‹ Histoire de la race française aux États-Unis [microforme]Chapitre 15 sur 73 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le P. Lejeune hiverne dans le Maine au milieu des Montagnais. Un sorcier peu aimable, — Le P. Dreuillète visite les mêmes régions, — Changements survenus chez les sauvages. — Le Vendredi saint, —

Les Abénakis. — Les Récollets, — Le P. Deuillète ambassadeur à Boston. — Plymouth. — Salem. — Nouvelle ambassade à New- Haven.

Les relations des Jésuites en 1634 nous ont conservé le souvenir d'un hivernement du P. Paul Lejeune chez les Montagrais, dans les forèts du Maine. Ce voyage, entrepris dans un but d'apostolat et pour lui permettre d'apprendre la langue algonquine, fut peur le Jésuite un pénible apprentissage de la vie de missionnaire. Il a raconté, lui-même, les privations dont il eut à souffrir, les fatigues et les inconvénients de toutes sortes qu'il eut à endurer au milieu des sauvages, el surlout, les persécutions d'un sorcier où d'un médecin de la tribu qui le prit en aversion et ne cessa de l'accabler de ses grossières railleries. « Ce misérable homme et la fumée ont été les deux plus grands tourments que j'aie endurés parmi ces barbares: ny le froid, ny le chaud, ny l’incommodité des chiens, ny coucher à l'air, ny dormir sur un lict de terre, ny la posture qu'il faut tenir dans leurs cabanes. se ramassant en peloton, ou se couchant, ou s'asséant sans siège, ny sans matelat, ny la faim, ny la soif, ny la pauvreté et la saleté de leur boucan, ny la maladie: tout cela ne m'a semblé qu'un jeu à comparaison de la famée et de la malice du sorcier (1). »

Ceci avait lieu en 1633,

Treize ans plus tard, le P. Gabrielle Dreuillète s'achemina à son lour vers ces régions qui comptaient déjà un bon nombre de chrétiens, ear ses compagnons étaient tous convertis.

QG) Relations, 163%, p. 207.

Ils considéraient le missionnaire comme leur ami et leur père.

« Les prières, la messe, toutes les formes du culte s'obscrvaient ; on éleva une chapelle en écorce d'arbre à chaque campement, et aucune fête de l'éy ‘ise ne se passa sans célébration (17. »

Un fait digne de remarque, et qui montre jusqu'à quel point la foi avait fait des progrès chez ces peuplades indiennes, c'est que, le Vendredi saint, après avoir étendu sur la neige leurs meilleurs vêtements de castor et y avoir placé un crucitix, ces pauvres gens s'agenouillèrent devant cet autel rustique et prièrent pour la conversion des froquois leurs ennemis. La haine, si tenace chez l'Indien, avait donc disparu dans le cœur de ces Montagnais, pour faire place aux sublimes sentiments de la charité.

« Lorsque nous étudions », dit Parkman, «les résultats de ces missions, nous nous rendons compte combicr, l'influence française et celle des Jésuites s'étendaient bien au-delà du cerele des.convertis, car plusieurs :: bus idolàtres subirent un notable adoucissement de mœurs. » Et ailleurs : — « L'évidence abonde qui prouve qu'en enseignant les dogmes et les préceptes de l'Église romaine, les missionnaires iniliaient aussi les sauvages à toutes les lois morales du Christianisme, » Et entin : — « Quant à la forme de religion que les Jésuites enseignaient, les protestants auront beau vouloir la ridiculiser, l'expérience est là pour démontrer qu'elle était la seule accessible à leur naiure inculte et barbare, »

Le P. Dreuilléte, parti de Sillery, le 00 août 166, atteignit les eaux du Kennebec et descendit vers les villages abénakis. Là, il soigna les malades, baptisa les mourants et répandit quelques instructions religieuses. Il descendit la rivière Narridgewood jusqu'au premier poste de commerce anglais, où s'est élevée plus tard la ville d'Augusta, De Hà, il se rendit sur les bords de la mer, à l'embouchure de la rivière Penobscot. Les Récollets établis en cet endroit depuis quelque temps, car ils y avaient un couvent, le reçurent avec beaucoup de cordialité,

Nous n'avons pu, jusqu'ici, parfaitement éclaircir ce point de

(1) Pannuax : Les Jésuites, p. 40.

