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CHAPITRE XII

Après le traité d'Utrecht. — La France reste iaditférente au sort de ses colonies. — Les Abénakis fidèles à leur religion. — Ils tombent dans le piège que leur tendent les Anglais. — Revenus à eux, ils détruisent les magasins anglais de la rivière Kénébec. — La mort du P. Rasle. — Administration de Crozat en Louisiane. — La compagnie d'Occident. — Nouvelle-Orléans. — Les concessionnaires. — La guerre entre la France et l'Espagne, — Héroïque défense de l'tie Dauphine et du Biloxi. — La flotte de Champmeslin. — L'Écossais Law. — Sa banqueroute. — Vallées du Wabash et de l'Ohio. — Le fort de Chartres. — Le fort Niagara. — Le fort Beauharnois, — Les districts de la Louisiane, — Population de cette colonie en 1721. — Les Renards sur les sentiers de la guerre. — Causes des révoltes chez les sauvages. — Sages conseils du P. Charlevoix à la Compagnie des Indes. — Les Ursulines à la Nouvelle-Orléans. — Destruction des Natchez. — Le fort Saint.Frédéric. — Le fort de Vincennes (Saint. Vincent). — De Bienville revient en Louisiane, — Guerre contre les Chicasaws.

Les années qui suivirent le traité d'Utrecht furent relative. ment calmes. Après un quart de siècle de guerres et de combats, les colonies françaises d'Amérique purent enfin respirer etse livrer plus efficacement aux travaux de défrichement et d'agriculture. Toutefois, il eût fallu davantage à la Nouvelle- France pour se préparer aux luttes sanglantes et suprèmes qui allaient venir. Afin de rétablir l'équilibre entre ses vastes possessions presque sans habitants et le territoire restreint. mais fortement peuplé des colonies anglaises, il eût été nécessaire que la France y déversat plusieurs milliers de nouveaux colons et tout un corps d'armée.

On ne saurait escompter indéfiniment l'héroïsme et, malgri les succès des troupes françaises qui avaient tenu jusque:l: en échec l'insatiable ambition britannique, Louis XV, ou plutôt le Régent, aurait dû «e rappeler que, « aux 4.48% habilanis du Canada en état de porter les armes, en 1914, le:

colonies anglaises pouvaient déjà opposer 60.000 combattants (1)».

On peut aflirmer que l'avenir des colonies françaises dépendait de l'usage que l’on allait faire des quelques années qui devaient s écouler avant la reprise des hostilités. L'Amérique du Nord serait-elle une France d'outre-mer qui, par sa langue, son génie et sa foi, ferait plus pour le Nouveau-Monde «ue la Métropole n'avait fait pour l'ancien : ou bien, verraiton, dans ce demi-continent, s'établir les institutions anglo- “axonnes sous l'inspiration des froids caleuls de l'utilitarisme protestant ?

Les ministres du roi de France avaient la réponse. Tout dépendait, en effet, des mesures qu'ils allaient adopter. Malheureusement, ces politiciens courtisans ne semblent pas avoir compris la gravité de la situation dans laquelle se trouvait la Nouvelle-France, ou, s'ils la comprirent, par une coupable incurie, ne sur at pas prendre les moyens d'y faire face,

Au lieu d'augmenter considérablement l'effectif des troupes en Amérique et d'y envoyer des milliers de nouveaux “olons, on se contenta, à Versailles, de faire des plans grandioses, dont le plus vaste, à coup sûr, était de relier la Louisiane au Canada par une ligne de forts habilement disposes,

* LE

Toutefois, avant de retourner aux établissements français du Mississipi, revenons au peuple le plus fidèle que la Nouvelle-France ait eu en Amérique. En dépit du traité qui cédait leur pays à l'Angleterre, sans cependant délimiter de ce côté les bornes des possessions anglaises et francaises, les Abénakis voulaient rester maitres chez eux. Le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre eut l'idée, pour les gagner à sa cause, de recourir à un moyen qui avait tant de fois réussi à la France: illeurenvoya un missionnaire de Boston, réputé très habile, en recuiamandant à celui-ci de s'occuper beaucoup des jeunes enfants qu'il devait s’efforcer de conquérir par des caresses et des présents,

@) Lettre de M. de Vaudreuil à M. de Pontchartrain.

