‹ Histoire de la question coloniale en FranceChapitre 18 sur 51 · MÉMOIRES DE LA RÉGENCE · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DE LA RÉGENCE

Un des plus remarquables est le goût général pour les entreprises d'outre-mer, qui va s'accentuant et profitera à Golbert. Les mémoires et projets du temps de la Régence ne sont guère moins nombreux qu'à l'époque précédente. Us ont, de plus, un caractère pratique qui montre que la théorie est désormais bien assise, et la tradition fixée. En voici quelques exemples.

En 1646, le sieur Dolu, fils du représentant du duc de Montmorency dans sa charge d'amiral (l), ayant, comme il dit, « faict thrésor de plusieurs mémoires et relations des aventures faictes es pays d'oultre-mer * , demande à mettre sous les yeux de Mazarin ses notes sur la Guyane, « pour, si Son Éminence trouve à propos, y former un plus grand effort à l'accroissement de la France, que ne fera et ne pourrait faire une Compagnie de particuliers » . Il reçut, en effet, le 24 août

(1) Cf. Mémoire sur la traite de la Nouvelle -France (Archives. Affaires étrangères, Amérique, I, f° 350).

1649, un privilège pour fonder une Compagnie, à l'effet « de faire des colonies (1) » .

En décembre 1647, un sieur de N... demande, en un long mémoire, des encouragements pour établir une Compagnie des Indes orientales, sur le modèle de la Compagnie hollandaise. « La France, dit-il, pourrait octroyer à une Compagnie orientale les marchandises dans son pays et y convier toutes autres nations étrangères pour participer dans icelle Compagnie, sous telles libertés, franchises et privilèges que les États Généraux ont octroyé à leurs subjects Et par ce moyen

establir le négoce des Indes orientales dans les pays de France, mesme que cela attirera les équipages des navires, des manufactures et autres commodités par lesquelles un Estât se rend par mer considérable... Secondement, la France pourrait, tant dehors que dans le pays, convier des croiseurs de mer comme en Hollande a esté faict Oultre cela, ellepourrayt soubs

favorables conditions establir à Dunkerke la petite et grande pescherie. Comme aussi en la France et à Dunkerke pourrayt estre establi le commerce du Nort, au regard du boys, goudron, fer, cuivre et autres choses que ces gens ont besoin et dont la France abonde,... ce qui causera un grand amas de peuple, grand commerce et conséquemment une grande richesse et prospérité dans le pays (2). »

(1) Archives Affaires étrangères, Amérique, I. t°* 352, 353.

(2) Id. 9 ibid., I, f>370.

C'est, on le voit, une Compagnie purement commerciale que propose le sieur de N... Cette variété manquait à la collection de Richelieu. La Compagnie des Indes orientales de 1664, et surtout la Compagnie des Indes du dix-huitième siècle, répondront seules à cette conception. Ce mémoire marque donc un vrai progrès dans la théorie coloniale, incomplète jusqu'alors. De plus, il peut passer pour une apologie des Compagnies privilégiées, et il témoigne de l'adhésion générale à ce procédé que Richelieu a fait prévaloir en France et transmis à Colbert. Au même moment, le P. Fournier, dans son Hydrographie, en fait le même éloge, et un Nantais surenchérit encore dans un livre assez intéressant pour avoir mérité une réimpression récente, sous le titre : Le commerce honorable, ou Considérations

politiques contenant les motifs qui se trouvent à

former des Compagnies pour V entretien du négoce en

France (1).

Faut-il encore tenir compte de la proposition du chevalier Gerbier, faite en 1649 (2), d'aller à la recherche d'une mine d'or, avec un fonds de 67,000 livres fourni par les marchands français et une provi-

(1) Nantes, Guillaume Le Monnier, Grande Rue, a l'enseigne du Petit Jésus (in-4°, 361 pages). — Dédicace à de La Meilleraye, signée F. M. — Un Nantais, M. Udhart-Matifeux, qui a en partie réimprimé l'ouvrage, l'attribue à Jean Eon, en religion Mathias de Saint-Jean.

(2) Affaires étrangères, Amérique, I. — Gerbier a été secrétaire de Buckinghain, ambassadeur du Roi à Bruxelles, maître des cérémonies à la cour de Londres. Il vint en France avec Henriette.

sion de 16,000 écus avancés par le Roi, « côme Christophe Colomb eust aultre fois du roy d'Espagne pour semblable voyage » ? Gerbier était Anglais, et une note en marge du mémoire fait observer que « le roy d'Angleterre se peult emparer de tout son bien » . Mais il paraîtrait que ce fut l'ambassadeur de France, de la Ferté-Imbault, qui provoqua cette communication, destinée d'abord au Portugal. A ce titre, elle est à retenir comme preuve de l'intérêt manifesté par le gouvernement de la Régence et par ses agents en faveur des entreprises d'un caractère colonial.

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