter les graces et la beaute de la mythologie. Corneille, a cette defense de la Fable, ajouta quelques traits spirituels contre Saint-Sorlin et ses partisans :

La Fable, en nos ecrits, disent-ils, n’est pas bien ;

La gloire des patens deshonore un chretien.

L’Fglise, toutefois que l’Esprit saint gouverne,

Dans ses hymnes sacres nous chante encor l’Averne,

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