CHAPITRE VII
L'Orégon. — Les premiers missionnaires français dans cette région. — Mer Norbert Blanchet. — Le P. de Smet. — Conversion rapide des sauvages. — Trois diocèses nouveaux. — Leurs premiers titulaires sont des prêtres canadiens. — Les origines d’une des plus grandes villes du monde. — Ses premiers habitants. — Un traité avec les indigènes. — Progrès étonnants. — Deux millions d'habitants ont remplacé les wigwams indiens. — La hausse des terrains ne prolite guère aux Canadiens. — Une balance de compte chez un boulanger. — L'histoire des Canadiens de l'Ouest américain, une œuvre dilficile. — Un tableau des groupements français des États-Unis. — L'auteur ÿ a commis des erreurs de détails. — Il est tout de même avec nous. — Conclusion.
Les premiers missionnaires qui ont évangélisé les sauvages de l'Orégon furent deux prètres du Canada, MM. François- Norbert Blanchet et Modeste Demers, envoyés tous deux par
MX l'archevêque de Québec, dont la juridiction s'étendait alors jusqu'au Pacifique. Le second de ces missionnaires quitta le Canada pour la Rivière Rouge (celle du nord canadien qu'il ne faut pas confondre avec la rivière du mème nom en Louisiane), en 1835 ; le premier partit de Montréal le 3 mai 1838. Ils se rendirent ensemble, le 10 juillet, des bords de la Rivière Rouge au fort Vancouver, où ils arrivérent le 24 novembre 1838. Ils avaient franchi les sommets des Montagnes Rocheuses, le 18 octobre, par le 2 de latitude.
Le R. P. de Smet, de la Compagnie de Jésus, inaugura les missions à l’est des Montagnes Rocheuses, chez les Tètes- Plates, en 18/0.
Ces courageux missionnaires furent bientôt suivis par deux autres prêtres canadiens, MM. Jean-Baptiste Bolduc t A. Langlois, et par deux Jésuites, les PP. N. Point et \Mengarini, qui arrivèrent en Orégon en 1841.
Cette petite troupe apostolique s’accrut de nouvelles et pré cieuses recrues : cer les moissonneurs ne pouvaient suftire
à la tâche. Outre les Canadiens répartis dans les différents postes de la Compagnie de la baie d'Hudson, les sauvages devenaient, par leurs conversions, l'objet d'un ministère très actif pour les ouvriers évangéliques. Des tribus entières demandaient à recevoir le baptème, et les lettres des missionnaires de cette époque relatent certains faits qui rappellent les temps de la primitive Église.
Les progrès du catholicisme furent si rapides parmi les indigènes et les colons que le territoire de l'Orégon fut érigc en vicariat apostolique, le 1° décembre 1843. M£" Blanchet. qui en fut le premier évèque, reçut sa consécration à Montréal, le 25 juillet 1845.
Six mille sauvages, ramenés dans le giron de l'Église : tels avaient été les fruits d'un apostolat de cinq années par un nombre restreint de prètres, obligés de iutter contre toutes sortes de difficultés. Il n’était guère question de Chapel-cur à cette époque, et les déplacements, dans un pays trois ou quatre fois plus grand que la France, ne se faisaient pas sans fatigues, sans dangers et surtout sans perdre un temps précieux.
En 1846, un autre diocèse, celui de Wala-Wala, était créé à son tour. M£° Norbert Blanchet devint archevèque d'Ortgon-City, et son frère, Mer Magloire Blanchet, le titulaire du nouveau diocèse. En mème temps, Mt Modeste Demers fut nommé au nouveau siège de l'ile de Vancouver, devenant ainsi le deuxième suffragant de son ancien compagnon de voyages et d'apostolat. Le siège de Walla-Walla fat supprime ensuite, et l’évêque transféré à Nesqually (r), le 31 mai 1850
Comme on le voit, les choses allaient leur train dans ce pays. Il n'y eut pas jusqu'aux religieuses qui vinrent prendre part aux labeurs des missions de l'Orégon. Dès 1845, le: sœurs de Notre-Dame de Namur, conduites par l'infatigable P. Smet, arrivèrent au nombre de cinq et s’établirent à Vi!lamette où elles ouvrirent un pensionnat.
Depuis, les sœurs de la Providence de Montréal ont fonce plusieurs maisons importantes dans ces régions lointaine Les premières qui sv rendirent eurent à endurer les fat gues d'un pénible trajet de plusieurs mois à travers des co:
Q) Ce diocèse est devenu celmi de Seattle en 104
trées sauvages; mais, tel était l'enthousiasme pour ces missions que la plupart des religieuses de cette admirable congrégation souhaitaient ardemment s’en aller partager les travaux de celles qui étaient parties.
