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Ononchoraton, son neveu, et Étienne, dont le nom sauvage n'est pas connu. Ces trois héros expicèrent dans les trois différentes bourgades, en donnant à leurs bourreaux le spectacle, jusque-là inconnu chez ces barbares, d’un invincible courage allié à la charité qui pardonne. Couture fut adopté dans une famille pour remplacer un parent mort de celle-ci. Cette adoption bizarre le sauva.
Le P. Jogues et Goupil furent amenés au premier village où demeuraient ceux qui les avaient pris el réduits en esclavage. C'est là que René Goupil tomba sous la hache d'un meurtrier, martyr de sa piété et de sa grande dévotion pour le signe de la Croix.
Un vieil indien, l'ayant vu enseigner ce signe sacré aux enfants, appela un de ses neveux et lui dit : « Va ! tue ce chien de Francais. Les Hollandais nous ont appris que ces signes qu'il à faits sur mon petit-fils ne valent rien. Je crains qu'il ne lui arrive quelque malheur. »
Cette commission barbare fut exécutée. sous les yeux mêmes du P. Jogues, à la porte d'une cabane. le 29 septembre 1642 René Goupil avait alors 35 ans. IL mourut en prononçant les noms de Jésus et de Marie, Cet humble auxiliaire d'un apôtre, apôtre lui-même, n'a pas, que nous sachions, de monuments de pierre où de marbre sur les places publiques pour perpétuer sa mémoire et redire son nom aux générations américaines de l'avenir. Cependant, aux yeux de Celui qui juge en dernier ressort les actions humaines, il doit être plus grand que la plupart de ces héros où grands hommes dont les prétendus exploits sont dus le plus souvent à l’orgueil et à l'ambition.
Après la mort de son compagnon d'infortune, le P. Jogues sentit la solitude peser de tout son poids sur son pauvre cœur qui avait déjà dévoré tant d'amertume. Il vécut entre la vie et la mort p :ndant les longs mois de l'hiver, à peine vêtu, obligé de porter de lourds fardeaux et n'ayant pour nourriture qu'un peu de farine de maïs et l'ean du ruisseau. Toutefois, soutenu par la grâce, il n'omit rien des exercices de la vie religieuse et trouva moyen de se livrer aux labeurs de l'apostolat. « Toute la consolation du P. Jogues », nous dit son historien, « était de se retirer dans le petit oraloire champêtre qu'il s'était construit dans la forêt, à une
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petite distance de la cabane. Il s'y rendait aussitôt après avoir accompli son devoir d'esclave et pourvu à la provision de bois pour la journée, et là, sans feu, sans autre abri que quelques branches de sapin pour se protéger contre le vent, il restait des heures entières à genoux sur la neige, pour s'entretenir avec son Dieu, au pied d’une grande croix qu'il avait taillée, dans l'écorce d’un arbre. Là, il iméditait, il priait, il lisait le livre de l'Zmitation de Jésus-Christ, et il s'excitait à une sainte ferveur en pensant qu'il était presque seul à aimer et à honorer le vrai Dieu dans ces vastes contrées (1). »
Nous ne suivrons pas le saint missionnaire durant les longs mois de sa captivité où il fut, en plus d'une cireonstance, comme la bète de somme des féroces ennemis des Français, leur souflre-douleurs et l'objet de leur haine. Il parvint à s'échapper de leurs mains au mois d'août 1643, et. après avoir langui plusieurs semaines dans une sombre cachette à Renselaerswich, il put enfin se rendre à Manhattan (New-York), dont le fort délabré avait une garnison de 60 hommes et qui se composait, à cette époque, de quelques rangées de maisons occupées par des lahoureurs et des artisans. Le directeur général, Kieft, le recut avec bonté, pourvut à ses besoins et lui donna le passage gratuit sur un petit navire partant pour l'Europe. Après une longue et pénible traversée, il arrivait enfin sur les côtes de la Bretagne, et, Le 5 janvier 164%. sous des vêtements qui n'annonçs ‘ent guère qu'un mendiant, il frappait à la porte du couvent des Jésuites de Rennes.
