‹ Histoire de la race française aux États-Unis [microforme]Chapitre 31 sur 73 · L RE · texte numérisé non relu

L RE

Des établissements continuèrent à se former sur le Mississipi, au-dessous de la bouche de l'Illinois, et la France résolut entin d’envelopper les possessions anglaises situées sur les côtes de l'Atlantique, par une ligne de postes militaires s'étendant des grands lacs au golfe Mexique, conformément au plan suggéré par de La Salle, lors de sa visite à Paris. en 1684. Ce qui détermina la cour de Versailles à mettre les projets du héros à exécution fut la crainte de voir les Anglais traverser la chaine des Alleghanys pour s'emparer de la vallée du Mississipi. Il s'agissait donc de prévenir leurs desseins de conquête par une occupation armée du sol. Cette mème année, c'est-à-dire en 1720, le commandant de l'Illinois, M. Boisbriant, transporta ses quartiers généraux sur les bords du Mississipi, vingt-cinq milles au-dessous du village de Kaskaskia(1).

Le premier pas dans l’accomplissement de ce grand projet fut fait vers la fin de 1520. Un site fut choisi sur le côté est du Mississipi, 65 milles en aval du Missouri, et les murs du fort de Chartres ne tardèrent pas à s’y élever. Après 18 mois de grands travaux, cette forteresse, destinée par les ministres de Louis XV à devenir la plus formidable du continent, était complètement terminée, et les deux colonies françaises de l'Amérique du Nord se trouvaient reliées.

« Peu de temps après la construction du fort de Chartres, les villages de Cahokia et de Prairie-du-Rocher s’élevèrent dans son voisinage, et tous les établissements, depuis la rivière Illinois à Kaskaskia, continuèrent à s'étendre et à se multiplier. Ce fut dans ce dernier poste que les Jésuites fondèrent, en 1721, un monastère et un collège. Quatre ans blus tard, Kaskaskia était incorporée par une charte royale, et Louis XV lui accordait le privilège de la Commune (c'était, comme nous le verrons plus loin, le droit de posséder d'im-

QG) Manriv’s : Louisiana, vol. 1, p. 224.

menses lerrains, qui restaient propriétés communales, tout en étant à l'usage de ses habitants). « Les émigrants, sous la protection de la couronne de France, travaillaient activement à coloniser la fertile région du grenier de l'Amérique (american bottom), et le fort de Chartres devint non seulement le quartier général du commandant du haut Mississipi, mais encore le centre de la vie sociale dans l'Ouest. Il fut pendant plusieurs années la forteresse la plus renommée de toute la vallée du Mississipi (1). »

Conformément au but signalé plus haut, M. Joncaire, que les Tsonnontouans avaient adopté, vint bâtir, en 1721, sa cabane à Niagara, sur la terre de cette tribu. Les Anglais ayant demandé la mème faveur aux Tsonnontouans, ceux-ci leur répondirent : « Notre terre est en paix : les Français et vous n’y pourriez pas demeurer sans la troubler. Au reste, c'est sans conséquence que Joncaire y demeure: il est enfant de la nation, il jouit de son droit, et il ne nous est pas permis de l'en frustrer. » La cabane fut transformée, quatre ans plus tard, en un solide fort en pierre qui s'éleva à l’embouchure de la rivière Niagara, sur l'emplacement de celui de M. de Denonville.

« Quatre ans s'étaient à peine écoulés, depuis que Burnet avait bâti le comptoir anglais d'( Jswego, que la bannière de la France flattait de son côté sur le fort Niagara. »

« La forteresse de Niagara nous donnait au loin le contrôle sur tout le commerce intérieur. Si les pelleteries descendaient le cours de l'Ottawa, elles allaient directement à Montréal : si elles venaient par les lacs, elles arrivaient par les portages aux rapides. Toute cette immense région, où on les trouvait, ne reconnaissait d'autre juridiction que celle de la France, dont les canots traitants voguaient en sûreté sur toutes les eaux de ces grands territoires, dont les chapelles de bouleau s’élevaient sur tous les rivages, dont les missions s’étendaient bien au-delà du lac Supérieur. Ainsi, à l'exception de la forteresse anglaise d'Oswego, toutes les contrées arrosées par le Saint-Laurent etses affluents appartenaient à la France. L'immense territoire de la Louisiane qui s'étendait de la baie de Mobile jusqu’à Rio-del-Norte, au sud-oucst; jusqu'aux

@) Moxerre, vol. 1, p. 164.

