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CHAPITRE VII

Comment il se fait que les vieilles provinces anglaises de l'Amérique soient devenues tolérantes. — La France, par son alliance offensive et défensive avec l'Union américaine, détruit les préventions du protestantisme américain contre le papisme. — La Révolution française donne à l'Eglise américaine ses premiers apôtres. — L'abbé Emery, supérieur général de Saint-Sulpice, et Mgr Carroll. — Arrivée des missionnaires français à Baltimore, — Comme les Apôtres au sortir du Cénacle, ils se dispersent dans toutes les directions. — M. Flaget à Vincennes. — M. Richard au Michigan. — MM. Matignon et de Cheverus à Boston. — Sept prêtres français évêques aux États-Unis. — L'œuvre de la race française aux États-Unis est du domaine du passé. — Elle subsiste néanmoins. -- Le peuple américain ne saurait renier sa dette. — Un rameau de la France sur le territoire de la république. — 11 veut vivre et perpétuer le souvenir des héros français.

L'histoire de la race française aux États-Unis resterait incomplète si nous allions omettre de signaler l'influence que la France chrétienne a exercée sur ce pays dans la période qui a suivi la guerre de l'Indépendance.

Celle action salutaire de la Fille Ainée de l'Église sur les populations américaines, on en parle peu d'ordinaire : mais elle n'en a pas moins existé. Que dis-je ? elle subsiste encore par ses conséquences ou ses effets.

S'est-on jamais demandé comment il se faisait que les vicilles provinces anglaises de l'Amérique, si renommées par leur intolérance religieuse, à l'exception du Maryland, antipapistes, en un mot, soient entrées, peu après leur émancipation, dans des dispositions à peu près convenables à l'égard des catholiques ?

Nous disons à peu près, car les traces Ju puritanisme subsistèrent assez longtemps aux États-Unis après le triomphe de la révolution. Pour ne citer que quelques exemples : Jusqu'en 1806, rÉ tat de New-York à exigé, pour admettre les

catholiques à la condition de citoyen, « qu'ils abjurassent

solennellement toute obéissance, spirituelle ou non, à un pouvoir ecclésiastique établi sur une terre étrangère ». La Caroline a imposé jusqu'en 1836, à quiconque voulait être électeur et éligible, un serment par lequel le protestantisme était reconnu comme la véritable religion de Jésus-Christ. Ce n'est que depuis 18 que les catholiques du New-Jersey ont accès aux emplois publics, et ceux du New-Hampshire ont altendu encore plus longtemps avant de voir disparaitre la législation qui les ostracisait des charges officielles. Toutefois, à partir de l'indépendance américaine, la religion catho. lique, sans ètre reconnue dans toute l'étendue de l'Union. fut tolérée et placée mème, dans certains États, sur le pied d'une parfaite égalité avec les autres cultes.

Encore une fois, comment se fait-il que le fanatisme intransigeant des puritains, des quakers et des protestants de toutes nuances, qui avait dicté des lois draconiennes contre le catholicisme. faiblit tout à coup, s'émoussa au point de laisser aux fils de Satan, aux enfants de la grande Prostitué — ainsi désignait-on les catholiques romains — une liberté relative, quand leurs droits n'étaient pas parfaitement reconnus ?

Cet heureux changement, qui fit passer nos coreligionnaires américains, nous parlons de ceux de l'Est, de L'état d'ilotes à celui de citoyens libres, est dû, tout d'abord, à l'alliance offensive et défensive de la France catholique avec les États- Unis; puis à la présence, au milieu des troupes américaines, de Lafayette et d'un grand nombre d'officiers français, aussi solides dans leur foi qu'ils étaient braves sur le champ de bataille: à celle surtout d'un corps d'armée de six rnille hommes, tous également français, de la veligion de Rome : enfin, à la vuc de ces fières escadres qui tenaient en respect les flottes anglaises et portaient aux grands mâts de leurs navires les couleurs fleurdelisées de la France de saint Louis.

Comment les Américains d'alors, si endoctrinés qu'il pussent être par les discours de leurs prédicants, auraient-il pu voir dans leurs intrépides défenseurs € un impur ramas d'imposteurs et de dupes, de corrupteurs et de corrompus, d'hypocrites, de superstitieux, d'idolâtres, etc., ct, dans leu religion, la Nouvelle Babylone décrite dans l'Apocalypse » ?

