CHAPITRE TI
Les pionniers de la foi aux États-Unis. — La France et l'apostolat. — Les Jésuites dans le Maine. — Le P. Le Caron dans la Nouvelle- Angleterre. — Jugement de Bancroft. — Samuel de Champlain. — Coup d'œil sur l'avenir des missions américaines.
La mission de la France en Amérique fut avant tout celle de l'apostolat chrétien. La conversion des indigènes semble, en effet, avoir été la grande, pour ne pas dire l'unique, préoccupation des rois et des ministres de ce noble pays, soit qu’ils songeassent à y fonder des colonies ou même à y faire des découvertes. Aussi, l'on peut dire que les peuplades sauvages, tant des États-Unis que du Canada, qui ont eu le bonheur d’embrasser la foi, doivent exclusivement cette insigne faveur aux missionnaires de langue française.
Jamais, peut-être, on n'a pu dire avec plus de vérité qu'en Amérique : « Gesta Dei per Francos. » Ï n'est pas un fleuve, un lac, une forèt de ce continent, des Alleghanys aux Montagnes-Rocheuses, du golfe du Mexique à la baie d'Hudson, qui n’ait été remonté, traversé ou parcouru par quelques-uns des héroïques enfants de la France, qui, armés d’un crucifix, n'ayant pour bagage qu'un bréviaire el un autel portatif, s’en allaient, au prix de mille dangers, conquérir des âmes à Dieu.
C’est avec un ‘ieux respect et un orgueil légitime que nous allons mettre en lumière l’œuvre de ces missionnaires sur le territoire américain. Cette œuvre sublime, qui surpasse les travaux des fameux conquérants, comme le ciel l'emporte sur la terre, évoque tout simplement le souvenir ou donne la vision du Collège apostolique marchant, au sortir du Cénacle, à la conquète du monde.
Hélas! ces ouvriers de la première heure sont plus ou moins oubliés maintenant, et la race qui leur a donné le jour est menacée dans son existence en Amérique par ceux-là
mèmes qui ont
Pour mission de cultiver le champ arrosé de leurs sueurs,
C'est pourquoi nous voulons remuer les cendres de ces martyrs et de ces apôtres, exhumer en quelque sorte leur mémoire, et, tout en rappelant l'héroïisme des premiers missionnaires de ce PaYs. proclamer bien haut qu'il serait téméraire de porter une main sacrilège sur l'arbre qui à produit les Jogues, les Brébœuf, Les Lalement, les Allouez, les Marquelle, etc., et surtout de chercher à le déraciner d'un sol
qui lui doit, dans une si large mesure, la bonne semence de l'Evangile et le bienfait de la civilisation
Ilest assez difficile de retracer les courses apostoliques et les travaux des Mmissionnnaires français aux États-Unis. Ceuxci eurent, dès le commencement, leur siège d'opérations au Canada et, lemporairement, en Acadie. S'ils vinrent dans certaines parties de la république américaine, alors soumises à la France, ce ne fut d'abord que par ricochet, à des époques irrégulières ou par accident ; soit qu'ils y fussent conduits par une expédition guerrière, dans un but d'apostolat, ou par violence, pour y subir le martyre. Peu à Peu, cependant, les missions françaises prenant de l'ampleur, on les vit pénétrer dans la zone destinée à devenir américaine, y précéder mème la domination de la mère-patrie, el s'y établir chrétientés florissantes.
On comprendra sans peine c l'historien qui s'exerce ainsi,
en fondant des
ombien est ardue la tâche de veut suivre celte action apostolique, qui Par voie de rayonnement, et simultanément en un pays d'une immense étendue. IL lui fant se transporter ici et là, à des centaines de lieues de distance, aller lanlôt dans une mission, tantôt dns une autre, et extraire, en quelque sorte, de la trame générale de l’histoire. le rôle destes conquérants qui, sans c affluent, comme le sang dans l'organisme humain, du cœur des Possessions françaises aux exlrémités, el mème au delà, de ce vaste empire colonial qui, un jour, comprit dans ses limites les quatre cinquièmes des États-Unis.
La difficulté va s'accentuant davantage vers la fin de la
de ces mocsse en Campagne, refluent,