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Alleghanys et à la source des grands affluents du Mississipi, à l'est; de loin ou de près, tout reconnaissait le gouvernement de la France, et les tribus de ces vastes contrées s'étaient mises sous la protection du gouverneur général du Canada et du re* Louis XV (1).

Un an plus tard, une compagnie de traiteurs de Montréal envoya un détachement au milieu des Sioux pour établir un comptoir dans le haut Mississipi. Ce convoi, après avoir suivi la route des lacs, pénétra par la rivière aux Renards dans le Wisconsin: puis dans le Mississipi qu'il remonta jusqu’au lac Pepin. « C'était le lieu qu'on avait choisi pour le terme du voyage. Il était important de se mettre à l'abri des attaques ; aussi tous se mirent à l'œuvre et, en quatre jours, un fort de bois s'élevait sur la pointe basse qui s'avance dans le lac de la rive septentrionale. Ce fort, long de cent pieds, était entouré de pieux et défendu par deux bons bastions: il reçut le nom de fort Beauharnois; ce fut probablement le premier établissement stable que formèrent les Français dans le Haut-Mississipi (2). »

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Le pays des Illinois qui embrassait alors les États actuels de llinois, de l'Indiana, du Kentucky, du Tennessee et quelques portions du Michigan, avait été rattaché au gouvernement de la Louisiane, en 1717, par un arrèté du roi (3).

En vertu d’un règlement des commissaires de la Compagnie d'Occident, il formait, en 1721, l’un des neuf districts ou quartiers judiciaires et militaires de la colonie louisianaise. Ces quartiers étaient la Nouvelle-Orléans, le Biloxi, la Mobile, les Alibamons, les Natchez, les Yasous, les Naschitoches, les Alkansas et les Illinois.

Il est assez difficile d'établir le chiffre exact de la population française dans ces différents qu..:tiers, ni même de retracer leurs circonscriptions précises. 3enard de La Harpe, qui se trouvait en Louisiane à cette époque, dit, dans son journul, qu'il y avait dans cette province, séparée du Canada par

&) L'Abbé Bnasseur DR BounsouRG : Histoire du Canada, v. 1, P. 297-3. ©) FerLAND, vol. Il, p. 4.

6) CmAnLevoIx, vol. Il, p. 432.

la rivière Illinois « 5.000 personnes des deux sexes, y compris 1.300 têtes de nègres ». — » Aux environs de la Nouvelle. Orléans dit-il, il peut y avoir 1.600 personnes, y compris les troupes et les employés : le reste est répandu dans tous les postes de la colonie. »

Toutefois, ce chiffre nous semble un peu faible, et nous serions portés à croire qu'il ne représente pas le nombre exact des habitants de la Louisiane en 1724: d'abord, parce que la plus grande partie du pays des Illinois, qui, de fait, appartenait à cette colonie depuis 1317, n'y est pas comprise, et ensuite, parce qu'il y avait en 1720, dans le seul établis. sement de Mobile, mille habitants (r).

Ces quartiers, dont parle de La Harpe, étaient situés comme suit : la Nouvelle-Oriéans, les Natchez et les Yasous sur le Mississipi ; Mobile et Alibamon., sur la rivière Mobile et l'un de ses affluents : Naschitoches, sur la rivière Rouge : l'Alkansas ou Acansas, près du confluent de la rivière du même nom avec le Mississipi : entin l'Illinois, dans les régions que nous avons déjà désignées.

Les événements qui se déroulèrent en Louisiane, après la guerre d'Espagne, se rapportent presque tous aux nations indiennes. Les Outagamis .: Renards, allaquèrent les Hilinois. Ceux-ci, se voyant d ::: de continuelles alarmes, quittèrent les deux villages qv : ; avaient sur l'Illinois, le Rocher et Pimiteouy, pour se réu..r avec ceux de leurs compatriotes qui étaient établis sur le Mississipi.

