MÉMOIRE (1775) SUR LES COLONIES D'AMÉRIQUE
(8AN8 DATE. AKOSYME.)
Les colonies que la France possède en Amérique ont été établies pour servir à l'augmentation du commerce et de la richesse nationale ; elles suppléent par la consommation considérable qu'elles font des ouvrages de nos manufactures et des productions territoriales, aux débouchés extérieurs dont la diminution devient de jour en jour plus sensible en proportion de l'attention que nos voisins donnent à perfectionner leurs manufactures, leur agriculture, et à étendre leur commerce : elles fournissent à nos armateurs, en échange des denrées qu'on leur porte, des sucres, des caffés, des cottons, du cacao, de l'indigot, du rocou et autres productions de cette espèce, en assé grande quantité pour suffire non-seulement à la consommation intérieure du royaume, mais encore à l'aprovisionnement de la plus grande partie des nations de l'Europe, ce qui est d'un grand poids dans la balance du commerce, devient pour nous une source intarissable de richesses, de population et de force, et rend ces colonies dignes de toute l'attention du gouvernement.
(I) ArchÎTct coloniales, Mémoires généraux, U XXI, n° 65. — Cahier de 105 pages.
La France possède en Amérique une partie de l'isle Saint- Domingue, les isles de la Martinique, Sainte-Lucie, la Guadeloupe et dépendances, de Cayenne et toute la partie de la Guyane, à prendre de la rivière de Maroni jusqu'à la baye de Vincent Pinçon, enfin les isles Saint-Pierre et Miquelon, dans l'Amérique septentrionale, à l'entrée du golfe Saint- Laurent.
Pour donner une idée juste de ces différentes possessions, je vais faire le tableau en raccourci de leur situation actuelle quant à la religion, au gouvernement, à l'administration de la justice, à la police, à la finance, à la population, au commerce et à la culture.
Je commencerai par les objets communs à toutes les colonies.
(Suit un développement sur les productions de l'Amérique; nous le supprimons, pour abréger; il n'apprend rien de nouveau.)
C'est cette différence entre les productions de l'Europe et celles de l'Amérique, et l'échange qui en est établi entre ces deux parties du monde, qui rend nos colonies si utiles à la métropole. — Mais ces colonies, qui n'ont été fondées que pour la plus grande prospérité du commerce national, que la France a formées, qu'elle conserve et protège à grands frais, n'existeraient cependant que pour l'avantage des nations étrangères si ces nations pouvaient les approvisionner et en achetter les productions : c'est ce qui a donné lieu aux lois prohibitives contenues dans les lettres patentes de
Les colonies ne pouvant achetter ni vendre qu'aux négotians ou armateurs français, le commerce national ne doit donc jamais les laisser manquer des objets dont elles ont besoin ni d'occasions de se deffaire de leurs productions, mais ces obligations entre le négotiant et le colon ne sont guère scrupuleusement remplies de part et d'autre. Les habitants des colonies font le plus qu'ils peuvent le commerce de contrebande, malgré les batteaux du domaine et les corvettes
envoyées pour s'y opposer ; le commerce de France, de son côté, les laisse souvent manquer des objets de première nécessité, principalement de nègres et de morue...