Ce ministre vint ouvrir une école dans un de leurs villages (1). sur les bords du Kénébee, et mit tout en œuvre pour réussir dans sa mission. Malheureusement, selon la coutume de l'époque, il eut le tort de s'attaquer aux croyances du catholicisme et de débiter devant les sauvages certaines calomnies contre la foi ou ses pratiques. Le P. Rasle, depuis nombre d'années missionnaire des Abénakis, n'eut pas de peine à démolir les arguments boiteux du prédieant. H \ réussit d'autant mieux que les indigènes, avec une logique qui n'avait pas encore été faussée par les sophismes de l'erreur, avaient eux-mêmes touché uu doigt plusieurs des inconséquences du ministre réformé, Ce révérend, se voyant réduit au silence, retourna à Boston.

Battus sur le terrain religieux, les Anglais, mieux avisés, eurent recours au négoce, C'était leur fort. Ils demandèrent aux Abénakis la permission de placer un magasin près de la rivière Kénébec, promettant de leur vendre les marchandises à meilleur marché qu'à Boston. Ceux-ci consentirent, et Le comptoir fut établi, Toujours avec le consentement de Indiens, qui y trouvaient leur profit, d'autres magasins s'ajoutèrent au premier: puis ce fut le tour des forts, qui vinrent en nombre respectable, protéger la marchandise, Les Abénakis, ayant concu des craintes, demandèrent raison de cette étrange conduite aux Anglais. Ceux-ci, démasquant leurs desseins, répondirent que, la France leur avant cédé le pays, ils y exercaient leurs droits de propriété, M. de Vaudreuil, interrogé par les sauvages qui, réfrénant leur juste colère, voulurent tout d'abord le consulter, répondit que le traité d'Utrecht ne faisait aucune mention de leur territoire.

La situation fut encore aggravée par les Anglais, qui relinrent les délégués que les Abénakis leur envoyèrent, sur leur demande, pour {raiter à l'amiable, et surtout, par l'arrestation tout à fait arbitraire du fils de Saint-Gastin, chef reconnu de la nation abénakise.

Voyant ce dernier en prison, les Abénakis, jusque-là retenus par leue missionnaire, n'hésitèrent plus: ils se soulevèrent contre leurs agresseurs et incendièrent tous leurs ét1blissements de la rivière Kénébec, sans toutefois faire de mal AUX personnes

(1) Old Town”? État du Maine.

Afin de se venger du P, Rasle, auquel ils attribuaient faussement les hostilités des sauvages, les Anglais envoyèrent onze cents hommes à la bourgade où il demeurait, pour le prendre mort ou vif. Cerner ce village entouré d'épaisses broussailles, l'enlever et le livrer aux flammes fat l'affaire d'un instant, Au premier bruit, le vénérable missionnaire sortit de sa demeure afin de calmer les assailiants et de mettre fin au carnage. En l'apercevant, ceux-ci abaissèrent leurs armes sur lui: il tomba sous une gréte de balles avec sept sauvages qui avaient voulu lui faire un rempart de leurs corps. Ceci se passait en 1522. Les meurtriers épuisèrent leur vengeance sur son cadavre qu'ils mutilèrent de la manière la plus barbare. Quand les Abénakis rentrèérent dans leur village incendié, ils trouvèrent le corps du Jésuite percé de coups, la chevelure enlevée, la bouche et les Yeux remplis de terre, les os et les jambes fracassés. « Jamais les sauvages, dont on exagérait si fort en toute occasion la cruauté, ne s'étaient acharnés ainsi sur le cadavre d'un ennemi (1). »

Après cette guerre, les limites de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Angleterre, dans le Maine, demeurèrent indécises jusqu'en 1527. Alors, il fut slipulé que les Abénakis resteraient maitres de leurs terres et qu'ils seraient libres de se ranger du parti des Francais ou des Anglais en cas de rupture entre les deux nations.

