CES
prit inventif, débrouillards par nature, ils ne tardèrent pas à devenir de véritables artisans, chacun dans sa sphère, et à dotcr l'industrie américaine d'une foule d'inventions utiles.
Bref! leur arrivée aux États-Unis fut un immense bienfait dans l'ordre purement économique. Les fortunes que ces émigrants ont édifices par leur travail, depuis cinquante ans, sont incalculables. Aussi, l'Américain, qui sait mieux que qui ce soit apprécier les choses par leur côté pratique, n'a cessé, pendant plusieurs années, de favoriser le courant de l'émigration canadienne vers son pays, et d'en accélérer le mouvement par la réclane et le concours d'agents spéciaux. Les principaux centres américains qui ont le plus bénéficié des labeurs des nôtres sont, pour la plupart, situés dans les six États de la Nouvelle-Angleterre : le Vermont, le New- Hampshire, le Maine, le Massachusetts, le Rhode-Island et le Connecticut.
A vrai dire, il y a partout aux États-Unis des émigrés ou des fils d'émigrés canadiens. Comme nous l'avons vu, dans le cours de cet ouvrage, l'Ouest américain fut en grande partie colonisé par ces hardis pionniers qui n'ont guère cessé, dans la première période du dix-neuvième siècle, de fréquenter les anciennes possessions de la France. Le Michigan, l'Illinois, le Wisconsin et le Minnesota continuèrent depuis lors à recevoir de forts contingents du Canada, et l'on peut dire que les forêts séculaires de la région des Lacs sont tombées sous la cognée de nos robustes bûcherons. Toutetois, le gros de l'armée émigrante s'est surtout porté vers les États de l'Est que nous avons désignés et dans le nord-est de celui de New- York.
Ainsi, la Nouvelle-France de l'Amérique, actuellement protégée par deux drapeaux, occupe le nord-est du continent. La province française de Québec s’est dilatée : voilà tout !
Circonstance heureuse : car les Franco-Américains se trouvent alors dans le voisinage de leur pays d'origine, tout près du château-fort de leur nationalité. Aussi, il est facile de comprendre lout l'avantage qu'ils retirent d'un tel rapprochement, Québec, en effet, la bonne vieille province, le Canada pour nous, ne cesse, par ses journaux, les relations amicales qu'elle entretient avec ses ti!s expatriés, les liens de parenté qui la rattachent à la plupart d'entre eux, ses pré-
“is
tres surtout, de raviver dans le cœur des Canadiens émigrés l'amour des traditions nationales, de favoriser ce que nous appelons l'épanouissement de la race et de rester, pour tout dire en un mot, son foyer d'alimentation.
Un autre fait à noter, parce qu'il est d'une importance majeure dans les circonstances présentes, c'est le groupement des nôtres aux États-Unis et, tout particulièrement, dans la Nouvelle-Angleterre.
Sans ètre dirigé, en vertu d'une certaine cohésion naturclle, disons mieux, par une disposition de la Providence, l'élément français émigré s’est concentré en groupes compacts dans la plupart des villes in‘'ustrielles du Nord-Est amériain. Il n'est pas une seule des nombreuses cités de cette région, ou peu s'en faut, qui n'ait son quartier francais, son petil Canada, comme on le désigne communément: où la belle langue de Bossuet, articulée dans un accent quelque peu démodé de nos jours, mais français tout de même, ne caresse nos orcilles sur les places et dans les rues, comme en pays conquis. Signalons en passant Fall-River, New-Bedford. Taunton, Salem, Lowell, Holyoke, Worcester, Southbridge, Lynn, North Adams, Adams, Gardner et Spencer dans l'État du Massachusetts, Manchester, Berlin-Fall, Nashua. Rochester. Suncook dans le New-Hampshire, Woonsocket, Central- Fall, Pawtueket, Centreville et Providence, dans l'État du Rhode-Island, Lewiston, Biddeford, Waterville dans le Maine, Waterbury, Willimantie, Patnam dans le Connect eut, Burlington, Winoski, et Saint-Johnsbury dans le Vermont, et Cohoes dans l'État de New-York.
Les débuts des Canadiens aux États-Unis furent généralement pénibles. Ignorant la langue anglaise, peu au courant des coutumes et des usages du pays, sans autres métiers, pour la plupart, que la culture du sol. ils furent contraints d'accepter tous les genres Ge travaux, souvent à des salaires disproportionnés avec les exigences de la vie américaine. Il apprirent à connaître qu'un peu d'argent gagné chaque jour est bien peu de chose quand il faut payer jusqu’à l'air qui l'on respire, et qu'une famille, n'ayant pas au moins trois membres qui travaillent, ne saurait vivre convenablemen! aux États-Unis.
