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CHAPITRE XV

Campagne de 1558. — Forces respectives des belligérants. — Investissement de Louisbourg. — Le général Wolfe, digne émule de Montcalm. — La brillante victoire de Carillon. — Capitulation de Louisbourg. — Le fort frontenac subit le même sort et le fort Duquesne évacué et brûlé, — La France ferme les yeux et se résigne lâchement à la perte de ses colonies, — Campagne de 1959. — Carillon el Saint-Frédérie évacués. — Niagara se rend après une héroïque résistance, — Vietoire de Montmorency. — Bataille des plaines d'Abraham. — Capitulation de Québec, — Lévis se replie vers Montréal, — Campagne de 1760. — Le peuple canadien en arme, — Brillante victoire de Sainte-loye. — Lévis assiège Québec. — La flotte anglaise parait. — Lévis se retire à Montréal. — Le Canado devient possession britannique. — Le peuple canadien, loyal aux vainqueurs, reste français.

Ces victoires. loutefois, contre un ennemi dont chaque défaite augmentait le nombre, puisqu'elle devenait la cause de nouvelles levées et de nouveaux armements, ne laissaient pas d'affablir la Nouvelle-France où les renforts d'Europe n'arrivaient presque plus, où la famine était devenue si grande que « lestrois mille barils de farine et de lard trouvés dans le fort William Henry et ramenés en triomphe à Carillon furent prisés dans toute la colonie à l’égal des plus gloricuses marques de la victoire ».

Au mois de mai 1558, les troupes francaises du Canada se composaient de huit bataillons de ligne, formant trois mille sept cent quatre-vingt-un hommes... Les troupes de la marine et des colonies, maintenues à leur effectif de l'année précédente, se montaient à deux mille soldats, ce qui faisait en tout mo’ le six mille hommes de troupes réglées: et l'on avait à a .endre cinq cents lieues de frontières (r).

D'un autre côté, le général Abercromby, qui venait de remplacer lord Loudoun dans le commandement de l'armte

QG) GARNEAU, VOL IV, p. 927.

de terre, «se trouva à la tête d'environ cinquante mille hommes dont vingt-deux mille soldats, outre des réserves de milices nombreuses, qui portèrent, dit-on, le nombre des combattants, dans les provinces anglaises, à plus de quatre-vingt mille ».

2e chiffre représentait alors la population entière de toutes les possessions francaises d'Amérique, hommes, femmes et enfants. Toutefois, après les succès inouïs des deux campagnes précédentes, il était encore permis d'espérer : car si les soldats anglais et américains avaient fait jusqu'ici leur devoir, leurs chefs n'avaient pas brillé par la capacité. Dans ces âges héroïques, lutter un contre dix ne semblait nullement téméraire à nos pères, et leurs audacieuses tentatives, comme l'histoire l’atteste, étaient très souvent couronnées de succès.

Malheureusement, le digne émule de Montcalm et de Lévis, le seul général vraiment digne de ce nom que l’Angleterre ait eu en Amérique, Wolfe, venait d'y arriver. Doué d'un génie et d’une au lace extraordinaires, cet homme allait bientôt changer la face des affaires et ramener la victoire sous les drapeaux britanniques. Son premier fait d'armes qui ouvrit la campagne de 1558 fut l'investissement de Louisbourg, considéré comme son œuvre, bien que l'armée anglaise, dévolue à cette lâche, se trouvàt sous les ordres du général Amherst.

Pendant que l’héroïque Drucourt se défendait dans cette forteresse, qui tombait en ruines avant le siège (1). avec deux mille six cents hommes, cinq vaisseaux et six frégales, contre des forces de terre et de mer qui formaient réunies plus de trente mille hommes, Montcalm repoussait l'invasion anglaise du côté du lac Champlain et remportait l'éclatante \icloire de Carillon.

Dans cette journée mémorable, 8 juillet, les troupes de Montcalm, fortes de trois mille six cents hommes, soulinrent, pendant six heures, le choc d'une armée de quinze mille. Placés en arrière des retranchements en abatis, élevés

() « Faute d'argent, les fortitications n'avaient pas été réparées : elles Lombaient partout en ruines, Le revêtement de la plupart des courtines tait entiérement écroulé, et il n'y avait qu'une casemale et une poudriere « l'abri des bombes. » GARNEAU.

