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CHAPITRE VII

Découverte du Mississipi. — L'intendunt M. de Talon. — Joliete et Marquette. — Michillimakinac, — La Baie Verte, — La rivière Wisconsin, — Le Mississipi. — Bourgade indienne. -— Le Calumet de la paix. — Les explorateurs continuent à descendre le cours du Mississipi. — Le Missouri. — L'Ohio. — À onze cents milles de l'embouchure du Missouri, — Sauvages hostiles, — Effet d'un luiisman, — Retour des voyageurs par la rivière Illinois. —

Chicago. — Joliette retourne à Québec. — Mort éditiante du P. Mar quette.

Ainsi que nous venons de le voir, l'occupation progressive d'une grande partie du continent! américain par la France fut, durant un demi-siècle, l'œuvre à peu près exclusive des missionnaires, Ces conquérants d'un nouveau genre n'avaient pour armes que la persuasion et l'ascendant que conne la verlu, mème sur les barbares. Cependant, ils réussirent en peu d'années à reculer les limites de la Nouvelle-France bien au-delà des grands lacs, et la soumission qu'ils obtinrent des indigènes, au grand chef des Français, fut si complète et si dévouée que plusieurs années après la cession, on verra les guerriers de l'Ouest se soulever pour défendre le drapeau blanc disparu, hélas ! pour toujours de leur sauvage patrie. Ces conquérants pacitiques savaient aussi protéger les possessions francaises quand, menacées de toutes parts, elles n'avaient qu'une poignée d'hommes à opposer à leurs farouches ennemis.

C vendant, après cette première période des missions de …. suvelle-France que nous pourrions qualitier d'héroïques, de célèbres explorateurs entrent en scène. Dignes émules des apôtres de l'Évangile, ces héros chrétiens, oui chrétiens. nous Je répétons, vont désormais immortaliser leurs noms, le plus souvent de concert avec quelques intrépides missionnaires, et. par leurs découvertes et let rs travaux. mettre les

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quatre cinquièmes de l'Amérique septentrionale sous la domination du roi Très Chrétien die la France.

L'honneur de la découverte du Mississipi revient en grande partie à l'intendant de la Nouvelle-France, M. de Talon. Ce fut lui qui, avant de quitter le Canada, eut l'idée d'éclaircir le mystère se rattachant à ce grand fleuve qui, au dire des sauvages, se trouvait à l'occident ct ne coulait ni au nord ni à l'est. « Ainsi, on ne de: ait point que, par son moyen, on ne püt avoir commut : «tion, ou avec le golfe Mexique, s'il avait son cours vers : sud, ou ave: la mer du Sud (le Pacitique), s'il allait se décharger à l'Ouest (1). »

L'intendant chargea de ce soin le P. Marquette, qui avai déjà parcouru la plupart des contrées du Canada, et lui associa un boureois de Québec, nommé Joliette, homme d'esprit et d'expéricnce, énergique, cntreprenant et très versé dans les affaires indiennes.

Le P. Marquette fut l'âme de l'entreprise. Il était aimé des sauvages et savait, dit l'auteur que nous venons de citer, comment s'y prendre pour changer en confiance et en amour les soupcons si facilement excités chez ces enfants de la forêt. La vénération qu'il leur inspirait était telle que, plusieurs années après sa mort. ils invoquaient son nom quand ils étaient battus par la vagne du lac Michigan dans leurs frèles canots d'écorce. Cette invocation, disaient-ils, apaisait de suite la tempèr. *t calmait le. ‘ot: courroucés.

Le P. Marquette et Joliette, accompa . :s de cinq aatres Français, firent leurs préparatifs G+ voyage a Michillimakinac, mission huronne fondée, peu 4’innées auparavant, par le P. Marquette lui-mème Il y avr! :7 résidence et y desservait quelques centain:s de mallieur:ux fugitifs qui l'avaient suivi dans cette ile, si exposée ax vent glacial de l'hiver, afin d'échapper à la fureur des Iroquois.

Le 13 mai 1673, les hardis explorateurs s'embarquaient pour se rendre, en côtoyant les rives occidentales du lac Michigan, à la Baie des Puants (Green Bay et, de ià, remonter la rivière aux Renards (Fox River). Après avoir plus d'une fois mis pied à terre pour éviter les rapides de cette rivière,

€) John W. Moxerre M D.: History offthe Discovery and Settlement of ‘he Valley of Mississippi, vol. I, p. 123.

ils arrivèrent chez les Outagamis, visités déjà par le P. Allouez, où se trouvait alors l'extrème limite des missions de l'Ouest. Marquette et Joliette furent reçus avec toutes les cérémonies requises devant le grand conseil de cette nation, et le Jésuite fit connaitre en ces termes le but de leur visite : « Mon compagnon est un envoyé de la France, qui vient découvrir de nouvelles contrées, et moi, un ambassadeur de Dieu, dont la mission est de les éclairer des lumières de l'Évangile. »

Le conseil recut favorablement les voyageurs et, à la demande du vénérable missionnaire, leur accorda deux guides pour le portage du lendemain qui devait les conduire aux bords de la rivière Wisconsin.

Le jour suivant, leurs légers canots flottaient dans celte immense et majestueuse rivière, qui n'est pourtant que l'un des affluents du Mississipi. Quelles émotions ne durent pas éprouver Marquette et ses compagnons en se laissant glisser au lil de l'eau, à travers les interminables méandres de cette rivière dont les flots calmes et luisants reflétaient une nature vierge, alors dans toute la splendeur du printemps !

Ils naviguèrent ainsi des jours et des jours, toujours au sud-ouest, et le 15 juin 1653, ils entraient dans ce fameux fleuve dont la largeur et plus encore la profondeur leur parurent répondre à l'idée que leur en avaient donnée les sauvaes. Alors, leurs frèles embarcations, entrainées par un courant plus rapide, descendirent vers le Sud. Des ilots verdoyants et des rives enchanteresses, aux sites les plus variés, défilèrent devant leurs regards émerveillés.

Après avoir ainsi poursuivi, une centaine de milles. cette promenade vers l'inconnu. ils découvrirent un sentier indien. S'v arrèter et le suivre jusqu'à la bourgade voisine offrait plus d'un danger. Néanmoins, les explorateurs n'hésitèrent pas. [IS parcoururent plusieurs milles et arrivérent en vue d'une bourgade indienne, Aux grands cris qu'ils poussèrent. quatre vieillards vinrent à leur rencontre et les conduisirent dans le village où ils ne tardèrent pas à être présentés devant le conseil de la nation. Le P, Marquette leur parla de Dieu, leur créateur, qui, après avoir humilié les cinq nations iroquoises, les avait obligées à demander la paix. Cette nouvelle parut les réjouir grandement : car la sinistre réputation

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