‹ Histoire de la race française aux États-Unis [microforme]Chapitre 48 sur 73 · APPLIED IMAGE · texte numérisé non relu

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Armé d'une hache, les manches de chemise retroussées, proférant d'affreux blasphèmes, l'irlandais semblait vouloir recourir aux moyens extrêmes, quand les amis de Guérin entrèrent en scène.

Îls n'avaient pas l'air doux, non plus, ces aventuriers qui se portaient ainsi au secours de leur compatriote menacé. En un instant, ils eurent ôté leurs habits et prirent une atlitude tellement belliqueuse que l'irritable Phelan jugea prudent de battre en retraite ; mais, si tôt qu'il s'éloignät, il put parfaitement saisir cet énergique avertissement : « Si jamais tu touches à Guérin, nous te pendrons comme un chien au premier arbre voisin! »

Il se le tint pour dit ; car il savait que ces hommes déterminés ne reculeraient pas au besoin devant de telles représailles.

Croyant que les tribunaux lui seraient plus favorables, il inlenta une action contre Guérin devant le major T. Brown, juge de paix de l'ile Gray-Cloud ; mais ce dernier déclara que ses droits étaient périmés, parce qu'il avait abandonné sa propriété plus de six mois. De guerre lasse, Phelan quitta les lieux et alla habiter les bords du lac qui porte aujourd'hui son nom.

Eh bien, cette propriété solitaire, si vivement contestée, devint le centre de Saint-Paul, l’une des plus belles villes de l'Ouest. La cabane de Guérin a cédé la place à un superbe édifice qui est connu sous le nom de Zngersoll's Block.

« Guérin n'est pas le pre aier Canadien qui ait habité Saint- Paul. Il avait été devancé dans la solitude par Pierre Parent, Abraham Perret, Benjamin Gervais. Pierre Gervais. D'autres colons vinrent grossir leur nombre en 1839... Charles Mousseau... Guillaume Beaumette et Denis Cherrier ; mais ils étaient presque tous établis à une grande distance de Guérin, et ils ne demeuraient pas en permanence sur les lieux, »

C'est contre un certain nombre de ces pauvres gens, ruinés pour la plupart par les inond”tions de la rivière Rouge, que le major Plympton, commai dant du Snelling, se rendit coupable d’une indignité sans nom. Les soldats du fort ayant acheté des spiritueux de quelques-uns des colons, ce qui avait occasionné certains désordres, le commandant fit « dé-

truire les maisons disséminées sur un parcours de cinq milles, contraignant leurs habitants, déjà éprouvés par tant de revers, à se trouver de nouveaux foyers ».

Le premier qui déchira avec la charrue le sol vierge de Saint-Paul, fut Guérin. « Une année il récolta beaucoup de grain ; mais faute d’acheteur, il dut le laisser pourrir au grenier. Le premier moulin à farine du Minnesota fut construit, en 1845, par un Canadien du nom de Samuel Bolles. »

La vie de ces premiers colons de Saint-Paul n'était pas toujours en sûreté. « Un jour, neuf ou dix sauvages, sous l'influence de la boisson, firent une attaque en règle contre la maison de Guérin, menaçant de tuer les habitants. Ils brisèrent une fenètre, voulurent pénétrer dans la maison par celte cuverture. Folle de peur, la femme de Guérin se cacha sous un lit, avec son premier enfant, âgé seulement de deux mois, s’altendant à être scalpée à chaque instant par ces barbares. »

« Guérin saisit une hache, et se préparait à briser le premier crâne qui paraitrait à travers la fenêtre, lorsque survint heureusement un chef ami, Bec-de-Faucor, qui traita les agresseurs de brutes enivrées, et leur ordonna de quitter l'endroit. »

La petite colonie se développa fort lentement à ses débuts. Un seul Canadien, Joseph Rondeau, arriva à Saint-Paul en 180 et fut suivi, l’année suivante, par Pierre et Sévère Bottineau. De 1842 à 1848, le nombre des colons s'accrut dans une proportion un peu plus forte (1).

Les nouveaux venus, en cette dernière période, peuvent être considérés, ainsi que leurs devanciers, comme les pères ou fondateurs de la capitale du Minnesota. Ils méritent donc que nous léguions leurs noms à la postérité, Étrange destinée, ces voyageurs qui vécurent dans de pauvres cabanes, sans souci du lendemain, tracaient, sans le savoir, la marche lumineuse de la civilisation ct en fixaicnt les étapes !

Voici ces noms que M. Paul Bouiget, tout aux émotions que lui causait la prospérité américaine de l'heure présente, a oublié de lire sur les premières assises de la métropole du £rand plateau de l'Ouest : Un nommé Pilon, Joseph Labos-

Q) Tassi,

sière, François Désiré (182), Alexis Cloutier, François Maret, Antonin Pépin, Joseph Desmarais, Louis Larivière, Xavier Delonais, Joseph Gobin (1843), Louis Robert, Guillaume Dugas, Charles Bazile (1844), Léonard H. Laroche, François Chènevert, David Benoit, François Robert, Antoine Robert, Charles Chevalier (1845), David Faribault, Charles Rouleau. Louis Desnoyers, Joseph Montour (1846), Fred Olivier, G. A. Fournier (1845), André Godefroy, David Hébert, Olivier Rousseau (1848). Marsille Couturier et un nommé Archambault (date inconnue).

