‹ Histoire de la race française aux États-Unis [microforme]Chapitre 29 sur 73 · DIRES · texte numérisé non relu

DIRES

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sur la rivière Sainte-Croix, un fort qui reçut le nom de Luillier, dans un endroit où il prétendait avoir découvert des mines de cuivre, Cet établissement, au milieu des Sioux, fut abandonné trois ans plus tard et n'obtint d'autre résultat que de faire explorer le grand fleuve depuis son embouchure jusqu'au 45° de latitude.

En 1703 (d'après Charlevoix, cette ‘ondation aurait eu lieu en 1700), une autre entreprise de ce genre, mais pour des fins commerciales, eut lieu à l'entrée de la rivière Wabash. M. de Jucherans, lieutenant-général de la juridiction de Montréal, qui en fut chargé, ne réussit pas davantage. Le P. Mermet, qui l'accompagna, ne put guère exererr son zèle qu'après des malades ; les sauvages se laissaient gouverner par leurs jongleurs et ne semblaient nullement disposés à embrasser l'Évangile.

«En 1558, M. Diron d'Artagnette arriva en Louisiane en qualité de commissaire-ordonpateur. Le premier soin de ce magistrat fut de mettre les habitants en état de cultiver les terres, qui paraissaient assez bonnes le long de la Mobile, atin qu'ils ne fussent pas obligés de courir le pays pour vivre de la chasse, où avec les sauvages, quand les vaisseaux de la France tardaient trop à leur apporter des vivres, comme il était déjà arrivé plusieurs fois. »

Toutefois, le succès + répondit pas à ses espérances, Le froment ne put venir à maturité à cause de lFhumidité : mais On réussit davantage dans la culture du tabac, qui, au dire de M. d'Artagnette, était supérieur à celui de la Virginie,

En 1710, l'ile Dauphine fut saccagée par un corsaire anglais: les habitations et les magasins furent pillés et brûlés, On mit les habitants à la torture dans le but de les obliger à dire où ils avaient caché leur argent. Les pertes de la colenie S'clevérent à 80.000 francs. Ces déprédations, jointes aux intrigues des Anglais auprès des sauvages pour les engager à se soulever contre les Français de la Louisiane, montrent qu'il y avait à celle époque, parmi les peuples réputés civilisés de FAmérique, ce que l’on constate encore dans le règne animal : de \éritables carnassiers qui, non contents de leurs propres élablissements, semaient chezleurs voisins la désolation et la mort,

En 1919, le sieur de la Motte-Cadillac, le fondateur de

Détroit, fut nommé gouverneur de la Louisiane. M. de Grozat reçut, vers le mème temps, le privilège exclusif du com. merce de ce pays, et le sieur Duclos re iplaca d'Artagnette dans la charge de commissaire-ordonnateur.

Sur la recommandation de M. de Crozat, la Motte-Cadillac chercha, mais en vain, à établir des relations commerciales entre la Louisiane et la colonie espagnole du Mexique, alors très prospère.

M. de Saint-Denis, un jeune Canadien, chargé des négocialions, fonda un établissement dans une ile de la rivière Rouge, chez les Naschitoches. De là, il se rendit à un fort espagnol appelé Presidio del Norte, où commandait dom Pedro de Vileseas, dont la fille, d'une rare beauté, ne tarda pas à capliver sonattention. Toutefois, il dut s'adresser, pour son traité de commerce, au gouverneur de Conis, supérieur hiérarchique de dom Pedro, puis au vice-roi du Mexique, à Vera-Cruz. C'est pourquoi, après avoir renvoyé ses compagnons à Naschitoches, et fait de tendres adieux à celle qu'il aimait, Saint-Denis partit sous bonne escorte pour la capitale du Mexique espagnol, L'accucil qu'il y reçut fut peu agréable Le vice-roi, auquel il montra son Passeport, sans vouloir seulement l'écouter, l'envoya en prison. Il y resta trois mois, et n'aurait peut-être jamais recouvré la liberté, si des officiers français, qui étaient au service de Son Altesse, n'eussent intercédé en sa faveur,

À partir de ce moment, le vice-roi le prit en amitié, le combla de faveurs et mit tout en œuvre pour l’engager au service de l'Espagne. I alla jusqu'à lui offrir la main de la fille de dom Pedro, en lui assurant de plus une position lucrative Saint-Denis, qui était pauvre et n'avait pas même le titre d'officier en Louisiane, refusa toutes ces offres, préférant, à la richesse et au bonheur, le service de son pays. I reprit la route de Naschitoches, sans avoir obtenu la liberté du commerce avc le Mexique; mais, au relour, avant rendu à dom Pedro de Villescas un service signalé, ce gentilhomme reconnaissant finit par lui accorder la main de sa fille.

Cette idylle, qui fournirait le thème d'un joli roman, n'offre qu'une importance secondaire à l'historien : nous iavonsignalée, néanmoins, parce qu'elle nous montre un homme de cœur et d'honneur dont la conscience délicate a «su

triompher des plus fortes séductions. Saluons ve héros, et passons.

