‹ Histoire de la race française aux États-Unis [microforme]Chapitre 59 sur 73 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Progrès numérique de la race française dans le passé. — Une population stupéliante pour l'avenir. — Les chiffres de la population franco-américaine de 1891. — Ils doivent être exacts, — Ceux de 1908. — Un cercueil préparé trop tôt. — Progrès des établissements religieux. — Trois congrégations dont les immeubles sont évalués à 2.400.000 dollars. — Saint-Antoine de New-Bedford. — Les deux Attleboro. — Saint-Jacques de Taunton. — La cadette se refuse à porter les vieux habits de l'ainée, — Une fière détermination, — Une paroisse mieux dotée qu'un diocèse, — Saint-Georges et Saint- Augustin de Manchester, — Encore des chiffres, mais combien éloquents. — Progrès spirituels. — Charité bien ordonnée commence par soi-même. — Les Canadiens vont à l'église. — Leur langue dans la chaire de vérité. — Les prêtres pas en nombre suffisant dans nos paroisses. — Tout de même, de nombreux convives vont à la Table Sainte, — Les sociétés religieuses. — On aurait tort de les transformer, — Vertus chrétiennes des Canadiens des États-Unis. — Conclusion.

La propagation de la race française en Amérique tient du prodige. Malgré la conquête qui fit cesser naturellement le courant de l'émigration venant de la mère-patrie, le chiffre de la population canadienne et louisianaise, qui n'élait, en 1505, que de 80.000, est devenu 3.000.000,

Ei, remarquons-le, nous avons subi, surtout dans la vallée du Mississipi, des pertes considérables. Un grand nombre des nôtres ont été noyés dans l'élément anglais ou sont disparus dans la Babel américaine.

La proportion est done, entre la population française d'il y à un siècle el demi et celle d'aujourd'hui, de 1 à 35. Ceci revient à dire que le nombre des Francais d'origine, tant du Canada que des États-Unis, a doublé tous les 27 ou 8 ans.

Ces trois millions de Canadiens restés français, dont la moitié habite les États-Unis, comme nous le verrons plus tard, sont lous catholiques pratiquants. On ne saurait en dire autant de ceux qui ont renié leur nationalité.

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Si donc l'augmentation numérique de la race se continue dans les mèmes proportions, il y a peut-être lieu d'en douler; mais enfin, après tout, pourquoi pas? nos descendants seront, en l'an de grâce 2059, la bagatelle de 96.200.000 !

Ces calculs, qui peuvent sembler fantaisistes, surtout ceux faits à l'avance, nous aideront à comprendre les progrès réalisés par les nôtres sur le sol américain dans les vingt dernières années, de 1891 à 1911.

Il en est des races comme des individus : on juge mieux de leur conduite présente par leurs antécédents.

Le R. P. Hammond, après de laborieuses recherches, déclare, dans son ouvrage déjà cité, qu'il y avait aux États-Unis, en 1891, une population canadienne de 393.380 répartie comme suit : 306.{40 dans les six États de la Nouvelle-Angleterre, et 86 9f0 dans l'État de New-York.

Ces chiffres doivent C're à peu près exacts: car ils représentent les populations de paroisses où le recensement cst fait soigneusement une ou deux fois chaque année par le clergé. Le P. Hamond, qui a longtemps fait la mission aux États-Unis, n'a eu, comme on voit, qu'à inscrire dans son calepin les statistiques paroissiales franco-américaines recueillies aux presbytères mêmes et. à faire une simple addition : d'où les 393.380 Canadiens pour l'année 1891.

Dix-sept ans plus tard, c'est-à-dire en 1908, la population francaise, dans le même territoire, était de 792.768, un peu plus du double.

Ces derniers chiffres nous sont fournis par la Catholic Ency-clopedia (vol. VIE, p. 253), actuellement en voie de publication à New-York.

