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Quoi qu'il en soit, dénoncé au commandant anglais comme Espagnol, bien qu'il füt né à Grenoble, le P. Biard et son compagnon, devenus suspects, devaient ètre sacrifiés à la vengeance de leurs malheureux compatriotes de l'Acadie, dès leur arrivée à Jamestown, quand une tempète les sauva. Le navire qui les portait perdit sa route, fut poussé vers l'ile de Fayal, aux Acores. Le commandant Turnel, lieutenant d'Argoll, qui commandait ce navire, se trouva dans une dangereuse position. Dénoncé par les Jésuites, il eût été traité en ennemi par les Portugais. Il préféra s’en rapporter à la parole de ces religieux qu'il avait tant maltraités et leur demanda de se tenir cachés lorsqu'on viendrait faire la visite de son bâtiment. Les deux Jésuites y consentirent et linrent parole. Cette visite faite, le capitaine anglais eut la liberté d'acheter tout ce qu'il voulut, après quoi il se remit en mer. Acrivé en Angleterre, Turnel, qui n'avait point de commission, quoiqu'il représentàt l'accident qui l'avait séparé de sun commandant, fut regardé comme un déserteur de la Virginie et mis en prison. Il n'en sortit que sur le témoignage des jésuites, qui trouvèrent encore là l’occasion de rendre le bien pour le mal.
Ceux-ci, capturés en pleine paix, n'eurent pas de peine à recouvrer la liberté. Réclamés par M. de Biseau, l'ambassadeur de France, ils purent s'embarquer à Calais et rentrer dans leur pays. Telles furent les premières tentatives pour la conversion des indigènes dans la Nonvelle-Angleterre. Si le succès ne couronna pas les efforts des quatre ou cinq Jésuites dévolus à cette tâche, il faut s'en prendre aux Anglais de la Virginie, qui détruisirent l'établissement de Me de Guercheville, tout juste au moment où la conquète des âmes allait devenir facile dans le pays des Malécites, qui venaient d’être les témoins de la guérison miraculeuse d’un enfant baptisé par le P. Biard (1).
Quelques années plus tard, un autre missionnaire, le P. Joseph Le Caron, franciscain, viendra visiter les peuplades situées à l'ouest de la Nouvelle-A''eterre. Ecoutons Bancroft, le grand historien américain. Son témoignage vaut la peine d’être médité : « Ce religieux avait pénétré dans les
2ÿ HISTOIRE DE LA RACE FRANÇAISE
terres des Mohicans (la tribu des Mohicans habitait depuis les bords de la rade de New-York jusqu'à Buzzard's Bay, où est maintenant New-Bedford), plusieurs années avant que les frères Pèlerins n’"bordassent au Cape Cod. En se dirigeant vers le nord, il était arrivé dans le pays de chasse des Wyandots (Iroquois qui habitaient depuis Albany au lac Champlain, dans le Vermont et l'État de New-York). Obligé par ses vœux de mener la vie la plus Pauvre, voyageant à pied ou en canot d'écorce, il avait toujours marché en avant jusqu'à ce qu'il eût atteint les rivières du lac Huron. Aucune raison de commerce, ni l'ambition de son souverain ne portait la France à établir son autorité jusqu'au cœur même de notre continent. Son motif était la religion. Les Français ont entrepris la conquête de l'Amérique, moins dans des vues politiques que pour remplir les vœux les plus chers de l'Eglise qui embrasse tous les membres de !1 grande famille humaine dans le mème amour, sans avoir égard aux difrérences de races et de couleurs (1). »
On voit par les relations de Champlain que ce même religieux accompagna la troisième expédition de ce dernier contre les terribles Iroquois.
L'illustre fondateur de Québec avait, six ans auparavant, découvert le lac qui porte son nom. Écoutons la description qu'en fait Charlevoix : « Quand on est au milieu de ce lac, on découvre, au midi et à l'occident, de très hautes montagnes, dont les plus éloignées, qui en sont à 25 lieues, paraissent presque loujours couvertes de n° :-e, Les vallées qui les séparent sont très fertiles, et, au ter + dont je parle, elles étaient toutes peuplées d'Iroquois. A :: ,urd'hui, il n'yena plus qu'au midi... Au sortir du lac Chan; lain, il faut franchir un second rapide, après quoi on entre dans un outre lac qui n’a que quatre où cinq lieues de long, et qui porte le nom de Saint-Sacrement. »
À celle époque reculée, l'étendard du Christ et celui de la France, alors si intimement unis l'un à l'autre, firent donc irruption plus d'une fois sur le territoire américain. Québec venail à peine de naître sur son fier promontoire, et déjà nous YOYonS raÿonner son action civilisatrice et religieuse qui,
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ave” 4e temps, s'étendra à l'Amérique du Nord presque tout entière.
« Pendant que la puissance politique et militaire de la France s ‘implantait, avec celte première forteresse, sur le sol du Canada, l'Église catholique venait s'asseoir de son côté, dans les solitudes de ses forèts. Les humbles enfants de saint François avaient évangélisé les tribus huronnes, ei Québec avait à peine cinquante habitants que déjà, depuis des années, les PP. Le Caron, Sayard et Viel avaient arrosé de leurs sueurs le sol du Haut-Canada et annoncé la parole de Dieu à la tribu neutre des Hurons, qui demeurait sur les eaux du Niagara (1). »
Toutelois, l'histoire des missions chrétiennes n'est encore qu'à ses débuts, comme celle de la race vigoureuse dont nous voulons retracer l'action dans la république des États-Unis. De nouveaux ouvriers évangéliques vont entrer en scène sous le règne mème de Champlain. Les enfants de saint Ignace, arrivés à Québec en 1625, commencent, à proprement parler, la période héroïque de l'apostolat chrétien, tant au Canada qu'au sud de la ligne 45°. Seulement, nous ne les verrons que peu à peu envahir les immenses régions où les suivra l’'étendard de la France chrétienne.
Conformément au plan que nous nous sommes tracé, nous nous tiendrons, dans notre récit, en deçà de la frontière actuelle des États-Unis, nous contentant de signaler à l'attention du lecteur les progrès de celte activité dévorante qui, après avoir inondé de son zèle apostolique les vallées du Saint-Laurent, de l'Ottawa, du Saguenay et le pays des Hurons, tinira par déborder et se déverser dans l'immense territoire qui s'étend entre les Alleghanys et les Montagnes Rocheuses, des grands Lacs au golfe du Mexique.
Entre temps, nous verrons des missionnaires français rougir de leur sang le sol américain et porter les lumières de la foi aux farouches guerriers des cinq nations, à quelques milles d'Albany.
(1) L'abbé Brasseur De BoursourG : Histoire du Canada, p.'h
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