‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 63 sur 180 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Fontenelle. — Reflexions sur la poetique et sur la poesie en general. — Discours sur PEglogue. — Digression sur les anciens et sur les modernes 5. — Epilre au Genie , par Perrault.

Nous avons laisse Fontenelle aux Dialogues des marts. Sa ryputation etait ytablie desormais. Sa parente avec Thomas Corneille, ses relations avec le Mercure galant, son inimitie conlre Racine et Boileau, Faffinite des idyes de ses Dialogues avec celles de Perrault, promettaient dans Fontenelle une conquete precieuse et presque assurye au parti des modernes. L’imperfection meme de son gout l’indisposait naturelle-

t. Hist, de VAcad., t. II, p. 308. — 2. Ibid., t. II, p. 122.

3. La Digression parut le 30 janvier 1688. Le ler volume des Paralleles des anciens et des modernes ne fut publie que neuf mois apres , le 30 octobre de la m&me annee.

ment contre les anciens. Toujours bel esprit, il venait de composer un roman, les Lettres du chevalier d'Her. ..., ouvrage de galanterie insipide, qu’on ne peut lire aujourd’hui, sinon pour apprendre combien l’esprit le plus distingue est lent a se ddgager du faux gout. Changeant subitement de voie, et cherchant des lors a meriler le nom d’esprit universel que Voltaire lui donna plus tard1, il avait abr6g6 YHistoire des oracles , de Van-Dale, et cache l’allegorie de Rome et de Geneve sous les anagrammes de Mero et d 'Enegu (1685-1687). Il avait trente ans ; il 6tait dans une veine moderee de hardiesse, et l’annee suivante, en 1688, il se jeta, ou plutot il se glissa (car Fontenelle, meme dans ses grands jours de jeunesse, se glissait toujours et ne se jetait jamais), il se glissa dans le d6bat des anciens et des modernes, que Perrault venait de ressusciter. Avant d’examiner son Essai sur I'Eglogue et la Digression, je voudrais montrer comment les lacunes de son gout suffisent, au besoin, pour expliquer ses opinions. On comprend mieux ses jugements sur les podtes anciens, quand on commit ses idees sur la po6sie en general, exposees dans ses Reflexions sur la poetique, et d’ailleurs c’est par la th6orie qu’il est arrive a la polemique.

Fontenelle est le chef de cette singuliere ecole de poetes qui ont commence par confondre la poesie avec l’art de versifier la prose, et ont fini par la nier tout a fait. Avant Fontenelle et apres lui, deux hommes de genie, Pascal et Montesquieu, ont tourne la poesie en ridicule; mais ni Fun ni F autre ne se donnait pour un poete; ce fut une nouveaute de voir des pretres du temple, Fontenelle et La Motte, outrager leur dieu. On s’est fort scandalise de ces theories antipoetiques de cette ecole, connne si elle n’etait pas une plante naturelle de notre pays. La France a beaucoup moins d’imagination et beaucoup plus de raison qu’elle ne parait en avoir. Quoique dans le cours de son histoire elle ait fait bien

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