Il y avait dans l’'Orégon, en 18/5, six mille Indiens convertis et quinze cents colons catholiques, la plupart canadiens, dont un bon nombre se trouvaient groupés à Saint- Paul.
En 1875, la province ecclésiastique, comprenant les diocèses d'Orégon-City, de Nesqually. de l'ile de Vancouver, ainsi que les vicariats apostoliques d'Idaho et de la Colombie anglaise, comptait environ 34.000 catholiques. Il faut dire que la découverte des mines d'or de la Californie et les soulèvements des Indiens, survenus à peu près dans le même temps, occasionnèrent chez les colons un exode qui paralvsa, pendant un certain temps, les progrès religieux de cette partie des États-Unis.
Quoi qu'il en soit, la race francaise avait, là comme ailleurs, fait son œuvre bienfaisante et civilisatrice. Pendant que ses missionnaires traçaient dans ce champ presque inculte du Père de famille le sillon destiné à recevoir le bon grain de la parole de Dieu, et qu'ils l'y répandaient mème à pleines mains, les colons, les traiteurs et les simples aventuriers ‘anadiens ouvraient toutes grandes les portes par où le flot pressé de l'émigr-‘" * : arcpéenne devait pénétrer pour inonder les extrér ste domaine américain.
Toutelois, ce : 1verçu des différentes migrations des Canadiens-Fr: .3 l'Ouest américain resterait bien incomplet, si, non eva nt de passer sous silence leurs établissements dans le Kansas, leurs courses dans le Nouveau- Mexique, le Texas et la Californie, nous allions omettre de signaler la plus étonnanie de leurs fondations, celle de Chicago, la reine de l'Ouest.
Cette immense cité qui brille, le soir, de milliers de feux electriques formant, presqu'au niveau du lac Michigan, une ligne scintillante de trente milles de longueur, et qui, le jour, vous assourdit par l'incrovable activité de son commerce.
celte ville, dis-je, fut tout d'abord un petit village canadienfrançais.
En 1825, Chicago ne comprenait encore que quelques cabanes basses et misérables d'aspect. M. John H. Fonda en fait la description suivarte : « Chicago n'était alors qu'une agence de traite; il comptait quatorze maisons et pas plus de soixante-quinze ou cent habitants. Les principaux et l'agent
de la compagnie étaient M. Hibbard, un Francais, du nom de Ouilmette, et Jean-Baptiste Beaubien. Je ne pensais nullement à cette époque qu'ure grande ville surgirait à cet endroit (1). »
Rien, en effet, ne laissait alors pressentir que l'on püt songer plus tard à construire une ville dans cette plaine humide, marécageuse même, exposée à loute la fureur des vents du nord auxquels l'immense lac Michigan sert d’entonnoir.
Jean-Baptiste Beaubien, le colonel, comme on l’appelait, fut, avec un nommé Kinsie, le premier blane qui ait habité les bords de la rivière Chicago. Il y était en 18ar (2).
En 1829, la petite bourgade s'accrut par l'arrivée d’un cerlain nombre d'émigrants attirés par la perspective de la con- Struction du grand canal qui relie la rivière Illinois au lac Michigan. Deux frères de Beaubien, Mare et Médard, vinrent, celte mème année, le rejoindre à Chicago. « Des commissaires furent autorisés à diviser en lots la future ville, dont l'avenir commençait à se dessiner sous un aspect plus brillant. »
Un historien de la métropole de l'Ouest en parle dans les termes suivants, à la date de 183r : « Sur la côte est de la rivière Chicago, résidait Marc Beaubien, frère du général
J.-B. Beaubien : il tenait une auberge. Son habitation avait pris, en 1831, les proportions d'une maison à deux étages, bien peinturée, qui fut bientôt connue sous le nom de Sagonash Hotel... Plus loin, sur le »ras sud de la rivière, s'élevait la demeure d'un lraiteur français du nom de Bourassa. La
maison de traite de Médard Beaubien, une très modeste ca-
(@) Early Reminiscences of Wisconsin. — Collections of the Historical Society of Wisconsin, vol. V, p. 216.
(2) Chicago : its past, present and future by James W. SuEAnAX and Gcorge UPrTox, p. 23.
