‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 96 sur 180 · Traite de la concupiscence, chap. xvm · texte numérisé non relu

Traite de la concupiscence, chap. xvm

dait la publication de la lettre d’Arnauld, « atin de n’etre pas priv6 du plus grand honneur qu’il eut regu en sa vie1. » II avait raison de tenir a cet avantage; mais plus il etait grand, plus on comprend que Perrault ait h^site a le lui accorder. Ce fut probablemenl le refus de l’ecrivain condamne par uneautorit6 si haute, de laisser publier sa condamnation, qui retarda la conclusion de la paix. Toutefois, en annoncant a Arnauld la rupture des negotiations, Boileau avait soin de tenir une porte ouverte a un arrangement futur. « En quelque lieu que vous soyez, je vous declare, monsieur, que vous n’avez qu’a me mander ce que vous souhaitez que je fasse pour parvenir a un accord, et je l’executerai ponctuellement, sachant bien que vous nc me prescrirez rien que de juste et de raisonnable.... Obtenez de vous et de lui que votre lettre verra le jour, et jelui donne sur tout le reste carte blanche.... Faut-il me dediredetout ce quej’aiecrit contreM. Perrault? Faut-il lire tout Saint-Paulin? You sn’avez qu’a dire; rienne me sera difficile2. »

Quel honorable exemple que la conduite de ces grands esprits du xvne siecle ! Quelles bonnes dispositions a effacer leurs torts, quand une voix impartiale s’interpose et les convie ala concorde ! Quels vrais grands hommes qu’un Arnauld, qui plaide tour a tour aupres de Boileau pour la memoire de Claude Perrault3, aupres de Charles Perrault pour la reputa-

1. Lettre xi, Remerdment a M. Arnauld (juin 1694). — 2. Ibid.

3. Louis Racine cite, dans ses Me'moires , une lettre d’Arnauld, ou se trouve ce passage : « Je n’eus pas plutot recu les OEuvres diverses , que je me mis a lire ce qu’il y a de nouveau. J’en ai ete merveilleusement satisfait , et je doute que le bon Homere ait jamais eu un plus exact et plus judicieux apologiste que M. Despreaux, dans ses Reflexions sur Longin. C’est tout le remerdment que je vous supplie de faire de ma part a l’auteur, et d’y ajouter seulement que j’estime trop notre amitie pour la mettre au nombre de ces amities vulgaires qui ont besoin de compliments pour s’entretenir. Je passe encore plus loin , et j’ose assurer qu’il ne trouvera pas mauvais que je lui remarque ce que j’ai trouve dans ses Reflexions critiques , que je souhaiterais qui n’y fut pas, et ce qui n’aurait pas du y etre, s’il avait fait plus d’attention a cette belle regie qu’il a donnee dans sa dixieme epitre : « Rien n’est beau que le vrai. » Ce que je souhaiterais qui ne fut pas dans les Reflexions, est ce que j’y ai trouve de M. Perrault, le medecin. On dit,

tion de Boileau, et qu’un Boileau, qui defere avec tant de bienseance et de dignite au voeu d’Arnauld ! C’est ainsi que nous voyons Racine promettre a Despreaux de ne paslaisser paraitre cette seconde lettre contre Port-Royal, qui devait, lui disait son ami, faire tant lionneur a son esprit, mais qui attaquait « le plus doux des liommes, M. Nicole ! » Quelles legons de grandeur d’ame pour les eerivains! et quels droits a l’admiration n’ont pas conquis ces illustres honnetes gens, par ces belles actions plus difficiles a faire que leurs chefsd’oeuvre , car c’etaient des victoires remportees sur euxm6mes et sur leurs passions!

Perrault, qui 6tait digue aussi de s’associer a tous les sentiments honorables, finit par consentir a la publication de- la lettre d’Arnauld, et la reconciliation entre les deux adversaires s’accomplit quatre jours avant la mort de leur conciliateur, le 4 aout 1694 Ils se rencontrerent et se tendirent la main. Pour mieux marquer la sincerite de son retour, Boileau annonga au public la conclusion de la paix dans une 6pigramme ou Pradon payait les frais de la guerre 2. Quelque

sur la foi d’un celebre architecte , que la facade du Louvre n’est pas de lui , mais du sieur Le Vau.... Cela ne me parait avoir aucune vraisemblance , bien loin d’etre vrai.... Je ne crois pas qu’il soit permis d’oter a un homme demerite, sur un ou'i-dire , l’honneur d’avoir fait cet ouvrage.... Je souhaiterais aussi qu’il fflt dispose A declarer que ce qu’il a dit du medecin de Florence n’est qu’une exageration poetique que les poetes ont accoutume d’employer contre tous les medecins, qu’ils savent bien qu’on ne prendra pas pour leur vrai sentiment ; et qu’apres tout, il reconnait que M. Perrault le medecin a passe, parmi ses confreres, pour un medecin habile. »

1. Letlres d’Arnauld (vn, 618). — Boileau, t.IV , p. 377 , ed. B.Saint-Prix.

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