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deux mille, et s'opposer à notre débarquement, ayant une supériorité de marine sur le lac Ontario (1). »
Quatorze cents soldats, trois cents marins et ouvriers, quatre-vingts officiers, une centaine de femmes et d'enfants, se rendirent prisonniers. On prit sept brigantins de huit à dixhuit canons, deux cents bateaux de transport, plus de cent vingt bouches à feu, une immense quantité d'armes, de munitions et de vivres, cinq drapeaux et la caisse militaire renfermant dix-huit mille francs (2).
Le colonel Washington fut battu dans l'Ohio, par M. de Roquetaillade. Le futur grand homme subissait défaite sur défaite. Il est vrai que ses coups de mousquet avaient une répercussion dans le passé lointain du moyen âge. Quand on tire ainsi sur les institutions vénérables de l'Europe chrétienne, il n’est pas étonnant qu'on n'obtienne que de piètres résullats en combattant des Canadiens et des sauvages (3).
Ces derniers, dont les balles avaient une portée beaucoup moindre, ne se contentèrent pas de vaincre l’immortel héros de l'Indépendance américaine, ils continuèrent de ravager la Pensylvanie, le Maryland et la Virginie, semant l’épouvante et la mort sur leur passage. Un petit détachement, envoyé par M. Dumas, eut l'audace d'aller enlever le fort Granville, à vingt lieues de Philadelphie.
Encore une fois, dans la campagne de 1556, les hasards de la guerre avaient favorisé la France en Amérique. « Avec moins de six mille hommes, on avait paralysé les mouvements de douze mille rassemblés entre l'Hudson et le lac Ontario, et on avait pris une forte place de guerre (4).»
Mais la gloire dont venaient de se couvrir les armes fran çaises dissimulait à peine les sombres nuages qui s’accumulaient à l'horizon.
L'Angleterre, selon son habitude, allait redoubler d'efforts
G) Lettre du 2 août 1556 au ministre à Paris.
@) GARNEAU, VOL Il, p. 55.
G) A propos de l'assassinat de Jumonville, voici comment s'exprime Ban croit : « Fire ! said Washington, and with his own musket gave the exanmple. That word of command kindled the world into a flame. I was th signal for the first great war of revolution. There, in the western forest began the battie which was to banish from the soil and the neighbourhou: of our republic the institution of the middle age. » History of the Unit States, Vol. IV, p.18,
(4) GanNrAr.
pour transformer ses défaites en triomphes et la France sacrifiait de plus en plus le Canada à la politique de M": de Pompadour. « Pendant que ses finances s’abimaient dans la guerre d'Allemagne et d'Italie, ses coffres restaient vides pour les dépenses que demandait la conservation de ses possessions américaines. » L'agiolage se mit aussi de la partie, ct l'on vit des misérables spéculer sur la misère publique au Canada, sur l’approvisionnement de l'armée, et faire des fortunes seandaleuses quand le soldat, mal vêtu, mal nourri, sans solde, faisait des prodiges de valeur à la frontière et que la population de la colonie mourait de faim.
Malgré tout, la campagne de 1553 fut encore brillante. Les flottes combinées de lord Loudoun et de l'amiral Holborn, qui portaient onze mille hommes, n’osèrent attaquer Louisbourg, et le fort Saint-George ou William Henry, construit par les Anglais à l'endroit même où Dieskau avait subi sa défaite. fut obligé de se rendre à Montcalm après une vive résistance. Ce brillant exploit fut malheureusement souillé par la conduite barbare des sauvages qui assaillirent la garnison anglaise, au moment où, sous l’escorte d’un détachement francais, elle se retirait au fort Édouard. L'eau-de-vie laissée par les Anglais dans le fort, malgré les avertissements de Montcalm, le mécontentement de n'avoir pu se livrer au pillage, et enfin le souvenir de certaines cruautés exercées par les Anglais en Acadie et ailleurs, furent les causes du massacre qui suivit. Ce ne fut qu'avec les plus grandes peines, et grâce à l’intervention des ofticiers, que l'on prévint la destruction entière des colonnes anglaises et qu'on put les arracher des mains des barbares.
« Ces lamentables désordres laissèrent de vifs ressentimen’ ; dans le cœur des Anglais. Cependant les prisonniers euxmèmes ont rendu cette justice à leurs vainqueurs qu'ils aient fait tous leurs efforts pour les défendre et arrêter le rnassacre, et qu'ils avaient réussi à empêcher de plus grands malheurs. »