MM. Favreau, secrétaire de la « Société Historique » de Boston, Laflamme ct Lavigne, deux journalistes qui ont préparé ces dernières slalistiques, n'ont certainement pas dépassé la mesure. Je serais mème porté à croire qu'ils ne l'ont pas alteinte, du moins pour la population française de l'État de New-York.

Qu'on en juge. Les 69.236 Canadiens qu'ils attribuent à ce vasle lerriloire partagé en six diocèses, dont quatre assez peuplés par les nôtres, pourraient, ce nous semble, assez facilement trouver place dans celui-là seul d'Ogdensburg.

Nous avons devant nous le recensement de ce diocèse fait

par un prètre qui y réside depuis plusieurs années. Eh bien ! dans les quatre comtés qui constituent ce dor rine épiscopal, où l'on trouve un grand nombre de paroisses séparées, mixtes. et de simples missions, il ÿ avait l'an dernier (1910) 62.970 Canadieus, sans compter les bûcherons ou voyageurs, qui forment en outre une population flottante de 1.500 à 2.000 âmes. Il y a, de plus, de fortes congrégations canadiennes dans le diocèse d'Albany et beaucoup de nos com- Patriotes dans celui de Syracuse. La seule ville de New-York renferme à coup sûr plusieurs milliers d'habitants d'origine francaise.

Ainsi, on le voit, les statisticiens de la « Catholic Encyclopedia » se sont montrés un peu chiches vis-à-vis du roi des Etats de l'Union, en ne lui reconnaissant pas au moins 100.000 Canadiens,

Mais, soyons accommodant et admeltons, pour un moment, les chiffres de l'encyclopédie américaine : ne sont-ils pas satisfaisants ?

Comment ne pas admirer cette race étonnante qui, pressée de toutes parts par des éléments étrangers, sait défendre sa place au soleil et, fidèle à la loi de Dieu, donne l'exemple d'une fécondité extraordinaire dans un pays où le malthusianisme est partout en usage ?

Celle augmentation constante de la population canadienne aux États-Unis montre bien qu'ils se sont trompés grandement ceux qui, il ÿ a vingt-cinq ou trente ans, annoncçaient que le francais allait bientôt disparaitre du sol américain. Le cercueil préparé depuis un quart de siècle et plus pour notre nalionalité attend encore son prétendu moribond qui se porte comme un charme.

Après l'accroissement r'imérique, le progrès matériel dans les établissements religieux.

Une simple course dans la Nouvelle-Angleterre nous convainera amplement des efforts prodigicux faits par les nôtres, des sacrifices immenses qu'ils se sont imposés pour la splendeur du culte divin et 1 : uvre souverainement importante de l'éducation chrétienne. Partout, dans nos paroisses, c’est une

orescence d'éditices sacrés qui rappelle les siècles bénis qui ont vu surgir les grandes cathédrales du moyen âge. Qu'on en juge: nous cueillons au hasard, Dans le diocèse de

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Fall-River, une division de celui de Providence, où les Canadiens sont près de 60.000, c'est-à-dire le groupe national le plus nombreux, l'étranger peut admirer trois monuments qui ne le cèdent en rien aux plus magnitiques de l'Amérique du Nord : les églises Sainte-Anne, Notre-Dame de Lourdes, de Fall-River, et Saint-Antoine de New-Bedford, Les propriétés de ces trois paroisses ont une valeur d'à peu près 2.400.000 piastres. Si l'on déduit de cette somme la dette collective des trois congrégations, qui est aux environs de 400.000, il reste, en chilfres ronds, pour 2.000,000 de dollars de propriétés immobilières non grevées.

Ces chiffres sont d'une souveraine éloquence, quand on songe à la population ouvrière qui. nonobstant les grèves, les chômages, les exigences de la vie américaine, a su prélever sur sa maigre épargne les fonds qui constituent cette somme colossale.