Cet abandon de l'Illinois par les meilleurs alliés des Francais rendit moins praticables les communications de la Louisiane avec le Canada. Il fallut bientôt chatier les Renards dont l'audace et l'hostilité croissaient au fur et à mesure qu'ils diminuaient en nombre. Le sieur de Saint-Ange, ofticier du fort de Chartres, se mit en campagne contre ces barbares. « Les ayant attirés dans une espèce d’embuscade, il

@) Journ tl d'un voyage à ta Louistane fait en 1720, par M. VALRTTK-LANDUN, P. 294. :

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les tailla presque tous en pièces ; d'autres partis mois nombreux eurent le mème sort. »

Néanmoins, ces défaites, au lieu de les réduire, semblaient augmenter leur fureur. Ils soulevèrent les autres peuplades et tirent si bien « que tout le cours et les environs du Mississipi se trouvaient infestés de sauvages ennemis avec qui nous n'avions jamais eu rien à déméler »,

Un certain nombre de Natchez, commandés par le frère du grand chef, prirent fait et cause pour les Renards, et il ne fallut rien moins que la prudence et l’habileté de Bienville, et surtout de M. Delietto qui commandait aux Natchez, pour les pacilier et les ramener au parti des Français. Ces souli.vements chez les sauvages de la Louisiane provenaient de causes multiples ; mais il semble que l'une des principales était le trop petit nombre des missionnaires employés à leur conversion. La Compagnie d'Occident avait négligé de pourvoir suflisamment aux besoins spirituels tant des colons que des indigènes de son vaste domaine. C’est ce que constata le P. Charlevoix dans son voyage en Louisiane, en 1622. l'en fit des observations à la cour et à la Compagnie. (La Compagnie des Indes qui avait remplacé celle d'Occident, en 1723.)

« Il n'était pas d'une moindre importance », disait-il, « d'avoir des missionnaires parmi les sauvages, au milieu desquels nous nous étions établis. Nous avons vu que le salut de ces peuples fut toujours le principal objet que se proposaient nos rois partout où ils étendaient leur domination dans le Nouveau-Monde, et l'expérience de deux siècles nous avait fait comprendre que le moyen le plus sùr de nous attacher les naturels du pays était de les gaguer à Jésus-Christ, On ne pouvait ignorer d’ailleurs qu'indépendamment mème du fruit que les vuvriers évangéliques pouvaient faire parmi eux, la seule présence d’un homme, respectable par son caractère, qui entend leur langue, qui puisse observer leurs démarches, el qui sache, en gagnant la confiance de quelques-uns, se faire instruire de leurs desseins, vaut souvent mieux qu'une garnison, ou peut du moins y suppléer et donner aux gouverneurs le temps de prendre des mesures pour déconcerter leurs intrigues. L'exemple des Illinois qui, depuis 1717, étaient incorporés au gouvernement de la Louisiane, suftisait pour

faire voir de quelle impc rtance il était de ne pas laisser plus longtemps les autres nations sans missionnaires (0). »

Ces observations judicieuses de Charlevoix furent écoutées et l'on ne tarda pas à remédier au mal qu'il avait signalé, La Compagnie, dès 1925, s'adressa aux Jésuites « dont un très grand nombre s'offrit pour cette nouvelle mission », Malheureusement les supérieurs ne purent accorder la permission qu'à quelques-uns d'entre eux, et ceux qui furent ainsi répartis dans les divers points de la colonie, où les Capucins faisaient défant ne purent répondre aux besoins spirituels de chaque

\atio: : où il arriva que les Natchez, ceux de tous les j la Louisiane qu'il était à propos d'éclairer de plus 1.., n'en eurent point, et l'en ne s'aperçut de la faute qu'on

1 faite que quand elle fut irréparable (2) ».

a pourvut en même lemps à l'éducation des jeunes filles francaises de la capitale et des environs, en faisant venir des Ursulines de France : et, pour ne point multiplier les établissements dans une colonie qui commencait à peine à se former. ces religieuses furent chargées du soin de l'hôpital.