Le P. Jogues venait à peine de recouvrer la liberté, qu'un autre religieux de la mème compagnie devint lui aussi la vietime des farouches Iroquois. Le > avril 164%, le P. Joseph Bressani, jésuite italien, né à Rome, et missionnaire au Canada depuis deux ans, tomba en leur pouvoir, à quelques lieues des Trois-Rivières, au mo:nent où il se dirigeait, avec un jeune garçon francais et quelques sauvages, aux pays des Hurons.
Les eaux du lac Champlain virent de nouveau la flottille
QG) LeR.F, Manrix : Le P. Isaac Jogues, p. 153.
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iroquoise, chargée de prisonniers, retourner vers le théâtre des atrocités que nous avons racontées. Après avoir atteint l'extrémité sud du lac et reconstruit de nouveaux canots, les vainqueurs s’acheminèrent vers | Hudson supérieur. En route, ils rencontrèrent un campement de pêche de quatre cents des leurs. et, dès lors, commencèrent les tourments de Bressani. « Ses persécuteurs lui fendirent la main entre le qua. trième et le cinquième doigt ; puis, il fut battu à coups de bâtons, jusqu’à être couv: rt de sang, et on le replaca sur une des plates-formes destinées à ces cruelles exhibitions.….. Toutes les nuits, durant une semaine, les cris, les injures, les Mauvais traitements semblables à ceux que nous avons décrits précédemment, se succédèrent : chaque soir, un chef parcourait le campement en criant : « Allons, enfants, venez: caresser ns prisonniers, »
« La gent sauvage se précipitait alors vers la hutte où gisaient les captifs : ils enlevaient les fragments de soutane déchirée qui, seuls, recouvraient le missionnaire :ils le brülaient avec des pierres rougies et des charbons ardents, le forcaient à marcher sur des cendres brûlapies, rôtissaient tantôt un ongle, et tantôt une Phalange, réservant leurs plaisirs pour en retrouver le lendemain : ces infamies se prolongeaient jusque vers deux heures du matin, après quoi on laissait le malheureux par terre, fortement attaché à quatre poteaux, ayant à peine un morceau de peau de daim pour se couvrir (1). »
« Pendant un mois entier », dit le P. Bressani, racontant luimême son propre martyre, « nous eûmes à subir ces cruaulés et de plus grandes encore, mais nous ne reslämes que huit jours dans ce premier lieu, Je n'aurais jamais cru que l'homme eût la vie si dure. »
Ils arrivèrent enfin au premier village iroquois, et les tortures redoublèrent de violence. La bastonnade, les coups de poing, la mutilation des doigts et des mains, le supplice du feu, ete., tout fut employé contre le missionnaire avec un raffinement de cruauté inouï. « Ils me mirent de l'ordure dans la bouche, et me brülèrent le reste des ongles et quelques doigts des mains. Ils disloquèrent les doigts des pieds, et nie
(1) PaRKMAN : Les Jesuites, etc , P. 205.
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percèrent un pied avec un lison..….. Pendant la nuit, je reslais étendu sur la terre nue, et attaché, seion leur coutume, à plusieurs piquets, par les pieds, les mains et le cou. Pendant six à sept nuits, les moyens qu'ils prirent pour me faire souffrir sont tels qu'il ne m'est pas permis de les décrire, et on ne pourrait les lire sans rougir… Après un tel traitement, je devins si infect et si horrible que tout le monde s'éloignait de moi, comme d’un cadavre en putréfaction, et on ne m'approchait que pour me tourmenter. »
« Je trouvais diflicilement quelque personne charitable pour me mettre la nourriture dans la bouche, ne pouvant me servir d'aucune de mes mains qui étaient extrémement enflées et en pourriture. J'avais donc à souffrir aussi de la faim. Je fus réduit à manger (les grains de blé d'Inde crus, au détriment de ma santé. Le besoin me fit même trouver du goût à mâcher de l'argile, quoiqu'il me fut impossible de l'avaler. J'étais couvert de sales insectes, sans pouvoir m'en délivrer ni m'en défendre. Les vers naissaient dans mes plaies, el, dans un seul jour, ilen tomba plus de quatre d’un de mes doigts. « J'ai dit à la pourriture : vous êtes mon Père, et aux vers : vous êles ma mère et mes sœurs (Ds
Ces souffrances qui font frémie durèrent quatre longs mois. On avouera que ce récit abrégé des tortures endurées par les PP. Bressani et Jogues, auxquelles étaient également exposés tous les autres missionnaires du Canada, cadre mal avec celextrait d'an article de Michelet dans la « Revue des Deux- Mondes » du 15 janvier 1863 : « Les Jésuites, rois du Canada, maitres absolus des Gouverneurs, avaient là de grands biens, une vie large, épicurienne »: el plus loin : « Les relations des Jésuites n'ont garde d'expliquer ce qu'étaient leurs martyrs. Ils ne l’étaient pas pour la foi, c'étaient des martyrs politiques. »
Il est impossible d'être plus étroitement sectaire et plus bêtement partial que ce prétendu grand historien de la France. Ce littérateur jacobin, qui a chanté les horreurs de la Révolution, avait l'âme trop basse pour rendre justice, parce qu'ils étaient religieux, à des hommes qui, par leur abnégation et leur héroïsme, firent briller le nom francais
Q) Jos, xvit, 14.