Saint-Antoine de New-Bedford, dont le nom vient d'être signalé, mérite une mention spéciale, Sous la direction d'un prètre zélé, le R. I. Deslauriers, elle n'a cessé de prospérer et de grandir. Au début de son existence, cette congrégation comptait à peine 300 familles. Maintenant, malgré la formation de deux nouvelles paroisses détachées en tout ou en partie de son territoire, elle se compose de 2.000 familles et renferme dans ses limites une population franco-américaine de 10.000 âmes ! Son église, qui sera bientôt terminée, est d'une architecture remarquable: on y admire des décorations en stuc et en plâtre d'une grande richesse artistique. Ses revenus annuels se chiffrent dans les 50.000 dollars ou, si l'on veut, 250.000 francs !

Dans le mème diocèse, il y a deux petites congrégalions qui, pendant des années, poussèrent sans bruit sous la houlette de curés de langue anglaise, De temps en temps, une délégation se rendait en leue nom auprès de l'évèque de Providence, dont elles dépendaient alors, pour lui demander, comme une faveur insigne, la séparation el des pasteurs canadiens. M£r Harkins, malgré son bon vouloir, ne pouvait raisonnablement admettre que les requérants, si peu nombreux en apparence, fussent en état de subvenir aux dépenses qu'entraine l'établissement d'une paroisse et à l'entretien d'un prêtre. Survint alors la division du diocèse de Fall-

Na HISTOIRE DE LA RACE FRANÇAISE

River, dont Mer Slang, (le sainte mémoire, fut le premier litulaire. Cet homme de Dieu, qui joignait le savoir à la vertu, se laissa toucher par les liuni!les requètes de ces Canadiens.

et deux nouvelles congrég: s furent créées, l'une à Attleboro et l'autre à North. 1 :lebor ».

Deux jeunes prètr abileté reconnue, les abhés D. De Villandré et A: + arent chargés des nouvelles paroisses. —- Cinq où -.\ in se sont à peine écoulées depuis lors, et déjà, 14 «4 :1 Attleboro, comme on les appelle, sont deven: is ngrécoticrs modèles, des bijoux de paroisses, To 1 n'étais à ! as rose au début: une notable partie de !: op. francaise de ces deux villes avait désappris ie chemi: ! l'église : la jeunesse, ins-

truite aux écoles publiques, L:11utait à peine les sacrements: les mariages civiis où hérctiques y étaient en honneur: bref. le relächement des verins chrétiennes y avait marché de pair avec la dénationalisation. Maïs, grâce au zèle admirable qu'ils déployèrent, les deux jeunes pasteurs purent, Dieu aidant, réparer les ruines du passé, ramener ieurs ouailles à l'église et refaire chez les jeunes la mentaliti catholique.

Même succès à Taunton, dans la nouvelle paroisse de Saint-Jacques, dont la désagrégation d'avec une paroisse irlandaise, celle de l'Immaculée-Conception, remonte égale ment à Mer Stang. Cette congrégation, qui essaima comme les abeilles, sans recevoir de la ruche mère le moindre gâleau de miel, réussit à se pourvoir, sur une des rues principales, d'un soubassement en granit, d'un presbytère magnifique en brique solide et d'un terrain assez vaste pour les futures constructions, et cela, tout en supportant ses écoles paroissiales.

Dernièrement, le successeur de Mer Stang, l'évèque Fe: han, eut l'idée, pour accommoder ses compatriotes de lImmaculée-Conception, de contraindre la paroisse canadienn. de Taunten à acheter, moyennant dix ou quinze mil piastres, un vieil éditice servant d'école aux deux congréga tions, mais appartenant à celle de langue anglaise. Avec | montant réalisé par la vente, en y ajoutant quelques mill dollars, messieurs les Irlandais se faisaient construire un maison d'éducation spacieuse, inondée de lumière, bien aérée.

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conforme, en un mot, à toutes les règles de l'hygiène. L'idée, comme on voit, n'était pas mauvaise, Seulement, il fallait compter avec les Canadiens, qui ne purent s'empècher, malgré leur bon vouloir, de constater l'étrangeté de cette mesure.

