CHAPITRE IV
Les li quois où les cinq nations. — Le Pl. Jogues tombe entre lew rai s avec deux Français et 22 Hurons. — Captivité et souffrances lu ssionnaire. — L'un de ses compagnons est massacré sons ses veu. — Délivrance. — Captivité et supplices prolongés du P. Bres-
ï — Michelet et les Jésuites, Un cabnniateur en mauvaise pos- - Le P. Jogues, ambassadeur chez les Huro5ns — Ses bourlui fo hr accueil. — Retour précipité au Canada. — H est
Net à ‘re des Iroquois., — Un coffret malencontreux. — L: ‘traité en ennemi. — Sa murt.
Nous 1 aurions nous faire une idée de la terreur qu'ins-
piraient aux premiers colons du Canada les farouches Iroquois. Ce cri sinistre : Les Iroquois ! avait tant de fois retenti dans les campagnes nouvellement établies entre Montréal et Québec, préludant presque toujours à d'horribles massacres! Aussi, malgré leur courage, les Jésuites n'ostrent point tout d'abord se hasarder dans le pays de ces barbares. C'eût été s'exposer à une mort certaine, précédée par d'effroyables torlures (1).
Celle nation belliqueuse. que Champlain eut le tort de transformer en ennemie irréconciliable de la Nouvelle- France, et qui devait, par la suite, anéantir, ou à peu près, les chrétientés naissantes chez les autres peuplades sauvages dominait au sud des lacs Erié, Ontario, du Saint-Laurent, jusqu'à la rivière Richelieu et dans le voisinage des Abénakis. Elle formait une confédération composée des Agniers ou Mohawks, des Onnontagués, des Goyogouins, des Onneyouts et des Tsonnontouans. Le nom propre des Iroquois était
@) Le premier sauvage de cette nation qui ait embrasse la foi chrétienne fut un prisonnier de guerre, rencontré et converti par le P. Brébœut, chez Les Hurons, Le saint missionnaire réussit à lui administrer le baptême a vot qu'il subit les derniers supplices. « C'est ainsi, nous dit Charlevoix, que homme fut assez henreux pour passer de cette sspèce d'enfer au séiour des élus, à en juger du moins par les dispositions dan lesquelles il parut mourir, » Ceci se passait en 1640.
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Agonnonsionni, c'est-à-dire, faiseurs de cabanes. « Le premiet nom leur a été donné par les Français et vient du mot hiro, j'ai dit, par lequel ils finissaient généralement leurs discours, et du mot koné, eri de joie ou de tristesse, selon qu'il était prononcé long ou court (1). »
Le premier missionnaire qui pénétra dans le pays iroquois pour y séjourner fut un captif, Son nom, qui sera un jour, nous l'espérons, inscrit au catalogue des saints, était Isaac Jogues, Ce saint religieux naquit à Orléans, le 16 janvier 1607.
Il tomba aux mains de ces barbares avec deux jeunes gens, René Goupil et Guillaume Couture. au moment où il retournait, en compagnie d'une quarantaine de Hurous, au pays de ces derniers. Le lieu où les Iroquois se tenaient en embuscade est à une faible distance de l'embouchure du Richelieu, au milieu d'un groupe d'iles, à la tête du lac Saint-Pierre
Au moment de L'attaqwe, les Hurons s'enfuirent dans les bois, Le P. Jogues aurait pu se sauver : mais, Voyant des néophytes et lun de ses -ompagnons, René Goi il, prisonniers, il vint partager leur capli ité, ce que firent également Guillaume Couture et Fhéroïque chef huron, Eustache Ahasistari, qui devait bientôt payer son attachement au mini-tre de Dieu par les plus effroyables supplices.
Les captifs, au nombre de 27 où 23, furent conduits pat leurs bourreaux au pays des Iroquois, en passant par le lac Champlain etle lac Georges. «Les premiers parmi les hommes blancs, Jogues et ses compagnons, contemplèrent ce lac aux aspects romantiques et qui porte le rom du maussade souverain hanovrien, au lieu de celui qui & svrait rappeler Le doux martyr qui nous occupe ici. Comme un belle naïa!: du désert, il reposait entre les deux montagnes dent les : chos ent reçu le baptême du feu: la solitude v regnel alor. seule en maitresse, et le son des trompettes. le zrendems at du canon et le sifflement meurtrier des | s n'avaient pas encore éveillé ses rives endormie (2) Ils passerent près du lieu où, un siècle plus tard, devaient élever les remparts de Ticondéroga, et, après avoir € obus à travers d'innomqui remplissaie 1 air d émanations des
beables ilots bois
(1) GanxEAU : Histoire de Cana bp (2) Pankmax : Les Jésuites dans lAnt 7
pins, des cèdres, des mélèzes, ils vinrent débarquer près de l'emplacement du futur fort William Henry.
