Tel excelle a rimer qui juge sottement
Tel s’est fait par ses vers distinguer dans la ville ,
Qui jamais de Lucain n’a distingue Virgile.
{Art poetique , chant XV.)
la description dans son poeme, et la magicienne Erichto, avec ses herbes humeetees de l’ecume de la lune. Mais le poete moderne la mit en fuite avec tous ses attirails, attaqua toute l’ordonnance de la Pharsale , et ramena Lucain tout battant jusqu’au pied du Mont-Parnasse \ »
On souhaiterait dans ce recit plus de leg^rete, de malice et de grace. Mais cette imitation de l’epop6e homerique, ces g6neraux qui s’entre-haranguent avant le combat , cette personnification guerriere de leurs ouvrages , cette critique allegorique de leurs defauts litteraires , paraissaient aux contemporains des inventions agreables. Dans le vif de la lutte, quand des combattants illustres etaient en scene, sous les yeux du public attentif a juger les coups, on accueillit avec empressement cette allegorie mythologique , sous laquelle se cachaient quelques vues penetrantes et des intentions equitablesde conciliation. Elle etait d’ailleurs signee d’un nom distingue dans la politique et dans la litterature. L’auteur, M. de Callieres, etait un conseiller du roi, un futur ministre pldnipotentiaire a Rysvyick, et pendant ses loisirs, il avait compose quelques ouvrages dignes de sa reputation d’homrne d’esprit1 2. Dans la conclusion de son Histoire poetique, M. de Callieres emploie ses talents diplomatiques a negocier la paix entre les parties bellig^rantes. L’arret qu’il prete au souverain du Parnasse , Apollon, est le plus conciliant des arbitrages : Apollon ordonne l’oubli des injures mutuelles, il confirme Homere dans la possession du titre de Prince des poetes ; Corneille et Racine seront desormais appel6s le Sophocle et PEuripide de la France; Sophocle et Euripide, le Corneille et le Racine de la Grece; Boileau sera l’Horace des Frangais, et Horace le Boileau des Latins ; Moliere aura Id pas sur Plaute, ctmarchera de pair avec M6nandre, Aristophane, et Terence ; Balzac sera loue « pour avoir servi de