d'un éclat incomparable : il a préféré les calomnier, C'était son affaire; qu'il en porte maintenant la honte devant l'histoire,
Le P. Bressani fut donné entin à une vieille dame, pour remplacer un parent défunt de cette dernière ; mais il était dans un si pitoyable état que l'Indienne l'envoya avec son tils au fort Orange pour y être vendu aux Hollandais. « Ceuxci montrèrent la même générosité qu'ils avaient déjà témoignée à Jogues : ils donnèrent une généreuse rançon (15 ou 20 doppies où 36 à 6o dollars) pour sa délivrance, lui fournirent des vêtements, le remirent sur pied, puis l'embarquèrent pour La Rochelle, où il arriva le 15 novembre ; dès le printemps suivant, inutile et déliguré, mais la santé rétablie, il repartait pour braver les couteaux et les tortures des 1roquois (1). »
Deux ans après la délivrance du P. Bressani, le pays des Agniers fut niis en émoi par l'arrivée des ambassadeurs que leur envoyait le gouverneur de Québec, M. de Montmagny. La paix venait d'être conclue, à Trois-Rivières, entre les Iroquois, les Français et leurs alliés. 1] s'agissait maintenant d'en aflermir les bases et de prévenir de nouvelles hostilités qui, étant donné la nature inconstante el belliqueuse des Iroquois, pouvaient, d’un jour à l'autre, recommencer. Au nombre de ceux qui portaient le rameau d'olivier aux farouches WMohawks, se trouvait le P. Jogues, de retour au Canada depuis deux ans. Ilrefit, accompagné de quatre guides agniers, d'un Français, N. Bourdon, et de deux chefs algonquins, le chemin de sa douloureuse caplivité, mais en bonne condition celle fois ; de nouveau, il vitse dérouler la nappe limpide du Champlain, les eaux sombres du lac Georges auquel il donna le nom de Saint-Sacrement, parce qu'il ÿ arriva le jour de la Fête-Dieu, le 36 mai 1646. Dans un endroit de pèche, où ses guides le conduisirent, en se détournant de leur chemin, afin d'y obtenir du secours pour le transport des bagages, le bon
Père rencontra une jeune Huronne chrétienne, élève des Ur-
(Gi) PankMax : Les Jésuites, P. 206,
LE LAC GEORCES
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AUX ÉTATS-UNIS 3% sulines de Québec, tombée en mème temps que lui aux mains des Iroquois. Elle était mariée et n'avait rien perdu de sa ferveur. « Privée de son chapelet, elle en récitait chaque jour les prières sur ses doigts, ou en marquait les dizaines avec de petits cailloux. Les leçons de ses bonnes institutrices avaïent fructifié, et, loin de rougir de son baptème, elle s’en gloritiait. » Elle s'approcha du tribunal de la pénitence, et les paroles du Père ranimèrent ses sentiments de foi et de piété. »
Après un moment d'arrêt à l'habitation hollandaise de Renselaerswich, où le commandant du fort d'Orange les accueillit avec une grande bienveillance, les voyageurs se rendirent à Ossernenon, dont le nom avait été changé en celui de Oncougiouré. Le P. Jogues lui donna la dénomination plus chrétienne de Sainte-Trinité.