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AUX ÉTATSUNIS 22»)
bane, était située dans cette parti de la ville appelée sixième division. Le colonel Beaubien résidait sur les bords du lac, à une petite distance au sud du fort, dans la maison qu'il avait achetée de la compagnie américaine de pelleteries en 1817, et que les colons désignaient sous le om de « Ouigouam. » Près de sa demeure se trouvait son magasin, où il tenait pour la compagnie américaine de pelleteries un assortiment d'articles pour la traite. »
« À la cession de la cour du comté, tenue au mois de juin 1832, on voit que Marc Beaubien obtint une licence comme marchand en mème temps que Nicolas Boivin et un nommé Joseph Laframboise dont le nom est défiguré par un historien (1) au point qu'il l'apoelle ZLe{enbo):s. » Cette mème année, une humble chapelle fut construite avec des troncs d'arbres bruts. Les taxes de la ville en embryon produisirent la modeste somme de cent cinquante piastres.
« Quoique sa population fût encore très faible, Chicago fut constitué l'année suivante en village. Cinq syndics devaient être chargés de l'administration de la nouvelle municipalité. Leur élection eut lieu à la résidence de Marc Beaubien, le 10 août 1833. Médard Beaubien, ayant brigué les suffrages des électeurs, réussit à oblenir vingt-trois votes sur vingt-huit. Il eut ainsi l'honneur de sièger dans le premier conseil de Chicago (2). »
mois de septembre 185 n grand traité fut conclu entre les autorités américaines les Sauteux, les Outaouais et les Pouteouatamis, par lequel ces tribus cédaient aux États- Unis cinq millions d'acres de terre «qui comprenaient nolamment tout le vaste teritoire situé sur la rive ouest du lac Michigan. Les noms canadiens suivants figurent au bas de ce traité : J.-B. Beaubien, Gabriel Godefroy, Joseph Chaunier, J.-B. Kercheval, Pierre Ménard, fils. Le gouvernement américain s'engageait par ce traité à payer les réclamations très considérables d'un certain nombre d'individus, la plupart des Canadiens, envers lesquels ces t: ‘bus étaient endettées. »
« Au mois de seplembre 1833, sept mille Pea x-Rouges,
@) The railroads, History and Convnerce of Chicago. (2) Tassé.
assemblés dans Chicago, échangeaient contre ‘+8 marchandises sans valeur un territoire de { à 5.000 lieues carrées. L'acte de vente stipulait que les sauvages se retireraient vers l'ouest, au-delà du Mississipi. Une semaine plus tard, quarante chariots attelés chacun de quatre bœufs, transportaient à travers la plaine les enfants des Potouatomis et leur misérable bagage : les hommes et les femmes suivaient à pied. Au bout de vingt jours, la tribu arriva sur les bords du grand fleuve; elle le franchit et poursuivit, pendant vingt autres jours, la marche qui l'éloignait à jamais du pays de ses ancétres. Quand on se promène aujourd'hui dans les rues de Chicago, on a peine à se figurer qu'il y a trente-quatre ans, les Peaux-Rouges étaient encore les maitres du sol sur lequel est bâtie la ville (1). »
Telle est lai en ce monde: rien ne s'y fait sans holocauste et sans victime, et l'avènement d'une puissance ou l'ascension d'un peuple, comme ces édifices construits dans les grandes villes, reposent le plus souvent sur des démolitions ou des ruines.
La métropole de l'Ouest qui, en 1836, n'inspirait qu'une médiocre confiance, au point de se voir refuser un emprunt de 25.000 piastres par la banque de l'État, fut constituée en ville en 1837, et ne tarda pas à donner de sanglants démentis aux prophètes de malheur qui avaient douté de son avenir.
« Sept ans plus tard, elle avait doublé le chiffre de sa population : il était, en 1850, de 28.269 âmes: en 1860, de 109.000 ; en 1866, de 200.000 et de 298.977 en 1850, » Aujourd'hui, la population de Chicago est estimée à près de deux millions d'habitants.
«(Juels bonds prodigieux! Il a sufli de quelques années pour que cctte ville prenne un développement que plusieurs siècles souvent n'ont pu réussir à éon? *: à maintes grandes cités du Vieux-Monde. »
(Juant aux Canadiens qui furent les premiers occupants d'une très grande partie, sinon la plus grande, du territoire où sont maintenant les principales rues de l'opulente cité ils n’ont guère retiré de bénéfices de leurs terrains, bien que ceux-ci valent actuellement des millions.