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l'histoire des missions de la Nouvelle-France qui à rapport aux Récolleis. Ils arrivent à Québec, font quelques excursions chez les sauvages : le P. Le Caron traverse la Nouvelle- Angleterre; puis le silence se fait sur ces bons religieux qu'on est tout surpris de retrouver sur les ruines de Saint- Sauveur et sur les rives de Kennebec. Quoi qu'il en soit, en 1646, ils étaient établis au milier des Abénakis et des Monlagnais : nous comprenons davantage les étonnants progrès du catholicisme chez ces peuplades.

« Le P. Dreuillète trouva sur les bords du Kennchec des PP. Capucins, qui y avaient un hospice : ces religieux avaient encore une maison à Pentagoët (Saint-Sauveur) et ils servaient d'aumôniers, non seulement aux Francais établis sur loute celle côte et sur celle de l'Acadie, mais encore à ceux que le commerce y attirait (1). »

Maurault, dans son //istoire des Abénak:is, jette auelque lumière sur la question : « Nous sommes portés à croire », dit-il, « que quelques-uns de ces missionnaires (les Jésuites) pénétrèrent jusqu'à la rivière Pentagoët (Penobscot), vers 19%: car, dans leurs relations de cette époque, il est fait mention des Etchemins et des Pentagoëts.

« Ces sauvages furent aussi évangélisés par les PP. Capucins, qui s'établirent en Acadie vers 1640. Quelques-uns de ces religieux ailèrent établir un petit hospice à Pentagoët, où ils résidèrent vie dizaine d'années. »

« Le P. Dreuillète employa tout l'hiver et le printemps à \isiter les différentes bourgades de cette contrée, baptisa quantité d'enfants et quelques adultes moribonds, et trouva partout un grand désir d'être instruit. Des jongleurs mêmes se déclarèrent ses disciples et brûlèrent tout ce qui avait servi à leurs sortilèges (2). »

De retour à Québec, le printemps suivant, le P. Dreuillète exposa à ses supérieurs les magnifiques résultats de son voyage, et il fat décidé d'établir une mission permanente chez les Abénakis. Ce ne fut qu'en 1650, toutefois, qu'il redescendit le Kennebec. Cette fois, il venait négocier un traité entre la Nouvelle-France et la colonie anglaise du Massachusetts.

QG) CnanLevoix, vol. E p. No.

« Le moment ne semblait pas heureusement choisi pour l'envoi d’un jésuite à boston : car, non seulement il avait été déclaré qu'un des premiers motifs de la colonisation anglaise était d'élever une défense contre le royaume de l’antéchrist que les Jésuites s'efforcent de faire surgir en tout lieu » : mème, trois ans avant, la législature du Massachusetts avait ordonné que tout Jésuite mettant le pied sur le territoire serait expulsé et pendu, s'il v revenait (1}. »

Néanmoins, le P. Dreuillète ne s'en rendit pas moins à Boston, où il arriva dans un bateau anglais sur lequel il avait pris passage à Merrymeeting-Bay.

« La ville aux trois collines se présenta à lui dans son sévère aspect purilain, sous un ciel glacé de décembre, lorsque, venant de la péninsule voisine de Charlestown, il traversa pour aborder. I fut recu cordialement par Winslow, magistrat de la République naissante, par le gouverneur Dudley, qui demeurait à Roxbury, par Eliot, qui s'occupait alors des Indiens. Il se rendit à Plymouth et à Salem et fut frappé de la prospérité de ces jeunes colonies et du chiffre de leur population. »

Sa mission étant remplie, le P. Dreuillète revint chez les Abénakis, et, de là, à Québec,

Le gouverneur du Canada, M. d'Ailleboust. afin d'arriver à mn accord détinitif avec la Nouvelle-Angleterre, au sujet des Mobhawks et d'un traité de commerce, y renvoya le P. Dreuilléte en lui adjoignant Jean-Paul Godefroy. Les délégués se rendirent à New-Haven, dans le Connecticut, et parurent devant les commissaires des quatre colonies à qui ils exposérent clairement l'objet de leur mission. Mais cette nouvelle tentative ne fut pas plus heureuse et échoua complètement. Les settlers, peu accommodants, se réservaient ainsi la liberté d'exciter les Iroquois contre la Nouvelle-France, en attendant qu'ils pussent eux-mèmes se mettre de la partie.

GO) PankMax : Les Jésuites en Amérique, p. 251.

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