« Le 16 juin, il s’y tint une assemblée générale des capitaines et des anciens du pays pour la réception des ambassadeurs. Elle fut brillante et solennelle. Les présents placés, selon l'usage, devant les spectateurs nombreux, témoignaient de la magniticence du roi de France et de ses intentions pacifiques. »
Le P. Jogues, qui parlait parfaitement la langue des Iroquois, prit la parole ct, dans leur style, proposa à ces barbares une paix durable, leur demandant la liberté de Couture et de Thérèse, la jeune Huronne dont nous avons parlé.
« Le Français captif fut relâché ; les sauvages mirent sur lui un collier de deux mille grains de porcelaine : « Voilà », dirent-ils, « le lien qui le retenait. Prends le prisonnier et sa chaine, et fais-en ce qui plaira à Ononthio (r). »
Quant à Thérèse, ils répondirent que la liserté lui serait rendue dans le village voisin. « Voici un collier de 1.500 grains », ajoutèrent-ils, « pour garantie de notre parole. »
« Les négociations de la politique n'avaient pas fait perdre de vue au missionnaire l’objet de ses désirs et le but secret de sa mission. Il administra les sacrements à plusieurs chrétiens hurons ei algonquins captifs, et leur apprit à porter la croix avec mérite. Il visita et soulagea les malades, et envoya au ciel plusieurs enfants moribonds. »
@) Nom donné par les sauvages au gouverneur de Québec.
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Go HISTOIRE DE LA RACE FRANÇAISE
Les négociations terminées, le P. Jogues dut retourner de suite à la Nouvelle-France : car les Agniers redoutaient un coup de main de la part des Iroquois du haut pays contre les Algonquins qui l’accompagnaient.
Les ambassadeurs quittèrent le bourg de la Trinité, le 16 juin, et marchèrent jusqu’au lac Saint-Sacrement. Là, ils firent des canots d'écorce, et le 29, jour de la fête de saint Pierre et saint Paul, ils abordèrent à Trois-Rivières, et le 3 juillet, à Québec.
Le succès de son voyage inspira une nouvelle ardeur au P. Jogues et lui tit concevoir le projet d'aller passer l'hiver au milieu des Iroquois.
« Dans le candide désir de son cœur, il les voyait déjà prèter l'oreille à ses discours, se soumettre aux enseignements de son divin Maitre, embrasser la foi eten devenir un des glorieux triomphes après en avoir été la plus infranchissable barrière. »
Dans une consulte que le P. Lalemant tint avec les 5 2 Le Jeune et Vimont, et à laquelle assista le P. Jogues, le succès d'un nouveau voyage parut si douteux que le projet d'hivernement fut suspendu, « à moins qu'il ne se présentàt quelque occasion favorable ». En attendant, le P. Jogue. fut renvoyé à Montréal pour y continuer son ministère auprès des sauvages.
Toutefois, peu de temps après, les circonstances avant changé, on inscrivit dans le journal du Supérieur de Québec ces simples mots : « Arrèté l'hivernement du P. Jogues aux Iroquois. »
Le saint missionnaire se mit en route, le 27 septembre, accompagné d'un jeune Francais, Jean de la Lande. et de quelques Hurons qui, tout en prenant soin du canot et des bagages, profitaient de l'occasion pour visiter leurs parents aplifs ; mais ces derniers, effrayés de la témérité de l’entreprise, l'abandonnèrent bientot, à l'exception d'un seul. Resté seul avec deux compagnons, le P. Jogues n'en continua pas moins son chemin.
Pendant qu'il s'avancait ainsi au milieu de la solitude des lacs et des forèts, qui, à cette saison, commençaient à se nuancer des couleurs vives de l'automne, l'orage grondait contre lui chez les peuplades qu'il allait évangéliser. Un petit coffre
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« qui contenait son modeste viatique et quelques objets de piété », et qu'il avait confié à son hôte du bourg de la Sainte- Trinité, comme gage de son retour, en fut la cause innocente.
L'ignorance et la superstition firent soupconner aux Iroquois qu'il y avait, dans ce dépôt, un charme secrei qui devait préparer leur ruine et faire le malheur de leur pays. Après le départ du Père, « les fléaux les plus redoutés semblèrent fondre sur la contrée. Ce fut premièrement une maladie contagieuse qui fit beaucoup de victimes, et, ensuite, l'apparition de certains petits vers qui détruisirent presqu'entivrement la récolte. Il n'en fallait pas tant pour faire triompher la calomnie et surexciter tous les esprits. »
La malle fut jetée dans la rivière et, pendant un mois avant l'arrivée du missionnaire, les ennemis des Français et de la prière réussirent à souffler partout la haine et la vengeance contre celui qu'on regardait cemme l'auteur de tout mal.