(4) L'Amérique actaelle, par Emile GOUVEAU. p. 9.
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Le “olonel Beaubien fut dépossédé d'une grande étendue de tesre qu'il avait achetée, au cœur mème de Chicago. A la vente aux enchères qui eut lieu, les habitants de la ville s'étaient entendus pour ne pas lui faire de concurrence.
Un avocat du nom de Collins ne fut pas aussi généreux. Protitant de l'absence des amis de Beaubien, il offrit des prix supérieurs à ceux de notre malheureux compatriote et devint, grâce à cette supercherie, l'acquéreur de propriétés qui prirent, quelques années plus lard, une valeur énorme. Les autres ne furent pas plus heureux. Profitant de la première hausse, ils vendirent pour des prix relativeinent insignitiants, et se contentérent de profits de quelques milliers de piastres, quand ils auraient pu, avec le temps, réol: « e de belles fortunes.
« Voyez-vous, Monsieur, me disait un jour un Canadien du nom de Rodier, aujourd'hui établi dans l'lowa : voyez-vous ces deux beaux blocs de marbre, ces superbes magasins, en face du Sherman House, qui s'étendent jusqu'à la rue State? Eh bien, tout le terrain sur lequel ils sont construits m'a appartenu.
— Oui? Vous devez être bien riche alors ?
— Hélas! Monsieur, vous avez connu M. Dowling”
— J'en ai entendu parler.
— Eh bien! il était boulanger à cette époque. H me fou nissait du pain. Je partais pour le Far West: je lui laissai le tout pour un vieux cheval et une balance de compte. Aujourd'hui, ces lots se vendent deux mille piastres le pied. Mon boulanger est mort millionnaire (1). »
Nous pourrions continuer longtemps encore à retracer les travaux des Canadiens de l'Ouest américain. Leur histoire
est à peine ébauchée. Pour la connaitre un tant soit peu, 1 faudrait parcourir, le carnet à la main, plus de quinze États ayant cnacun un territoire aussi vaste que la France. L'étude des archives dans les villes et les villages d'origine
Q) Etude sur cage, par LH, Fnrourrre, publiée dans FOpinion
Publique du 19 octobre 1871.
canadienne demanderait à elle seule un temps considérable
Bref, nous laissons à d’autres ce travail qui ne manquera pas d'intérêt, Mais avant de clore ce chapitre, nous tenons à mettre sous les yeux du lecteur le tableau suivant des groupements français ou canadiens es États-Unis que nous trouvons dans un ouvrage intitulé : « Les Prètres français émigrés aux États-Unis », par M.-C. Moreau : « Leurs descendants (il s’agit des Canadiens) habitaient encore, en 1589. divers pays qui, aujourd'hui, ne dépendent pas moins de onze États de la Confédération améri ‘aine. Ils tenaient une large place parmi la population de Burlington, de Vergennes el des rives du lac Champlain dans le Vermont, On en trouvait à Buffalo, dans l'État de New-York, où ils formaient encore à peu près la moitié des habitants, aux bords des lacs Érié, Ontario, et sur la rive droite du Saint-Laurent. Dans le Michigan, ils étaient au Sault-Sainte-Marie, au-dessous du lac Supérieur, à l'ile de Mackinac dans le lac Huron, à Saint-Joseph sur la rivière du même nom, au point où elle se jette dans le lac Michigan, à Détroit, entre les lacs Ontario el Érié. Dans la vallée du Mississipi, sur la rive droite du fleuve, un peu au-dessous de l'endroit où ses eaux se grossissent de celles du Missouri, ils avaient Saint-Louis, elaux environs de cette ville, Saint-Charles sur le Missouri. le Portage des Sioux au lieu où les sauvages transportaient leurs canots de la rivière dans le fleuve, Sainte-Marie-des- Barrens, que M#r Dubourg choisit, en 1818, pour l'emplacement de son Séminaire, et Saint-Ferdinand ou Florissant. dont il donna une ferme aux Jésuites. Tons ces centres di population appartiennent à l'État du Missouri, aussi bien que Sainte-Geneviève, le cap Girardeau, la Nouvelle-Madrid et la Petite-Prairie, toujours sur la rive droite du Mississipi en suivant le cours du grand fleuve. Puis, plus bas, c'est Arkansas, sur la rivière et dans l'État du même nom ; c'es! Providence, Saint-Joseph, la Pointe-Coupée et Bäton-Rouge dans la Louisiane ; entin, à l'ouest dece dernier État, Vermil lonville, le Grand-Cotcau, les Opelousas et Naschitoches Mobile, que d'Iberville fonda en 1701, el où, peu de temps après, de Bienville, son frère, transporta les survivants d: Biloxi, est dans l'Alabama, sur Le golfe du Mexique; et, tou auprès, le Bayon-la-Battrai, »
