CHAPITRE PREMIER
L'ACTION
Aspect nouveau de la question.
La période primitive avait eu pour signe distinctif la curiosité provoquée par les terres neuves. Peu de personnes en avaient su prévoir l'utilité. Toute la science coloniale se réduisait à prendre possession nominale de contrées quelconques et à y chercher de l'or. On suivait l'exemple de l'Espagne; parfois, on songeait à l'affaiblir en l'imitant. Par suite, les explorateurs tâchaient de devancer leurs concurrents dans les régions inconnues. Ils tenaient très secrets leurs préparatifs, mais proclamaient très haut leurs résultats. En somme, cette colonisation factice laissait tout l'avantage à l'Espagne, qui avait réellement trouvé les terres d'or.
Mais l'idée vint bientôt de tirer un profit politique
et économique des colonies. On la voit poindre en France sous le règne de Henri IV, qui marque la transition entre la première et la seconde phase de notre développement colonial. Henri IV donne Tordre de coloniser effectivement ; il concède le premier des privilèges commerciaux à des Compagnies. Ghamplain se fait l'ouvrier de cette œuvre nouvelle; Lescarbot et Montchrétien en sont les apôtres. « On a assez veu et oui parler de terres nouvelles, dit Lescarbot, il est temps de les coloniser. » C'est le mot d'ordre de ; l'époque de Richelieu.