Le Père, qui ignorait ces dispositions hostiles, avait cu de sinistres pressentiments et ne s'était pas dissimulé les dangers de sa mission. Qu'on en juge par le passage suivant d'une lettre qu'il écrivait à un Jésuite de France, avant de partir : — « Le cœur me dit que, si j'ai le bien d'être employé dans cette mission, bo et non redibo (j'irai et ne reviendrai pas): mais je serais heureux si le Seigneur voulait achever le sacrifice là où il l'a commencé, et que le peu de sang répandu en cette terre fût comme les arrhes de celui que je lui donnerais de toutes les veines de mon corps et de mon cœur. »
Le P. Jogues n'était pas encore à mi-chemin que la partie remuante et irascible de la population iroquoise l'emportait sur les plus sensés et les plus prudents, et que, malgré les promesses récentes d'amitié, la guerre était déclarée contre les Français, les Hurons et les Algonquins. Une bande de guerriers qui marchait sur le fort Richelieu rencontra le P. Jogues et son compagnon à deux journées du village. Se jeter sur lui, le dépouiller de ses vêtements, l’accabler d'injures et l'emmener prisonnier fut l'affaire d'un instant.
Le 19 octobre 1646, Jogues et son compagnon, La Lande, faisaient leur entrée dans la bourgade d'Andagaron (Sainte- Trinité), où le serviteur de Dieu avait déjà passé ses treize mois de captivité. Les coups de poing et de bâton se joigni-
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rent bientôt aux cris de mort qui retentissaient de toutes parts à leurs oreilles. Un sauvage furieux enleva au Père des morceaux de chair sur les bras et sur le dos et les dévora en disant : « Voyons si cette chair blanche est une chais de manitou, »
Le courage du patient ne se démeniit pas. « Non », lui répordit-il, « je suis un homme comme vous; mais je ne crains ni la mort ni les tourments. Pourquoi me faites-vous mourir? Je suis venu en votre pays pour cimenter la paix, aflermir la terre, et vous montrer le chemin du ciel, et vous me trailez comme une bète fauve! Craignez les chiiiments du Maitre de la vie. »
Cependant. la division était au milieu de la tribu. Les uns, partisans de la paix et respectueux de la loi j:vée, protestaient contre ces violences et prenaient ouvertement la défense des prisonniers. Une grande assemblée fat même convoquée à Tionnontogen, la plus considérable des bourgades des Agniers, située à 16 ou 20 kilomètres plus loin. Ici, le parti de la paix l'emporta. Il fut décidé que les captifs auraient la vie sauve et la libercé : mais le parti acharné à leur perte n'attendit pas les suites de cette résolution, et le crime était déjà consommé quand les députés du conseil revinrent pour le prévenir.
Le 18 octobre au soir, le P, Jogues fut invité à prendre Son repas dans une cabane qui appartenait à la famille de l'Ours. Le serviteur de Dieu suivit humblement ses bouxrreaux, Au moment où il franchissait le seuil de la cabane, on lui asséna un coup de hache qui l'étendit mort. Sa tête fut aussitôt tranchée et placée sur un des pieux de la palissade d'enceinte, la face tournée vers le chemin par lequel il était venu.
Le lendemain, de grand matin, son compagnon, Jean de la Lande et le Huron qui les avait conduits eurent le mème sort; leurs corps furent jetés dans la rivière.
Cette mort d'un saint et d'un martyr fut la première semence de la foi dans le pays des Mohawks qui devint plus tard une partie de l'État de New-York. Elle fut suivie de la conversion d'un Iroquois qui recut une blessure au bras en voulant protéger le missionnaire contre son meurtrier, et par celle de l'assassin lui-même qui tomba, l’année suivante,
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entre Les mains des Français et fut livré aux Aigonquins. Cet homine, qu'on soumit à la toiture, écout: docilement les sis. sionnaires, fut baptisé et mourat chrétien
Comme le Christ sur la Croix, l'apôtre des Iroquois avait en mourant, prié pour ses bourreaux