‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 98 sur 180 · Lettre cxvn, a Brossette · texte numérisé non relu

Lettre cxvn, a Brossette

ainsi dire, autant de marques de courtoisie. La paix ne fut done pas troublee;elle dtait sincere de part etd’autre;Perrault 6tait honnSte homme, et quant a Boileau, onpouvait compter sur lui quand il consentait a se r£concilier. II resta l’ami fidele de Boursault et de Quinault, dont il avait etd I’ennemi, et un jour qu’il parlait d’eux a Racine : « Voila bien des gens, lui dit Racine, a qui vous avez pardonne. Il me semble que vous avancez furieusement dans le chemin de la perfection1. » Boileau ne devint pas l’ami de Perrault; tous deux vivaient dans la retraite, Boileau presque toujours souffrant, Perrault occupe a ecrire l’histoire des Homines illustres de la France et les contes ebarmants qu’il avait racontes en famille : la Belle au bois dormant , 1 q petit Chaperon rouge, le Chat botte , et la Barbe bleue, le Figaro et l’Othello des enfants2. Mais sileur reconciliation n’alla jamais jusqu’a l’amitie, ilsresterent dans les termes d’une mutuelle estime, et se donnerent des marques de bonne volonte. Boileau , quoiqu’il efit fail la paix sans accepter de conditions, adoucit quelques passages de ses oeuvres, a l’intention de Perrault, et supprima celui de la Satire des femmes que j’ai cite plus haut. Perrault fut sensible a ces t£moignages de bienveillance, et en mourant, il chargea son fils de « faire de grandes honnetetes a Boileau, et de l’assurer qu’il mourait son serviteur3. » Boileau 6tait trop sincere pour affecter plus de regrets qu’il n’en sentit. Il ne s’exposa pas, par une ostentation de chagrin, a ce qu’on lui appliquat les vers de Corneille :

0 soupirs! 6 regrets! Oh! qu’il est doux de plaindre

Le sort d’un ennemi quand il n’est plus a craindre!

Interroge par Brossetle sur les sentiments que cette mort lui avait fait eprouver, il lui temoigna franchement qu’il n’y avait pris d’autre int6ret que celui que l’on prend a la mort

1. Lettres de Racine a Boileau, lui. — 2. Les Contes sont de 1697 ; le

premier volume des Hommes illustres , de 1696, et le second de 1700. —

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