Une souscription fut ouverte pour la construction d'une école sur leur terrain. Si l'évêque leur permet entin de <e mettre à l'œuvre, ilest certain que la somme requise, 20,000 dollars, ne se fera pas longtemps attendre,

Ainsi, la paroisse canadienne de Taunton, qui n'a que 500 familles et quelques années d'existence, aura, avant peu, des propriétés d'une valeur de # 150.000.

A Manchester, N. H., il y a un autre merveilleux témoignage de la générosité franco-américaine pour es œuvres paroissiales, Une église spacieuse, d'un style irréprochable, un hôpital, deux orphelinats, l'un pour les garçons et l'autre pour les filles, deux écoles fréquentées pas au-delà di 1 800 enfants, une résidenee pour les Frères. une autre pour les Sœurs, un hospice et enfin un somptueux presbytère à peine terminé : voilà, n'est-il pas ‘rai, un établissement complet qu'on netrouve pas toujours, pas souvent même, dans les diocèses les mieux organisés. Ces édifices, évalués à 525.000 dollars, sont, néanmoins, la propriété ou l'œuvre d'une <eule paroisse canadienne. qui n’a que 3r ans d'existence, Cette congrégation, dont le #om mérite d'être inscrit en lettres d'or dans l'histoire de la race francaise aux États-Uni:, est Sainte- Mare de Manchester.

Et n'allons pas croire que nos centres franco-américains soient sous le régime de la féodalité ; que des grandes familles seigneuriales, généreuses par tradition, 4 permettent des largesses semblables à celles qui, aux siècles de foi, ont fait surgir dans les solitudes où dans les villes les monastères, le: abbayes et les cathédrales du moven âge. Non, telle n'est pa: la condition des Canadiens des Etats ois. Le grand levier a cheville rière de nos œuvres paroissiales n'est pas méme la contribution de la classe aisée, là comme ailleurs pr dé ses pièces, mais l'esprit de foi de la masse du peuple, en detmitive : l'ohole du pauvre.

Puisque nous sommes à Manchester, allons à Saint-Augustin et à Saint-Georges. Nous v serrons deux églises très co

venables en briques rouges : dans Saint-Augustin, deux écoles : l'une pour les garçons et l'autre pour les filles, double rési. dence à l'usage des Religieuses et des Frères enseignants, et une superbe salle paroissiale : à Saint-Georges, une école magnifique et une maison pour les Sœurs qui, à elle seule, a coûté 55.000 dollars.

Nous n'en finirions pas si nous voulions mentionner toutes les congrégations franco-américaines qui ont accompli de tels prodiges de charité,

Qu'il nous suffise, pour faire toucher du doigt ce progrès matériel dans son ensemble, de dire que, en 189r, il y avait, dans toute la Nouvelle-Angleterre, 86 paroisses franco-améri- ‘aines, 53 écoles paroissiales fréquentées par 26.050 enfants de race française, { orphelinats, 1 hôpital et t hospice ; maintenant, tout compte fait, d'après l'« Ecclesiastical Directory » de Wiltzius, autant que nous avons pu en juger, il y a dans la même région 207 paroisses, 130 écoles fréquentées par 61.743 enfants, 8 hôpitaux, 12 crphelinats et » hospices (1).

Supposons que le coût de ces établissements paroissiaux soit, en moyenne, de 100.000 dollars : il résulte que nos compatriotes ont ajouté aux propriétés immobilières de l'Église américaine, dans les seuls diocèses de la Nouvelle- Angleterre, pour une valeur de 20.700.000 dollars! Or. comme la valeur moyenne de nos immeubles paroissiaux à certainement augmenté depuis vingt ans, nous pouvons dire. sans crainte d'exagération, que les Canadiens de l'Est américain ont, dans cette courte période, triplé leur avoir dans le domaine des biens ecclésiastiques.