« Il serait facile de continuer cette liste des premiers Canadiens qui ont bien mérité de cette ville, si elle ne devait pas nous entrainer dans de trop longs développe: ments (1). »

En 1835, l'évèque de Dubuque, Mf' Loras, se rendit en France dans le but d'obtenir des prètres pour son diocèse qui comprenait alors l'extrême Ouest. À sa demande, de véritables apôtres s’inscrivirent. Citons les abbés P. Crétin, A. Palainourgues, Galtier et Ravoux.

L'abbé Galtier fut le premier missionnaire de Saint-Paul et de tous les établissements supérieurs du Mississipi, « où la bonne nouvelle n'avait probablement pas été annoncée depuis le départ des premiers Jésuites ». Il fixa l’emplacement de la première église de Saint-Paul, dès 1840, sur un terrain que lui donnèrent conjointement Benjamin Gervais et Vital Guérin. « Au mois d'octobre 18/41 », écrivait-il, « je {is préparer des pièces de bois grossières, et je fis construire une église si pauvre, qu'elle me rappelait bien l’étable de Bethléem. Elle était destinée, cependant, à devenir le noyau d'une grande ville. Le premier novembre de la mème année. je lis la bénédiction de la nouvelle basilique (?), et je la dédiai à saint Paul, l'apôtre des nations. »

L'abbé Galtier ne resta pas en permanence à Saint-Paul : il y venait, cependant, à intervalles réguliers, pour célébret la messe, prècher et administrer les sacrements. L'abbé Ravoux, qui devint plus tard grand vicaire du diocèse de Saint-Paul, le remplaça et commença à visiter les Canadiens de cette mission tous les quinze jours.

(1) Tassé.

L'abbé Ravoux fut l'un des plus zélés missionnaires de l'Ouest, qui était desservi à celte époque par quelques prétres francais.

« Après avoir exercé le saint ministère à la Prairie-du- Chien, jusqu'au mois de septembre 1841, il alla évangéliser les Sioux dans le haut Mississipi. Il se rendit en canot d'’écorce à Traverse-des-Sioux, où il fut recu avec tous les égards possibles par un brave et respectable traiteur, Louis Provençal. Il passa quelques mois à cet endroit, à Little Rock et au Lac-qui-Parle, puis vint passer l'été à Mendota, en la compagnie de son ami, l'abbé Galtier. « Les Canadiens et les sauvages des autres parties du Minnesota furent aussi l'objet de ses soins les plus assidus, et, à la demande de la famille Faribault, il fonda une mission à Little-Prairie (maintenant Chaska), où il passa quelque temps. »

En 1849, Saint-Paul devenait la capitale du territoire du Minnesota, nouvellement séparé de l'État du Wisconsin. Cet événement décidait des destinées de ‘a ville.

« Saint-Paul avait alors une population de 253 âmes : on y voyait un hôtel, qnelqz<5 magasins tenus sur un bon pied, et les humbles cabane: des premiers colons commencaient à faire place à des maisons confortables. La majorité de cette population se composait de Canadiens et de Métis, et on n'y entendait guère autre chose que des accents du franvais (1). »

Quelque temps auparavant, le gouvernement américain, méconnaissant les titres de propriété des premiers colons de cette localité, avait fait mettre en vente tous leurs terrains. Ceux-ci, craignant la concurrence des spéculateurs et d’être dépossédés des claims qu'ils avaient occupés les premiers, se rendirent en grand nombre au lieu où l'on procédait publiquement à cette vente. « Comme la plupart ne comprenaient pas l'anglais, le général H. H. Sibley, qui avait leur confiance absolue, fut autorisé à faire les offres en leur nom.

« Je fus choisi », raconte le général, « par les colons pour faire ‘les offres en leur nom, et, l'heure de la vente arrivée, m iège fut entouré par une bande d'hommes munis de goudins. Ce que cela, signifiait, je ne puis que le présumer,

(1) Tassé.

mais je n'aurais pas envié le sort de l'individu qui aurait osé me faire concurrence (1). »

Saint-Paul devint le siège d’un diocèse en 1851 ct son premier évêque fut l'un de ces rares missionnaires, tous francris, qui avaient les premiers, depuis les Jésuites, évangélisé le Wisconsin, l'Iowa et le Minnesota, en attendant que d'autres, toujours de la mème race, continuassent l'œuvre commencée en s'éloignant de plus en plus jusqu’au Pacifique.

Mer Crétin, qui fut sacré en France, arriva à Saint-Paul, le 2 juillet 1851, accompagné de deux prètres et de trois séminaristes.

Tels furent les humbles commencements de Saint-Paul, de Milwaukee, de Dubuque, de Grecnbay, etc., etc., et de ces grands États de l'Ouest, devenus, depuis, si prospères. Les premiers sillons y furent tracés par des Français du Canada et la plupart des villes, qui y ont surgi comme par enchantement, les eurent pour premiers habitants ou fondateurs.

C'est aussi que ces infatigables pionniers complétaient l'œuvre civilisatrice, commencée par la France, deux siècles plus tôt. Et n'allons pas croire que ces courses lointaines avaient épuisé leurs efforts ou calmé leur humeur voyageuse.

Quelques années plus tard, on les voit s'enfoncer dans les solitudes des Dakotas, franchir les Montagnes Rocheuses par des passes jusque-là inconnues, et, à peine le dix-neuvième siècle a-t-il dépassé la moitié de son cours, que déjà on les trouve en grand nombre sur les boräs du Pacifique, dans l'Orégon, le territoire de Washington et jusque dans les régions de la Californie.

(1) leminiscences of the Ear!y Diys of Wisconsin.

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