C'est pourquoi les quartiers les plus pauvres des villes o:
rés ous tout
maent s la
atuice, acts érielle son | la que
ne en rc, ge, at eS-
al-
ur duquel sont dissemineés
qui fut le centre d'opération de nos missio
AUX ÉTATS-UNIS 255 ils allèrent se fixer reçurent nos compatriotes exilés, et les plus sombres taudis fréquemment devinrent leurs demeures.
Si l'inégalité des fortunes constitue les différents degrés de l'échelle sociale, ce que nous ne croyons pas, il est certain que l'élément canadien fraichement importé occupa pendant quelque temps l'un des derniers échelons de la démocratie américaine, Il fat ce que sont maintenant ces groupes de Portugais, d'Italiens, de Polonais et d'autres peuples qui, tous les jours, arrivent à New-York ou à Bo:ton dans les entreponts des paquebots transatlantiques.
En cela, nul déshonneur, nulle honte à avoir! Les nillionnaires américains d'aujourd'hui, qui ont palais, wa, $ spéciaux, yachts princiers, dont les héritières ont facilement le choix entre un duc et un marquis, ont commencé de la sorte, eux où leurs ancètres, L'Amérique depuis l'époque de sa découverte et, tout particulièrement, les États-Unis n'ont reçu sur leurs bords que des miséreux qui n'eurent pas toujours, en y débarquant, les cinquante dollars maintenant requis par la loi américaine, Les titres de noblesse des quatre cents de l'aristocratie financière de New-York se confondent, en remor. ut deux ou trois générations tont au plus, avec les loques sordides de l'émigrant. Cela n'empèche pas. “ncore une fois, les héritières de cette-caste privilégiée d’être recherchées par les rejetons des plus illustres familles du vieux monde.
Bien plus à plaindre furent encore. dans le domaine religieux, les émigrés du Canada en arrivant aux États-Unis. Habitués dans leurs pays à l’organisation } troissiale qui en est la base ou, si l’on veut, la cellule constituante, les Canadiens se trouvèrent tout à fait désorientés dans leur nouvelle pPi‘tie, au milieu d'une agglomération de peuples en grande majosité incrédules ou protestants. L'Église catholique commençait à peine alors à s'élaborer dans cette partie de l'Union. La plupart des diocèses nouvellement créés comptaient peu de véritables congrégations, et le clergé, un nombre insuffisant de prètres. Les Cheverus, les Matignon avaient disparu pour faire place à un certain nombre de pasteurs venus d'Irlande. Ces prêtres avaient suivi leurs compatriotes qui émigraient par milliers, depuis quelques années, en Amérique. Mais la plupart ignoraient le francais et n'entendaient pas
grand'chose aux coutumes et aux traditions de leurs nouvelles ouailles, les French, comme on les appelait. Aussi furentils peu en état de s'occuper eflicacement de ces milliers de catholiques qui leur arrivaient chaque rnnée du Canada. Un certain nombre de ces prètres les ignorèrent, comme on oublie malheureusement trop souvent les Italiens, les Portugais et les Polonais de nos jours; d’autres, animés sans doute de bonnes intentions, crurent devoir user à leur égard des mesures de rigueur dont le bon peuple d'Irlande s'accommode si facilement. Se voyant méconnus, traités haut la main, méprisés par‘ois, du moins en apparence, nos compe:triotes pleins de foi, mais susceptibles et fiers comme des Spartiates, prirent le parti de rester en dehors de ce qu'ils appelaient les églises irlandaises.
Les choses en vinrent à un tel point, que le simple fait de traverser Les lignes (D) signifiait ne plus faire de religion. Les prêtres un peu âgés du Canada se rappellent encore la douloureuse surprise qu'ils éprouvaient quand, de retour au pays, # *s quelques années d'absence, leurs anciens paroissiens ‘ aient le triste aveu de plrsieurs années passées en te: agère sans fréquentation des sacrements.
La Pi, .dence veillait néanmoins sur les descendants émigrés des pionniers de la foi en Amérique. Les morts parlent, a dit un illustre écrivain français: il y à l'atavisme du bien comme ilen est un pour le mal: la voix des ancêtres disparus continue de se faire entendre aux générations nouvelles issues de leur sang. Aussi, la Nouvelle-France d'Amérique, désormais séparée en deux tronçons, ne pouvait voir le naufrage s’accomplir, dans le grand tout américain, pour les milliers de ses enfants qui s'y étaient aventurés,
Le salut, comme nous l'allons voir, vint du clergé du Canada qui émigra à son tour, dans un certain nombre de ses membres, pour aller reconstituer sur la terre étrangère la paroisse canadienne, cette forteresse inexpugnable de notre nationalité dans le passé, et partout et toujours le boulevard de notre foi.
Q@) Nom que l'on donne à la fronticre, au Canada.