I. D'Alembert. Eloge de Charles Perrault
tant a disputer, que les jours de cong6 lui paraissaient des iours morts. Cette philosophie qu’il cherissait, dit encore d’Alembert, n’etait que la scalastique; mais elle fournissait une sorte de pature a un ecolier avide de s’exercer meme sur des chimeres, et plus fait pour les choses du raisonnement que pour celles du gout. Quand il commengait une controverse , il voulait touj ours avoir le dernier. L’auteur des Causeries du lundi a raconte avec agrement son depart du college de Beauvais : Un jour que son professeur le fit taire, il se leva, et sortit de la classe , suivi d’un camarade appele Beaurain , qui etait en tout son second. Ils allerent d’abord tous deux au jardin du Luxembourg, comme les seditieux de Rome se retiraient sur le mont Aventin ou sur le mont Sacre, et la ils deciderent de ne plus retourner au college, qui leur etait inutile, et d’etudier ensemble librement1 2.
« Nous execut&mes notre resolution , dit Perrault dans ses Memoires , et , pendant trois ou quatre annees de suite , M. Beaurain vint presque tous les jours deux fois au logis : le matin & huit heures jusqu’a onze, et l’apres-diner depuis trois heures jusqu’a cinq. Si je sais quelqtie chose, je le dois particulierement a ces trois ou quatre annees d’etudes. Nous lumes presque toute la Bible et presque toutTertullien, l’histoire de France de La Serre s et d’ Avila ; nous traduisimes le traite de Tertullien de Yhabillement des femmes ; 'nous Rimes Virgile, Horace, Tacite et la plupart des autres auteurs classiques dont nous fimes des extraits que j’ai encore. »
J’admets volontiers que la meilleure education est celle qu’on se donne soi-meme; mais encore faut-il, pour se passer de guide , qu’on sache se conduire et qu’on supplee les lumieres d’autrui par la justesse de son esprit. Dans le pro-