Ayant laissé là leurs canots, les Iroquoisse mirent en marche avec leurs prisonniers vers le village mohawk (r) le plus rapproché. On traversa l'Hudson supérieur, et, treize jours après avoir quitté le Saint-Laurent, les captifs arrivaient au terme de leur douloureux pèlerinage, dans une bourgade palissadée située sur les bords de la rivière Mohawk, à 48 kilomètres de Renselaerswich (aujourd'hui Albany).
Ces 13 jours furent une série interrompue de privations, de fatigues et de mauvais traitements. La fureur des barbares semblait se concentrer sur le P. Jogucs, dont l'inlassable patience irrilait, au lieu de la calmer, la cruauté de ses bourreaux. Écoutons Parkman faire le récit de l'arrivée du missionnaire el de ses compagnons dans la ville iroquoise :
« Les cris de guerre des vainqueurs annoncèrent leur approche et la fourmillière sauvage s'élança devant eux, le long de l'éminence sur laquelle était établie la ville : jeunes el vierx portaient lous un bâton ou une baguette de fer acheiée aux Hollandais de l'Hudson : ils se placèrent sur une double ligne, s'étendant de l'arrivée à l'entrée de la ville : puis, à travers « cet étroit sentier du Paradis », ainsi que le nomme Jogues, on conduisit les captifs eu une file unique, Couture en tête, suivi de quelques Hurons, puis Goupil, puis venaient les autres Hurons et entin Jogues. Leur passage était salué d'une tempête de cris, de hurlements et de coups; l'un d'eux tit tomber Jogues, mais comme une fois étendu à terre, la mort était imminente, tout en trébuchant, il se releva et suivit ses malheureux compagnons. Les sévices ne cessèrent qu'en entrant dans la ville où on les placa sur une haute plate-forme au milieu de la place. Les trois Français étaient les plus maltraités et affreusement défigurés ; Goupil particulièrement, qui, contusionné de la tête aux pieds, ruisselait de sang. »
« On les laissa reprendre haleine au milieu des clameurs de la foule, puis un chef donna le signal en s'écriant : « Allons caresser un peu ces Français ! » et la foule impitoyable
@) Les Anglais désignent sous ce nom les Iroquois ou la tribu des Agniers,
s'élança sur la plate-forme le couteau à la main. Ils ordonnérent à une Algonquine prisonnière, bien que convertie, de couper le pouce de Jogues (1). « Trois fois la pauvre femme recula d'horreur; enfin, menacée de perdre la vie, elle obéit. D'une main tremblante et le cœur serré, elle détacha, ou plutôt scia à sa racine le pouce désigné et le jeta par terre. L'homme de Dieu ne poussa pas un soupir. « Je le ramassai, ce membre coupé ». dit-il, « et je vous le présentai, à mon Dieu, vivant et véritable, en mémoire des sacrifices que depuis sept ans j'avais offerts sur l'autel de votre s'glise, el comme une expiation du manque d'amour et de respect que j'avais eu en touchant votre saint corps (2). I serait révoltant de citer toutes les tortures auxquelles on les soumit dans le but d'épargner leur vie, tout en multipliant la souffrance, A la nuit, on les descendit : ils furent étendus sur le sol d'une des maisons, les membres attachés à des pieux, el les enfants, jaloux d'imiter les cruautés des parents, s'ingéniaient à placer des charbons sur les corps sans défense et si endoloris des prisonniers, que le moindre mouvement pour tenter de se délivrer de celte nouvelle plaie augmentait la souffrance (3). Après trois jours d’indicibles tourments, les prisonniers furent conduits à huit kilomètres plus loin dans un village voisin, du nom d'Andagaron, où, durant deux longues journées, ils eurent à essuver des mauvais traitements el des cruautés de toutes sortes, Puis, entin, le triste cortège s'achemina vers la dernière station de cette route douloureuse d'un nouveau Calvaire, que les sauvages désignaient sous l'appellation de Tionnontoguen, située à 16 kiloinètres environ d'Andagaron.
Tout en subissant de nouvelles tortures, le P. Jogues, qui ne cessait d'exercer son apostolat, eut le bonheur de convertir quatre nouveaux prisonniers hurons, qu'il rencontra en mortant sur le théâtre où on devait le donner en spectacle, Les nouveaux chrétiens moururent peu de temps après avoir reçu le baptème, et allèrent proclamer au ciel l'héroïque vertu du grand Jésuite. Ils furent bientôt suivis par trois des compagnons de captivité du P. Jogues, Eustache Ahasistari, Paul
(1) Panbuan : Les Jésuites, ete. bd. 156.
@) Le R, PE, Mani : Le P. Isaac Jogues, p.112, G) PankMaAN : bid,, p.153.