En Louisiane, les Progrès élaient lents, Le privilège exclusil du commerce a:cordé à M. de Crozat, au lieu de hâter l'établissement de la colonie, ne faisait qu'en retarder le développement.

Les principaux événements qui signalèrent sa courte ‘dministration furent la conclusion d'un traité d'alliance (171%) avec toutes les nations de l’est du Mississipi, à l'exceplion des Chicasaws, la construction des forts, rapportée plus haut, en 1713, et l'érection de celui de Toulouse, en 1715, à l'ouest de la Caroline, 150 lieues au nord de la Mobile. On Y mit une garnison dont la mission fut d'entretenir des

Q) CHaRLE VOIX,

rapports amicaux avec les peuplades alliées et aussi de prévenir l'invasion anglaise de ce côté (x).

En 1717, Louis XV céda, par de nouvelles lettres patentes, la Louisiane à la Compagnie d'Occident. Sous la nouvelle administratisn.M. de Bienville devint commandant général de toute la province. Au commencement de son règne, l'ile Dauphine, qui avait été jusque-là le quartier général de la colonie, fut abandonnée à la suite d’un accident imprévu. « Sur la fin du mois d'août, l'entrée du seul port qu'eût cette ile fut bouchée par un amas prodigieux de sable, qu’un ouragan y rassembla. L'ile elle-même fut presque inondte et quantité de bestiaux y furent noyés (2). »

Il fallut chercher un autre mouillage pour les vaisseaux. L île Surgere, qu'on a depuis appelée l'ile aux Vaisseaux, fut choisie à cet effet et l’on transporta l'établissement de l'ile Dauphine dans la baie de Biloxi, située au nord de cette ile, à l'endroit même où d'Iberville avait fait construire un fort qui fut ensuite abandonné. Ce lieu, au dire de Charlevoix, n'élait pas avantageux ; aussi, l’année suivante, M. de Bienville jetait les fondations de la future capitale de la Louisiane. La Nouvelle-Orléans, tel fut le nom de cet établissement, s'élèvera, d'après les ordres du nouveau gouverneur général, M. de l’Épinay (qui venait d'arriver pour remplacer M. de la Motte-Cadillac), en un site que de Bienville lui avait signalé.

Toutefois, la ville naissante ne devint le quartier général de la colonie que cinq ans plus tard. Elle ne fut, au début, qu'un amas de quelques maisons de bois d'assez pauvre apparence, situé sur la rive droite du grand fleuve, à trente lieues de la mer.

« Au mois de juin, M. de Bienville fit prendre possession de la baie Saint-Joseph, qui est à cinquante lieues à l’est de l'île Dauphine. M. de Chateaugué. son frère, fut chargé de cette expédition, dont il s’acquitta sans obstacle; il y fit construire un fort de pierre. Il y avait dix-huit ans que les Espagnols avaient abandonné ce poste. Cependant, le gouverneur de Pensacole ne fut pas plus tôt informé de cette entreprise,

(1) Mémoires sur la Louisiane, par M. de VRRGENNES, Page 5. (2) CHARLEVOIx, vol. Il, p. 433.

qu'il écrivit à M. de Bienville que la baie de Saint-Joseph appartenait au Roi Très-Catholique. »

Comme l'endroit était peu avantageux, il fut abandonné l'année suivante. Dans le cours de cette même année, c'est-àdire en 1718, on vit arriver en Louisiane ce que l'on appelait alors des concessionnaires. Ils vinrent par groupes de cinquante à soixante s'établir dans les différentes parties du pays. Plusieurs se rendirent aux Illinois.

Une de ces concessions, sous la direction de M. Dubuisson, se fixa à l’ancien village des Bayagoulas; une autre, commandée par M. de La Harpe, à Codolaquion, près de la rivière Rouge. Sur les seuls vaisseaux qui arrivèrent, le 25 août, la Duchesse, la Victoire et la Marie, huit cents Passagers, y compris les soldats, débarquèrent en cette qualité sur les rives de la Louisiane.