Au mois d'octobre 1725, M. Perrier, lieutenant de vaisseau fut nommé commandant gét:éral de la Louisiane à la place de M. de Bienville qui repassa en France. Ce fut sous son administration qu'eut lieu le triste épisode de la destruction d'une nation que Chateaubriand a immortalisée dans l’un de ses poèmes. Les Natchez. que la sage politique de Bienville av: jusque-là maintenus en paix, sauf quelques soulèvements promptement réprimés, se révoltérent en 1729. Le commen: cement des hostilités fut une conspiration savamment ourdie qui coûta la vie à presque tous les Francais établis dans leur village, y compris le P. du Poisson, de passage en ce lieu. « Cent cinquante enfants, quatre-vingts femmes et presqu'autant de nègres furent faits prisonniers. »

« Pendant ce massacre, le Soleil, ou grand chef des Natche/ était tranquillement assis sous le hangar à tabac de la Compagnie des Indes. On lui apporta d'abord la tête du commandant, puis celles des principaux Francais qu'il . +anger

QG) CuaRLE VOIX, VOL, I, p. für.

@) ibru, voi. Hi, pe 562.

autour de la première; enfin toutes les autres qui furent mises en piles. Les corps restèrent sans sépulture et furent la proie des chiens et des oiseaux carnassiers. »

Le P. Sorel, missionnaire chez les Yasous, « revenait le soir de visiter le chef de cette nation: il recut, dans le temps qu'il passait une rivière, plusieurs coups de fusil dont il expira sur l'heure ». Cette mort du Jésuite, « fort aimé de ces barbares, mais qui souffraient impatiemment quil leur reprochàt sans cesse le péché infâme qui a fait périr Sodome, et auquel ils étaient adonnés », fut le signal du soulèvement de cette nation, « [ls se mirent à crier que, puisque le chef de la prière était mort, if ne fallait épargner aucun Français. Le lendemain. les 17 soldats en garnison dans le fort, situé à une lieue de leur village, sous Les ordres du chevalier des Roches, furent surpris et massacrés. Aussilôt l'un de ceux qui avaient tué le P. Sorel se revètit de sa soutane et alla, dans cet équipage annoncer aux Naichez le massacre de tous les Français établis sur leur rivière »

Quelques jours plus tard, le P. Doutreleau, en mission chez les Illinois, qui ignorait ce qui s'était passé, s'étant arrèlé à l'entrée de la rivière des Yasous pour y dire la mess», n'échappa que par miracle aux sauvages de cette nation. Au moment où il commencait le saint sacrifice, ces barbares ‘enus à lui en amis, firent une décharge de leurs armes qui tua un de ses compagnons et le blessa au bras droit. Trois fois de suite, les assassins tirèrent sur lui presqu'à bout porlanl « sans néanmoins lui faire aucune blessur- nouvelle. \lors, plein de contiance dans la divine Provideace dont il venait d'éprouver les effets si marqués. il orit so: calice et sa patène, et. revêtu de ses habits sacerd: aux, il courut à l'endroit où était sa pirogue. » Deux 4 ses c: mpagnons qui avaient pu s'échapper l'y avaient procédé et, Le croyant mort, avaient déjà tiré au large, « Le Père se mit à l'eau pour les rejoindre et, comme il montait dar. la pirogue, ayant tourné

tête pour voir s'il n'était pas posrsuivi, recut dans la bouche un coup de plemb à outardes, »

Néanmoins, il se charge: de gouverner le canot, et ses deux hommes, dont l'un avait la cuisse cassée d'un coup de fusil,

mirent à ramer de tontes leurs forces Ayant échappé aux

balles des Natchez, dont le village se trouvait sur leur chemin, ils arrivèrent à la Nouvelle-Orléans, où les troupes s’assemblaient pour aller châtier les rebelles.

Les causes qui amenèrent la sanglante tragédie que nous venons de rapporter ne sont pas clairement expliquées. Il est probable que les Natchez voulurent tout simplement profiter de l'état de faiblesse dans lequel se trouvait la colonie. pour se débarrasser de ceux qu'ils regardaient comme les usurpateurs de leur pays. Il est certain qu'ils furent poussés à celte insurrection par la puissante peuplade des Choctaws, qui n'entrèrent néanmoins dans la conspiration qu'en vue de profiter du dénouement, et qui ensuite ne remuèrent pas (r). On leur fit croire, sans aucun doute, que le complot était général et que leur exemple serait suivi par tous les autres sauvages de la Louisiane. Il est bien possible qu'il en eût été ainsi, si, pour des raisons particulières, ils n’eussent devancé de quelques jours le moment du massacre.