En 171%, à l'occasion d’un soulèvement qui menaça de se produire chez les Natchez, et qui fut empêché par M. de Bienville, on fit construire le fort Rosalie dans le grand village de cette nation. Ce fort, qui reçut le nom de Madame la Chanceliè .. de Pontchartrain, avait déjà été projeté, sous ie même nom et \u mème endroit, quelques années auparavant, par d'Iberville. I eut pour objet de maintenir les bonnes relations avec la puissante tribu des Natchez et d'assurer les communications avec le haut du Mississipi et les Illinois, Les travaux de construction se tirent sous la direction de M. de Pailloux, par les Natehez eux-mêmes, selon les conditions du traité que de Bienville leur imposa pour les punir de leur manque de loyauté à l'égard des Francais. Le fort fut construit en six semaines, ét M. de Bienville. accompagné de ses hommes, en prit possession. Il y fit ajouter des logements pour les ofliciers, des casernes pour les soldats et des magasins tant pour les marchandises que pour les provisions de guerre et de bouche.

« Ce fut vers ce mème temps que M. de Saint-Denis arriva à la Mobile, et la réponse qu'il apportait du vice-roi de la Nouvelle-Espagne, ôtant à M. de la Motte-Cadillac toute espérance de faire ouvertement le commerce avec les Espagnols, il crut devoir, de son côté, les empècher de s'approcher de trop près de nous, comme ils paraissaient en avoir le dessein : à cet effet, il chargea le sieur de Tisné d'aller construire un fort dans l'île des Naschitoches, À peine ce fort était-il achevé, que de Tisné eut avis que les Espagnols avaient fait un établissement chez les Assinais ; et l'on eut tout lieu de juger que leur projet était de pousser jusqu’au Mississipi si l'on ne les avait prévenus: ee qui obligea le gouverneur de la Louisiane de renforcer la garnison du fort des Naschitoches (1). »

Deux ans avant ces deux dernières fondations, Détroit, où M. de Buisson avait remplacé de la Motte-Cadillac, fut mis à deux doigts de sa perte, Les Outagamis ou Renards s'étaient ‘ulendus avec les Kikapous et les Mascoutins pour détruire ce lot, qui n'avait pour le défendre que 20 soldats français.

G) CHARLEvOIx, vol. I, p. 427.

Heureusement, M. de Buisson fut averti du danger par un chrétien de la nation des Renards, Au moment où la place allait être investie, il fit savoir à ses alliés partis pour la chasse le danger dans lequel il se trouvait. II se pré ara ensuite à repousser les ennemis quand ils l'attaqueraient. « Bientot après, les alliés arrivèrent à son secours. Parmi eux étaient les Hurons, les Poutéouatamis, les Sakis, les Malhomines et les Osages (1). »

Tous venaient sur l'avis de leurs missionnaires, Telle était l'influence de ces derniers dans l'Ouest. « Père, dirent-ils à M. de Buisson, voici tes enfants autour de toi: nous mourrons avec joie, s'il en est besoin, pour notre père ; seulement. dis à Ononthio qu'il prenne soin de nos femmes et de nos enfants, el mets un peu d'herbe sur nos corps afin de les protéger contre les mouches (2). »

Les Renards et leurs alliés s'étaient retranchés à une faible distance du fort: le retard des Kikapous à se joindre à eux avait seul retardé leur attaque contre l'établissement francais. Ce fut précisément ce qui sauva Détroit et les perdit: car, après l'arrivée des sauvages accourus à l'appel de M. de Buisson, la situation changea tellement que, d’assiégeants, ils devinrent assiégés. Ces malheureux, au nombre de 2.000. succombèrent presque tous; 150 seulement furent épargnés, avec les femmes et les enfants, et réduits en esclavage. La nation des Renards, de tous temps hostile aux Francais et aux tribus alliées, resta considérablement affaiblie, et plusieurs années s'écoulèrent avant qu'elle pût rétablir ses forces.

L'année qui suivit le siège et la délivrance de Détroit vit la fin de la guerre entre la France cet l'Espagne d'une part, et l'Angleterre, la Hollande, la Savoie, la Russie, le Danemark et les princes confédérés de l'Allemagne de l'autre.

Par les stisulations du traité d'Utrecht, Louis XIV. qui n'avait gagné dans cette guerre malheureuse que de faire asseoir un Bourbon sur le trône de Charles-Quint, cédait à l'Angleterre l'Acadie et ses dépendances, le pays des Iroquois et d'autres possessions qu'il ne nous importe pas de

G} FenLaxb, vel. H, p. 385.

(2) MoxerTe : Valley of the Mississi; i. vol. 1, Pe 161.

connaitre, puisqu'elles sont en dehors du territoire uméricain. Toutefois, ce traité, qui disposait des naturels du pays sans leur consentement, ne fut pas ratifié par ces légitimes propriétaires du sol. Le gouverneur anglais Dudley « n'eut pas mème l'idée de faire entendre qu'il regardait ies Abénakis comme sujets anglais: il les invita à envoyer des deputés à Portsmouth, et le 13 juillet 1713, un traité de paix fut conclu entre lui et les chefs abénakis (1) ».

Quant aux Iroquois, « ils renouvelèrent leurs protestations coatre les prétentions des Anglais sur leur pays et aftirmèrent qu'ils étaient résolus de se maintenir dans la possession de leur liberté et de leur indépendance ». Ils venaient, du reste, de se fortifier en admettant dans leur confédération les Tusaroras, chassés de la Caroline du Nord par les Anglais. Cette tribu guerrière, qui avait appris à connaitre, à ses propres dépens, ce que valait à cette époque le voisinage anglo-saxon, apportait avec eile, contre la race dont elle avait eu à se plaindre, des sentiments d'hostilité qui devaient se propager dans les cinq cantons et procurer à la Nouvelle- France, sinon l'amitié, du moins la neutralité de la redoutable confédération.

QG) Feuzaxp, vol. I, p. 300.

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