Malheureusement, cette ère de prospérité fut de courte du-

rée. La guerre éclata l'année suivante entre la France et l'Espagne, et, temporairement du moins, la colonie n'eut à s'occuper que des opérations militaires qui eurent lieu, soit à Pensacole, soit aux alentours de Mobile et de l'île Dauphine. Ces opérations furent accompagnées de succès et de revers. Pensacole fut pris aux Espagnols, puis perdu, grâce à la désertion d’une bonne partie de la garnison et à la mutinerie de ceux qui restèrent dans ce fort avec M. de Chateaugué. Redevenus maitres du fort Saint-Charles de Pensacole, les Espasnols concentrèrent leurs efforts contre ce qui reslait des établissements français de l'ile Dauphine, contre Mobile et le Biloxi.

Le capitaine, D. Antonio Mendieta, qui fut chargé de s’emparer de l'ile Dauphine, y trouva deux mille hommes, Franvais et sauvages. Ce nombre fut, sans doute, exagéré par le Capitaine espagno!, car le journal de M. Benard de La Harpe aflirme que M. de Sevigny n'avait sous ses ordres que deux cents hommes, avec plusieurs sauvages, pour défendre cette ile qui a six lieues de longueur.

Les ennemis, n'étant pas en nombre suffisant, se bornèrent tout d’abord à piller quelques vaisseaux chargés de vivres

qui sortaient du fort Saint-Louis ; puis, ayant reçu du renfort, ils se préparèrent à faire une descente dans l'ile Dauphine. M. de Sevigny fut sommé de se rendre et de livrer Ja frégate française, le Philippe, qui, protégée par les batteries de terre, s'était bien défendue jusque-là. « M. de Sévigny répondit que les Espagnols pouvaient l'attaquer quand ils voudraient, et qu'il était prèt à les bien recevoir. »

Le siège dura uatorze jours. Bloquée par vingt vaisseaux de guerre et des troupes nombreuses, la petite garnison tint ferme. M. de Sévigny qui se multipliait sut repousser toutes les attaques qui eurent lieu, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, eLinfliger aux Espagnols des pertes sensibles.

Le 26 août 1519, les vaisseaux ennemis mirent à la voile et retournèrent à Pensacole où se trouvait dom Alphonse Carrascosa, con nandant de l'escadre espagnole.

Enfin, le dénouement arriva. Au moment où les Espagnols appelaient de tous leurs vœux l'escadre du Mexique, mandée pour les renforcer, et, de la Havane. des provisions, dont ils avaient un pressant besoin, une flotte nombreuse parut dans les environs de l'ile Dauphine. Seulement, elle ne venait pas de Vera-Cruz, et, au lieu d’un commandant du roi catholique, le vaisseau amiral avait à son bord M. de Champmeslin, chef d’escadre de Sa Majesté Louis XV. Cette flotte. qui arrivait d’une manière si opportune, fut saluée avec des cris de joie par les héroïques défenseurs de la Louisiane. Les Espagnols devinrent assiégés à leur tour, et, le 17 septembre, ils demandèrent à capituler. Le fort Saint-Charles de Pensacole, douze vaisseaux et près de quinze cents prisonniers tombèrent ainsi entre les mains des Français, qui avaient été sur le point de perdre leurs possessions du golfe du Mexique.

C'est peu de temps après cette glorieuse défense de la colonie qu’eurent lieu les étranges spéculations de l'Écossais Jean Law, qui, pour donner une valeur au papier-monnaic discrédité de l'État, avait fondé une banque, au capital de cent millions, dont les actions se payaient avec ces billets tictifs de son invention. Ces actions donnaient droit aux por

teurs à une partie des richesses fabuleuses des mines d'or que l'on supposait se trouver en Louisiane. On rassembla 2.000 Français et Allemands qui devaient être transpc:.és en Louisiane avec des marchandises et les matériaux nécessaires pour y fonder un grand établissement. « Mais l’année 1720 fut la dernière de la grandeur éphémère de ce ministre. Ses projets dans le royaume ayant avorté, le trouble se mit dans l'entreprise coloniale, et Dupratz estime que la concession perdit plus de mille personnes à Lorient avant l'embarquement. Les vaisseaux qui portaient le reste des émigrants ne firent voile des ports de France qu’en 1 721, un an après la disgrâce de Law : et il ne put donner lui-même aucune altention à ce débris de sa fortune. La concession fut transportée à la compagnie. Les familles d'émigrants furent déposées au Biloxi, à la Mobile, et aussi sur les rivages du Mississipi. Ainsi dispersées et privées des soins de celui qui les avait envoyées, la plupart surcombèrent aux rigueurs du climat (1). »