Quoi qu'il en soit, cette malheureuse nation ne tarda pas à se repenlir de sa sanglante équipée. Abandonnée de ceux-là mèmes qui l'avaient excitée à la révolte, elle vit la plupart de ceux qu'elle avait regardés comme ses alliés se ranger du côté des Français. Les Yasous furent exterminés et les Carrois et les Tioux, ouvertement favorables aux Natchez, subirent le mème sort. Après quelques succès obtenus contre les troupes de Loubois, qui assiégea leur fort sans pouvoir s’en rendre maitre, les Natchez concurent les plus folles espérances et se flattèrent de faire fuir désormais les Francais, comme une simple tribu. Ces illusions furent la dernière cause de leur perte. Voyant leur arrogance, le commandant Perrier forma, « avec les milices et les renforts reçus de France, un corps d'environ 600 hommes » et, le 20 janvier 1931, il arrivait devant leurs retranchements. Après une faible résistance. ils demandèrent à capituler.

La rigueur du commandant francais, qui envcya ses prisonniers en esclavage à Saint-Domingue, suscita une dernière révolte. Malgré leur courage, ils ne purent lutter longtemp: contre leurs vainqueurs. « Ce désespoir ne fit qu'honorer leur chute, et St. Denis leur fit essuyer la défaite la plus

{t) Ganxrar, vol. ft, P: 9.

complète qu'ils eussent éprouvée depuis leur déroute par Lesueur, » Tous les chefs y périrent. Après tous ces revers, ils disparurent comme nation. Ceux qui avaient échappé au fer ou à l'esclavage se réfugièrent chez les Chicasaws.

Cette guerre regrettable, qui n'était pas dans les traditions de la France en Amérique, fut jugée sévèrement. La Société des Indes, seule responsable, fut obligée de rétrocéder au roi la Louisiane et le pays des Illinois.

Ainsi finit cette guerre, que plus de zèle pour la conversion de cette malheureuse nation et une politique plus ferme et plus vigilante eût sans doute empèchée,

Pendant que la France luttait en Louisiane soit contre l'Espagne, soit contre les peuplades Sauvages, elle devait maintenir sa position contre les Apglais dans la Nouvelle- France. Cette lutte territoriale, avec des adversaires qui ne ‘econnaissaient d'autre droit que leur propre intérèt (1), se til par l'établissement de forteresses rivales.

Au fort d'Oswego, construit par les Anglais sur les bords du lac Ontario, que neutralisait déjà celui de Niagara, M. de Beauharnois opposa (1727), à la tète du lac Champlain, la forteresse Saint-Frédéric. Cette place forte, qui menaçait le cœur même de New-York, fit pousser de hauts cris à nos voisins plus accoutumés à avancer quà reculer. « Malgré les réclamations et les menaces, les Français achevèrent de construire le fort Saint-Frédéric et gardèrent leur position sur le lac Champlain (2). »

Après avoir réprimé l'ardeur belliqueuse des Outagamis qui infestaient de leurs bandes le Michigan et les routes qui conduisaient du Canada à la Louisiane (1528) et chatié en même Lemps les Malhomines ct Folles-Avoines qui s'étaient laissé entrainer dans leur alliance, le gouverneur du Canada

(1) Ceci ressort clairement d'une lettre adressée au bureau de Londres, ‘1719, par le gouverneur de la Nouvelle-York, M. Burnet, (2) GARNEAU,

résolut de faire explorer le continent américain vers l'ouest jusqu’à l'océan.

Pierre Gauthier de Varennes, sieur de la Verendrye, commandant du fort Nipigon, au nord du lac Supérieur, fut chargé de cette entreprise. Accompagné de ses fils, de quelques hommes et d'un Jésuite, il fit plusieurs voyages dans l'Ouest canadien, remonta !e cours du Missouri et visita, de 1731 à 1743, les territoires situés entre le lac Supérieur et les Montagnes-Rocheuses.

Pendant ce temps, les colonies françaises de l'Illinois et du Wabas! continuaient de s'accroitre et furent bientôt protégées par un poste militaire, établi sous le nom de Vincennes (1535) sur la rivière Wabash, à 150 milles de son embouchure. Ce fort, appelé plus tard Saint-Vincent, fut pendant plusieurs années un point stratégique d'une grande importance.

Ainsi, en dépit de la faiblesse de ses colonies d'Amérique, la France continuait d'enserrer les États de la Nouvelle- Angleterre, de la Nouvelle-York, des Carolines, etc., dans une chaine de forteresses dont les mailles allaient se multi. pliant de plus en plus.