Nous ferons remarquer au lecteur le nombre des petits Canadiens de nos écoles paroissiales : 61.443, quand les enfants de toutes les écoles catholiques de la Nouvelle-Angleterre ne sont que 154.436. C’est donc plus du tiers; et, cependant, ee chiffre, si élevé qu'il puisse être, représente à peine la moitié de la jeunesse studieuse des paroisses dont nous venons de parler, Ceci est admis par tous ceux qui sont au courant de l'éducation religieuse aux États-Unis. H s'ensuit que nous avons, dans la seule province ecclésiastique de Bos-

G) Nous pouvons aflirmer sans crainte que l'école paroissiale, c'est-à-dire

catholique, aux Etüts-Unis, esten très grande partie œuvre des Canadiens Ce sont eux qui en furent les promoteurs.

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LES MONTAGNES BLANCHES, VUES DES PRAIRIES DE CON AN DANS L'ÉFAT DU NEW HAMPSINRT

Les Franco Américains sont en majorité dans le diocese de Manchester qui comprend cet Etat.

L'évéque actuel de ce diocére, Mer Guertin, est de leur nationalité.

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ton, 122.886 enfants de G à 14 ans. Voilà qui promet pour l'avenir. Si l'œuvre néfaste de l'assimilation ne vient pas détruire la foi dans ces jeunes âmes, il y a lieu d'espérer pour notre race un développement plus merveilleux encore dans les vingt prochaines années.

Le tableau de l'épanouissement de notre race émigrante aux États-Unis serait inachevé si nous allions oublier de mettre en relief les progrès réalisés dans l'ordre spirituel, Ici, il n'y a paslieu de s'attendre à des conquêtes en dehors de notre nationalité, par voie de propagande, de controverse ou d'apostolat. Notre position nous force à nous tenir sur la défensive. Dans un pays d'un chauvinisme reconnu, qui s'imagine naïvement que la véritable civilisation a commencé avec lui, il est bien pardonnable à quelques pauvres émigrants, appréciés surtout pour leur travail, de n'avoir pas entrepris plus tôt la croisade évangélique.

Des mœurs pures, une forte dose d'honnèteté et de vertus sociales jointe à une piété éclairée : voilà tout ce que les Franco-Américains ont employé jusqu'ici pour convertir les non-catholiques de leur patrie adoptive. Faut-il les en blamer? Cette méthode, du reste, toute passive qu'elle puisse sembler, n'est pas sans eflicacité : car le calme et la sérénité d'une conscience éclairée par la foi, qui traverse sans défaillir les embüches de la vie ct ne vacille pas surtout aux approches de l'éternité, auront toujours plus d'effet, sur les âmes droites égarées dans l'erreur, que toutes les disputes de la controverse,

Bref, les Canadiens des États-Unis devaient, du moins leurs prêtres l'ont compris ainsi, commencer par ne pas se perdre eux-mêmes. Ce premier point gegné, et c'était beaucoup, il leur fallait reprendre, sur cette terre de confort et de matérialisme, les habitudes éminemment religieuses de nos paroisses du Canada. Ce faisant, ils allumaient partout des flambeaux au milieu des ténèbres de la nuit et des foyers de chaleur dans une région glacée. Or, voilà précisément ce qu'ils ont fait. Au sein d'un pays peuplé d'éléments disparates, où 60.000.000 d'individus n'appartiennent à aucun culte, la vie religieuse

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circule à pleins bords dans nos paroisses franco-américaines (1).

Conten, de retrouver sur la terre étrangère le clocher qui lui rappelle le sol natal ou le pay- des ancètres, le Canadien aime à <c rendre à l'église le dimanche et les jours de fêtes. I] savoure, dans son enceinte, les joies d'un enfant bien né sous le toit paternel. Ses compatriotes qui l'entourent et se prosternent avec lui devant l'autel du Dieu vivant le soutiennent et l'entrainent, par leurs pieux exemples, dans la voie qui mène au ciel.

