Digression sur les anciens etles modernes , p
de Fontenelle est un exemple qui l’a touche, et qu’il essaye d’attenuer les hardiesses de son Siecle de Louis le Grand. Pour ddfinir le gdnie, il choisit les noms de Ddmosthene, de Miron, d’Apelle et meme d’Homere :
Ce fut la (dans le palais du Beau) qu’autrefois, sans l’usage des yeux, Du siege d’llion le chantre glorieux Decouvrit de son art les plus sacres mysteres,
Et prit de ses heros les diyins caracteres;
Ce fut la qu’il forma la vaillance d’Hector,
Le courage d’Ajax, le bon sens de Nestor,
Du fier Agamemnon la conduite severe,
Et du fils de Thetis l’implacable colere.
ISvidemment Homere, tout en inspirant encore de mauvais vers & Perrault, lui inspire deja de meilleurs sentiments. Ce n’est pas une amende honorable, c’est un retour momentane de justice a l’egard des anciens et une concession a leurs partisans. Perrault va jusqu’a c61ebrer la Fable dans des vers mythologiques , dont l’ombre de Saint-Sorlin dut gemir. Mais il n’abandonne rien de son idee principale, et il acheve son epitre par ce compliment a Fontenelle, qui est en meme temps la r6cidive de son paradoxe :
En vain quelques auteurs, dont la muse sterile N’eut jamais rien chantd sans Hom6re et Virgile,
Pretendent qu’en nos jours on se doit contenter De voir les anciens et de les imiter;
Qu’en leurs doctes travaux sont toutes les idees Que nous donne le ciel pour 6tre regardees,
Et que c’est un orgueil aux plus ingenieux De porter autre part leur esprit et leurs yeux.
Combien, sans le secours de ces rares modeles,
En voit-on s’elever par des routes nouvelles!
Combien de traits charmants, sem6s dans tes Perils,
Ne doivent qu’a toi seul et leur 6tre et leur prix!
N’a-t-on pas vu des morts, aux rives infernales,
Briber de cent beautes toutes originales
Et plaire aux plus chagrins, sans redire en frangois
Ce qu’un aimable Grec leur fit dire autrefois?
De l’figlogue, en tes vers, eclate le m6rite,
Sans qu’il en coute rien au farneux Theocrite,
Qui jamais ne fit plaindre un amoureux destin D’un ton si ddlicat, si galant et si fin.
Pour toi, n’en doulons pas, trop heureux Fontenelle,
Des nobles fictions la source est. eternelle.
Pour toi, pour tes egaux, d’un immuable cours Elle coule sans cesse et coulera toujours *.
C’est la derniere fois que Perrault plaide la cause des modernes devant l’Academie. II va maintenant la porter devant le public. Ce n’est plus aux quarante qu’il s’adresse, c’est a tout le monde; il fait appel a 1’opinion, il devient chef de parti.
CHAPITUE XII.
Perrault. — Paralleles des aneiens et des modernes.
La forme que Perrault adopta pourl’exposition desesidees est celle du dialogue, forme agreable et souple, commode pour la discussion , et qui se plie a tous les sujets , philosophiques ou litteraires. Tres-usitee au xvne siecle, elle resta de mode au siecle suivant ou Montesquieu la fitservir a l’histoire, Fontenelle a la science, Galiani al’economie politique.