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LE GOUVERNEMENT APRÈS COLBERT

Ne nous laissons pas influencer par l'impopularité de Golbert. Voltaire la dit : « Il est plus aisé en France qu'ailleurs de décrier le ministère des finances dans l'esprit du peuple ; ce ministère est le plus odieux, parce que les impôts le sont toujours. » Un ministre honnête, mais dur, soucieux de la misère, mais forcé de la créer pour subvenir à des dépenses qu'il réprouve, devait être plus que tout autre impopulaire. La coterie des amis de Fouquet, toujours pleine de rancune, les

rentiers privés de leurs quartiers, les traitants punis, les novateurs condamnant tout un système économique, ont poussé de telles clameurs que le peuple, malheureux malgré Colbert, a accusé Colbert de son malheur.

Ce n'est pas le colonisateur que vise cette réprobation. Pourtant, il faut bien convenir que la réaction qui se produit contre la politique de Colbert, après 1683 (1), a bien un caractère anticolonial. Le gouvernement de Louis XIV protège encore, plus ou moins maladroitement, le commerce, les Compagnies et les colonies. Pontchartrain, pour consommer le sacrifice d'Utrecht, étudie en un long mémoire, encore inédit, les droits et les intérêts de la France dans les deux Amériques, et quelque chose delà pensée de Colbert s'y retrouve (2). Mais la préférence dont Louvois est l'objet dès 1682 est un fait significatif.

Colbert et Louvois représentent, auprès de Louis XIV, les deux tendances entre lesquelles la France, grâce à sa situation à la fois continentale et maritime, a toujours oscillé : d'une part, l'action sur mer et l'essor vers le commerce et les colonies ; de l'autre, l'action sur le continent et l'effort vers l'extension des frontières ou la prépondérance en Europe. Colbert disparu, Louvois entraîne son maître et son pays dans ce dédale

(1) M. Ferry a rencontre la même impopularité et provoqué la même réaction. Mais il n'était pas ministre des finances.

(2) Archives Affaires étrangères : Indes occidentales, t. XIX. Le Mémoire, fort étendu (54 pages), est daté du 2 janvier 1712.

d'intrigues et de guerres européennes, qui aboutiront à la perte de notre empire colonial et à la diminution de nos forces productives. Industrie, commerce, marine, colonies, toute l'œuvre de Colbert, tout ce qui avait assuré, durant vingt ans, la vraie gloire du « grand règne » , est rejeté au second plan. On met au premier les acquisitions territoriales, les revendications hautaines, la force militaire, tout ce qui, enfin, flatte l'orgueil d'un roi égoïste et vaniteux, tout ce qui, au détriment de la France, profite à la dynastie bourbonienne. C'est pour cela, et pour avoir poussé à cette action par pur intérêt personnel, que Louvois a mérité d'être appelé le mauvais génie de son roi et de sa patrie (1).

Les contemporains les plus clairvoyants sont cependant pour Colbert et son œuvre. Saint-Simon, qui maltraite si fort Louvois, dit de Colbert : « Il ne songeait qu'à rendre les peuples heureux, le royaume florissant, le commerce étendu et libre, remettre les lettres en honneur et utilité, avoir une marine puissante. » Ces paroles ne sont pas seulement une justice rendue ; elles sont une protestation contre l'abandon d'une œuvre à laquelle beaucoup applaudissaient*

(1) Cf. Saint-Simon : Parallèle des trois Bourbons (édition Feugère), p 256.

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