C'était audacieux de sa part, et mème téméraire : car. connaissant la ténacité, l'orgueil et l'ambition de ses fiers ennemis, il lui eût été facile de supposer que les entraves qu'elle mettait à leur expansion ne sauraient être maiutenues à moins qu'elle n'eût à leur opposer des combattants, un conlre un, ou mieux deux contre un, étant donné l’étendue du terr'toire à défendre. Mais, tel fut de tout temps le caractère français, chevaleresque et impolitique en mème temps, que la lutte à armes égales a toujours semblé lui répugner.

En Louisiane, où nous avons assisté à la guerre qui eut pour effet la destruciion des Natchez et la perte de la colonie par la Compagnie des Indes, M. Perrier fut remplacé, en 1933.

par M. de Bienville, qui, après quelques années passées en

France, revint au poste qu'il avait occupé si longtemps. Son

premier soin fut de réduire les Chicasaws que les Anglais ne

cessaient d'exciter contre nous et auxquels ils procuraient en sous-main des armes et des munitions. Une première expédition, contre cette puissante nation qui avait arboré le drapeau britannique sur ses retranchements, ne réussit pas. De Bienville éprouva une si vive résistance dans l'attaque de leur fort qu’il dut revenir sur ses pas, après avoir perdu son artillerie qu'on jeta dans la rivière Mobile pour rendre la descente plus facile.

Le brave d'Artaguette, qui devait lui amener les guerriers illinois et iroquois chrétiens pour le renforcer, écho::a luimême et fut fait prisonnier avec M. de Vincennes, le P. Senat el plusieurs autres Français. Le reste de sa troupe, sous le commandement d'un jeune homme de seize ans, du nom de . Voisin, qui montra la prudence d'un vieux capitaine, poursuivi par les ennemis, sans vivres et avec beaucoup de blessés, put s'échapper et atteindre un lieu de sureté après avoir parcouru 5 lieues vers le nord.

D'Artaguette, de Vincennes, de Coulanges, de Saint-Ange, du Tisné, d'Esgly, de Tonty, le P. Senat, fusent atiachés au poleau et lourmentés le jour mére, depuis trois heures de l'après-midi jusqu'à minuit. « Plusieurs autres, tant officiers de milice que simples miliciens, périrent avec eux, »

Il fallait réparer cet échec à tout prix, et M, de Bienville se mit en mesure de reprendre au plus tôt celte malheureuse campagne contre les Chicasaws. Comme ces barbares n'élaient pas très éloignés du Mississipi, il résolut de transporler ses troupes par ce fleuve, au lieu de suivre la rivière Mobile comme là première fois. Ayant reçu du renfort de lrance, il se mit en route avec son armée, dans l'été de 1539, el vint se retrancher à l'embouchure de la rivière Margot, tout près du lieu, où s'est élevée plus tard la ville de Memphis.

Le fort construit en cet endroit prit le nom de fort de l'Assomption, et l'on y attendit les troupes qu'amenait du Canada M. de Longueil. En février 1840, grâce à l'arrivée de ce dernier, l'armée était composée de 1.200 Européens et de 2.000 Sauvages el noirs ; aussi, de Bienville résolut de com-

mencer les hostilités contre les Chicasaws qui n'étaient qu'à quinze lieues de distance. M. de Coloron partit avec 200 Canadiens et leurs alliés, Illinois, Iroquois, Hurons, Algonquins, tous accoulumés au rude climat de leur pays, et vint bravement attaquer la bourgade où se tenaient les guerriers ennemis. Il les maltraita tellement qu'il en mit trente-six hors de combat. Les chefs, effrayés, n'attendirent pas l’arrivée du reste de l'armée, ils amenèrent leur drapeau et demandèrent à Coloron d'intercéder pour eux auprès du général.

Après avoir passé deux ou trois jours avec les Chicasaws, le capitaine retourna à l'armée avec une députation considérable de sauvages qui se jetèrent aux pieds de Bienville et le prièrent de leur accorder la paix.

Ce dernicr fit preuve de beaucoup de modération, en n'usant d’aucunes représailles et en accordant aux Chicasaws la paix qu'ils sollicitaient.

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