Preface du second volume
notamment de Longepierre et de Dacier , et terminait sa reponse par cette dpigramme, qui plut meme a Boileau *.
Ils devraient, ces auteurs, demeurer dans leur grec,
Et se contenter du respect De la gent qui porte ferule.
D’un savant traducteur on a beau faire choix;
C’est les traduire en ridicule Que de les traduire en frangois.
Mais les epigrainmes neremplacent pas les arguments. Per rault comprit qu’il importait de defendre son opinion par des raisons , de desavouer aux yeux du public les exces qu’on lui pretait, et de limiter le terrain ou il voulait se maintenir. Tel est le but de son premier Dialogue. Perrault y montre d’abord une moderation habile. On l’accuse de porter la guerre dans la literature, de se rdvolter contre les anciens! Pure calomnie! II admire sincerement l’antiquite. « Les anciens sont excellents, on n’en peut disconvenir; mais les modernes ne leur cedent en rien, et meme les surpassent en beaucoup de choses. Voilti distinctement ce que je pense et ce que je pretends prouver. » II est done l’admirateur, mais non pas l’idolatre des anciens. Cette prevention qu’ils inspirent est un prdjuge de tous les temps. Un des amis de Racan voulut un jour lui faire admirer une 6pigramme grecque. Racan se resigna , pour ne pas disputer contre un plus savant que lui. A quelques jours de la, tous deox furent invites a un repas ou Ton servit une soupe fort maigre et sans sel , du pain trempd dans l’eau chaude. Que vous en semble? dit a Racan l’admirateur de YAnthologie. — Je ne la trouve pas a mon gre , r6pondit Racan d’un ton modeste; mais je n’ose le dire. C’est peut-6tre une soupe a la grecque. — Perrault met aussi quelque complaisance a raconter l’anecdote du
t. D’Alembeit, Eloge dc Perravlt .notes, t. II, p. 189, et Louis Racine, Mdmoires, p. 97 .