à la hâte en avant du fort Carillon. les soldats francais com mandés par Montcalm, de Lévis et Bourkamaque, virent au milieu du jour les colonnes ennemies s'avancer fièrement en masses compactes, baïonnette au bout du fusil, à l'assaut de leurs lignes de défense. « Dans ce moment-là mème, une trentaine de berges se présentaient sur la rivière à la Chutte pour menacer la gauche des Français. Quelques coups de ‘anon lirés du fort, qui en coulèrent deux, et quelques hommes envoyés sur le rivage, les mirent en fuite, » Les grenac'iers anglais et l'élite choisis pour têtes avaient recu l'ordre de s'élancer sur les retranchements, d’y pénétrer de vive force et de ne tirer que quand ils auraient saut dedans (1). De leur côté, les troupes de Montcalm devaient laisser l'ennemi s'approcher et ne faire feu que quand il serait parvenu à quarante-cinq pas des retranchements. Il y eulune minute solennelle. Les régiments anglais, dont les colonnes conlinuaient d'émerger d'un bois voisin, descendaient dans la gorgc en face des retranchements et s'avancaient avec une assurance el un ordre parfaits. Les uns marchaient vers le centre, les autres vers la gauche, et un troisième corps vers la droite où se tenait de Lévis avec ses milices canadiennes.

Tout à coup, une ligne de feu circule le long des remparts d'arbres renversés, un crépitement continu et nourri se produit et des nuages de fumée s’en dégagent. Assaillis par une mousqueterie terrible, les masses anglaises tressaillent, chancellent et tombent en désordre.

« Forcées de reculer un instant, elles se raffermissent et reviennent à la charge, mais, oubliant leur consigne, elles commencent à tirer. » Peine perdue, inutiles efforts : partout une résistance invincible les accueille et jonche la terre de ‘adavres et de blessés. C'est surtout contre la droite que s'acharnent le plus longtemps les colonnes ennemies. Les srenadiers et les montagnards écossais persévèrent de ce coté pendant trois heures consécatives, sans se rompre, ni se rebuter. Les derniers surtout, commandés par lord John Murray, se couvrent de gloire, Ils forment la tête d'un colonne presque en face des Canadiens. Leur costume lége:

et pittoresque se distingue entre tous les autres au milieu du feu et de la fumée Ils perdent la moitié de leurs soldats et vingt-cinq ofliciers, tués ou grièvement blessés (1). Mis cette attaque est repoussée comme les autres et, non contents de soutenir cette lutte homérique en arrièr des troncs d'arbres, les miliciens canadiens font plusieurs sorties sur les flancs de l'ennemi et 1 *cueillent des prisonniers.

Cependart, Abercromby, furieux d’une telle résistance, humilié de voir ses gros bataillons tenus en échec par une poignée de Francais, fait reposer ses soldats dans les bois et se prépare en vue d'un suprème effort. Vers les six heures, ses troupes s'ébranlent de nouveau, et une attaque générale recommence contre la ligne entière des Français. Toute l'armée y prend part et il n'y a pas une seule compagnie qui ne vienne à l'assaut. Mais l'ardeur des assaillants se brise une dernière fois contre ces fatals retranchements qui ne cessent de vomir la mort et où tous les diables sen:blent s'être embusqués. Rien ne peut ébranler « ‘’intrépidité calme des troupes françaises qui se battent aux er. ; de : Vive le roi! Vive notre zénéral! (2) »

Entin, cette lutte héroïque, ce combat de géants se termine quand le soleil cesse d'éclairer la scène du carnage. À ce moment, l'armée anglaise bat précipitamment en retraite, laissant deux mille morts -1r le terrain.

Les troupes de Montcalm, épuisées de fatigues, mais ivres de joie, passèren ‘a nuit dans leurs positions. On nettoya les armes, on rénara les brèches, et l'on se tint prêt au combat pour le lendemain ; car chacun s'attendait de se réveille. au bruit du canon. Le 9 juillet, après quelques heures d'attente, ne voyant point paraitre les ennemis, Montcalm envoya à la découverte. Les éclaireurs rapportèrent bientôt que l'armée anglaise avait disparu. « Dans cette nuit mème qui avait suivi la bataille, le général anglais avail conunué son mouvement :elrograde vers le lac. Cette retraite était devenue une véritable truite. I avait abandonné sur les chemins ses outils, une partie de ses bagages, un grand nombre de blessés, qui

furent ramassés par M. de Lévis, es it s'était rembarqué à la

(Q) ErnLAxp.

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