« Siirrité et si impalient que püt ètre le fanatisme de la Nouvellc-Angleterre, il était obligé €e se contenir. Les régiments de l’armée que commandait Rochambeau avaient tous leurs aumôniers. Or, il était arrivé souvent que, dans leurs niarches à travers le territoire de l'Union, on leur avait dit la messe dans les maisons d’assemblées des autres dénominations chrétiennes. « La célébration du Saint-Sacritice avait lieu quelquefois avec une pompe inusitée. Les officiers et les soldats y assistaient en grand uniforme, ei la musique des régiments s'y faisait entendre à plusieurs reprises pendant l'ontice. Un nombreux concours de peuples accourait d'ordinaire à ces solennités. » Pendant tout le temps que la flotte du comte d'Estaing demeura dans le port de Boston, du 25 août 1787 au 3 novembre, la messe fut célébrée régulièrement à bord des vaisseaux. Les plus respectables citoyens eurent ainsi plusieurs fois l'occasion d’être présents au service divin. « Et toujours, dit le « Boston Catholic Observer », ils relournèrent dans leurs maisons tout à fait édifiés de la piété générale de l'assistance, et disposés à penser plus favorablement du culte catholique. » Les relations amicales qui s'établirent entre les officiers et les habitants eurent une influence h-ureuse pour la religion. Il s’ensuivit qu'après le départ c'e la flotte plusieurs catholiques fixèrent à Boston leur résidence. C'étaient quelques Français, que ques Espagnols, et deux où trois douzaines d’Irlandais. D'autres les suivirent à la tin de la guerre. »

€ En 1783, après le traité de paix, le ministre de France fil chanter un Te Deum dans la chapelle de Saint-Joseph, à Philadelphie ; et Washington prit place dans l'auditoire à côté de Lafayette. Après ces exemples d'une tolérance que commandait la politique, la persécution, au nom d'une opinion ou ‘d'une passion religieuse, ne pouvait plus être qu'impuissante et ridicule (1). »

Ainsi, faire tomber une bonne partie des préjugés du peuple américain contre les catholiques: inspirer à ce peuple un vif sentiment d’admiration pour la France, la Fille Ainée de l'Église, qui eut une si large part à ses triomphes

G) M.-G. Moreau : Les lrètres français émigrés aux Etats-Unis, pp. 91 €. suiv,

et, par là, lui enseigner le respect de la religion qu'elle professe : tels furent, dans le domaine strictement religieux, les résultats de l'alliance franco-américaine de 1778 aux biats-Unis.

Mais cette influence qui s'est produite incidemment, par la seule association de deux peuples à une fin commune, par contact, disons le mot, n'est pas la seule que la France chrétienne ait exercée sur la confédération américaine, Cette nalion, qui accomplira toujours, en dépit de ses égarements, les « Gestes de Dieu », vint en aide aux catholiques de la république naissante, quand elle-même était en proie aux horreurs de la révolution, en leur fouraissant des apôtres.

Afin d'apprécier davantage l'importance d'un tel secours, dans un temps où il était le plus urgent, nous allons brièvement passer en revue les prêtres francais émigrés aux États- Unis, lors de la grande tourmente, et faire connaître un tant soit peu les principaux actes de leur apostolat. Nous y verrons que là encore, dans ce pays véritablement destiné à naître et à grandir sous sa tutelle, la France a marché au premier rang et qu'elle à jeté les fondements de cette Église américaine dont certains ouvriers de la onzième heure sont si fiers.

Quand Mer Carroll monta sur le premier siège épiscopal américain, le 6 novembre 1589, il y avait probablement, dans son vasle diocèse qui comprenait alors les treize États de l'Union, quelqu:s prètres francais parmi les ecclésiastiques chargés de desservir les 24.500 âmes qui composaient, à ce qu'on croyait, la population catholique des États-Unis. Les annales ecclésiastiques de l'époque nous ont conservé les noms des abbés Vina, Lemercier, de Lamothe, \Whelan Nugent, La Valinière, de la Potherie et Rousselet, qui ont exercé le saint ministère queleues années avant l'érection du diocèse de Baltimore. L'abbé Lemercier fonda la première paroisse de Savannah, et l'abbé de la Potherie, la première congrégation C? l’archidiocèse de Boston, dont la cathédrale actuelle porte 1e nom.

Quoi qu'il en soit, le mouvement qui allait transporter un clergé francais (relativement nombreux) sur le sol américain

Ge chiffre ne comprenait pas, évidemment, les catholiques de langu française, au moins ceux de l'Ouest,

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