Cette entreprise, si tristement terminée, fut très préjudiciable à la Louisiane, dont le nom demeura longtemps, en France, synonyme de banqueroute. Il est bien regrettable que l’on n'ait pas compris, en Europe, que les vérital les mines d’or de la vallée du Mississipi se trouvaient, non dans les entrailles de la terre. sous forme de minerai, mais dans la fertilité du sol, qui y est vraiment prodigieuse. C'est le jugement du P. Charlevoix, qui put contempler de ses veux les conséquences déplorables des rèves utopiques d'un financier aux abois.

« On voit encore », dit-il, « vis-à-vis du village des Kappas, les tristes débris de la concession de M. Law, dont la compagnie est restée propriétaire. C'est là qu'on devait envoyer les 6.000 Allemands qui avaient été levés dans le Palatinat, et c'est bien dommage qu'ils n'y soient point parvenus. Îl n’y a pas, dans toute la Louisiane, de pays plus propre à produire toutes sortes de grains et à nourrir les bestiaux. »

* LE

(1) Bansé-Mangois : Histoire de la Louisiane, p. 119.

La paix fut bientôt conclue, en 1722, entre la France et l'Espagne, et l'un des articles du traité fut la restitution, à celte dernière, de Pensacole, qui n'était pourtant éloigné de l'île Dauphine que de quatorze lieues, vers l'Est.

Quoi qu'il en soit, cette paix fut célébrée avec bonheur par les Français de la Louisiane, et le P. Charlevoix, qui se trouvail alors au Biloxi, fut témoin « des manifestations de joie qui lui parurent sincères ». Pendant que ces événements se passaient dans le bas du Mississipi, les hautes régions de la vallée de ce grand fleuve continuaient à se développer. On ne se contentait plus seulement d’en suivre le cours et de cultiver ses rives fertiles ; déjà les hardis pionniers de la France commentcaient à envahir les vastes contrées baignée. par ses affluents.

Le Wabash, connu par les traiteurs et les chasseurs depuis 1705, et avant cela par le P. Hennepin, devint bientôt la voie de communication entre ie Canada et la Louisiane. Un court passage de trois lieues permettait aux voyageurs de celle époque, après avoir remonté le cours de la rivière Miami (Maumee), par la branche Sainte-Marie, de passer facilement du lac Érié à la tête de cette rivière, qui les conduisait en droite ligne au Mississipi. En 1718, la population française était devenue assez considérable sur le Wabash, pour constituer un établissement important qui, par l'entremise des voyageurs et des coureurs des bois, entretenait un commerce lucratif avec Mobile.

À ceile époque reculée, la rivière Ohio était relativement peu connue, et toute la partie qui se trouve en aval de l’embouchure du Wabash était désignée sous le nom de ce dernier. La partie supérieure, que les Indiens appelaient assez souvent //c'1 recevait la dénomination vague de rivière des Iroquois ou de Belle Rivière. Sur les vieilles cartes francaises, l'Ohio n'avait guère plus que la moitié de l'étendue de celle des Illinois. Le P. Hennepin et quelques autres missionnaires l'avaient visitée, il est vrai, ainsi que quelquesuns de ses tributaires, avant les fameuses entreprises de La Salle ; mais, telle avait été l'implacable hostilité des nations iroquoises contre la Nouvelle-France, que la plus grande

QG) MaurTix, vol. I, p. 163-108,

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partie de cette immense rivière était encore imparfailemeni connue quarante ans après la première exploration du Mississipi.

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