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« Remontons maintenant le Mississipi par la rive gauche. Nous trouverons d'abord la Nouvelle-Orléans et Iberville, qui sont de la Louisiane : Natchez ensuite dans l'État du Mississipi: et nous arriverons dans l'Illinois par Kaskaskias, la Prairie-du-Rocher et Cahokia. presque en face de Saint-Louis. Il y avait autrefois dans ce canton deux autres paroisses dont les débordements du fleuve et l'action des eaux sur les terres ont fait disparaitre les églises : c'élaient Saint-Philippe et Sainte-Anne, A l'est de Kaskaskias, au lieu mème où le chevalier de Vincennes, tombé au pouvoir des Indiens, fut brûlé avec un Père Jésuite qui l'accompagnait, il v avait un fort qui est devenu une ville: c'est Vincennes dans l'Indiana sur la rive gauche de la Wabash..…... Enfin, au sud-est de Vincennes, sur la rive gauche de l'Ohio. dans le Kentucky, c'est Louisville. Nous ne pouvons indiquer, on le comprend, que les lieux qui ont conservé assez d'importance pour retenir un nom sur les cartes des États-Unis... »
€ A ce principal noyau de la population francaise, il faut ajouter les descendants des malheureux Acadiens, déportés en 1759. Nous avons dit au premier chapitre qu'il y en avait dans la capitale du Maryland (1). On en rencontrait également à New-York, à Philadelphie et dans la plupart des villes du littoral. D'autres Francais encore se joignirent au peuple catholique de l'Union peu de temps après l'érection de l'évêché de Baltimore : c'étaient des émigrés de Saint- Domingue et des émigrés de France. Les premiers s'établirent surtout dans les États du Midi. Charlestown, dans la
Caroline du Sud, en reçut quelques-uns: un plus grand
nombre se fixa à Augusta et à Savannah dans la Gcorgie….. Des émigrés de France, les uns s'arrètèrent à New-York
« La cathédrale à été bâtie lors de l'érection du siège, dit Mer Dubois dans une lettre datée de Rome, Le 16 mars 1830, au moyen des efforts incroyables de la population catholique, aidée par un certain nombre de bons Français que la Révolution avait jetés sur ces rivages. Malheureusement pour la religion, la plupart de ces bons Français sont retournés dans leur patrie depuis la Restauration. » Les autres gagnirent la Pensylvanie et fondèrent Frenchtown, dans le comté
(@) Baltimore,
de Bradford, ou se dispersèrent dans celui de Cleartield. D'autres encore poussèrent plus loin; ils arrivèrent après bien des fatigues sur la rive droite de l'Ohio, dans l'État de ce nom, et ils formèrent un comié auquel ils donnèrent, en souvenir de la patrie absente, le nom de Gallia. Le chef-lieu fut appelé Gallipolis. Mais, victimes d’une spéculation odieuse, les pauvres Francais durent abandonner le pays pour la plupart; toutefois Gallipolis subsiste encore. C'était, en 18/40, un village de Goo âmes ; on y voyait alors les remparts dont ses fondateurs l'avaient entouré. »
Cette nomenclature des postes français dans les différents États de la Confédération américaine renferme, comme nous avons pu le remarquer, des erreurs géographiques. Elle met aussi en regard, à la même date, des villes qui n’existaient pas en 1789, bien qu'elles soient d’origine française. Nous avons tenu tout de même à la citer telle qu'elle, afin de montrer au lecteur que l'importance du rôle joué par la race française aux États-Unis n'est pas l'effet de l'imagination, ni encore moins le corollaire d’appréciations partiales ou intéressées. mais bien la conclusion qui se dégage de faits historiques parfaitement établis.
Nous allions justement clore cette partie de notre ouvrage, quand nous nous sommes aperçus d’une lacune qui s'était glissée dans notre travail — il y en a bien d’autres —, nous voulons parler du clergé français émigré à l'époque de la révolution.
L'action de la France en Amérique a été # inultiple, s'est exercée sous lant de rapports, qu'on nous pardonnera d'avoir, pour une fois. dérogé quelque peu à l'ordre chronologique que nous nous sommes efforcés de suivre jus: qu'ici.