Puis, le prètre qui offre le divin sacrifice est un frère pour l'émigré, mais un frère qui, par sa sainte vocation, personnilie les traditions séculaires qui ont fait du Canada francais le château-fort du catholicisme en Amérique. La parole sainte qu'il prèche à l'Evangile, dans un idiome connu, caresse l'oreille du Canadien comme ces ballades qui ont endormi sou enfance et semble évoquer en son âme et à ses yeux les souvenirs ineffables du premier âge et l’image chérie d'une mèr: chrétienne. L'homme est ainsi fait qu'il faut souvent pass r par son cœur pour arriver à sa tête.

Rien d'étonnant si les églises franco-américaines, généralement vastes, sont remplies d'une foule pieuse à toutes les messes du dimanche. Il faut voir avec quelle pieuse avidité les missions annuc.les sont suivies.

Quant aux sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, si importants dans la vie chrétienne, leur fréquentation dépend entièrement du nombre de prètres préposés à la desserte des paroisses. La moisson est abondante, mais encore faut-il des ouvriers pour la recueillir,

C'est, à notre humble avis, une grave erreur de suppose: que le ministère paroissial puisse ètre fait convenablement par les prêtres strictement requis pour les oftices du dimanche.

Les fidèles, il est vrai, ne se plaignent pas d'ordinaire de

QG) « La pompe dans les solennités religieuse est, aux Etats Unis, d'or: gine canadienne, Jusqu'à leur arrivée dans la Nouvelle-Angleterre, les pr tres de langue anglaise expéuiaient les oftices du dimanche. I n'y ava que des messes basses, peu ou point de sermons, et les vépres étaient total: ment inconnus, » Voilà ce que nous disait, il n’y a pas longtemps, l'un deplus éminents et des plus anciens prètres canadiens de la Nouvetic.- Ang! terre.

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la pénurie de ministres saciés : mais ils se lassent bientôt de faire queue au confessionnal, les hommes surtout, et finissent par n’y plus aller qu'à de rares intervalles.

Dans un diocèse que nous connaissons bien, une paroisse de 10.000 âmes est restée durant cinq mois à la charge de deux prètres seulement. quand six y suffiraient à peine à la besogne.

Un évèque de la Nouvelle-Angleterre, à qui l'on proposait de nommer un vicaire en plus dans une grande paroisse de son diocèse — il s'agissait de conserver à l'élément canadien de cette région un prètre de mérite que Sa Grandeur voulait congédier — fit cette réponse qui en dit long : « Mer N.. parlant du curé de cette paroisse, veut-il done un chapitre ? » Or, un prètre surnuméraire dans cette congrégation de 9.000 âmes n'aurait certainement pas été un objet de luxe. Il nous est arrivé plus d’une fois, étant vicaire dans cette mème paroisse, de sortir du tribunal sacré à minuit ou une heure du matin.

Nonobstant le manque de prêtres, — plus ou moins voulu en certains quartiers — grâce au zèle de ceux qui en ont la charge, nos congrégations offrent le spectacle édifiant de grandes families religieuses qui. chaque dimanche et souvent la semaine, viennent s'asseoir au banquet eucharistique. Elles sont nombreuses les églises franco-américaines où l’on distribue, dans ie cours d'une année. 55, 80, 100,000 communions, et ces chiffres pourraient être facilement doublés, si les ouvriers évangélique v étaient plus nombreux.

Dans la plupart de nos paroisses, des sociétés où confréries religieuses pour les dames. les jeunes filles et parfois pour les hommes et les jeunes gens jouent un rôle impertant. Elles sont les plus fermes appuis du pa:teur et ne manquent pas de coopérer à tous ses louables efforts. Une fois par mois, chacune d'elles est appelée, à son tour, à s'approcher des Sacrements. Dans une réunion qui a lieu le jour de la communion, le directeur donne à chaque société des instructions et des avis appropriés.

On a songé, pour de louables motifs, nous en sommes convaincu, à remplacer ces associations par une seule et même société de dénomination anglaise, C'est. nous sembletil, une grave erreur. Si le catholique de langue anglaise est

resté disciple du Christ, en dépit des persécutions, c'est parce qu'il est demeuré fidèle aux traditions de l'Ile des Saints. Mais ce qui est excellent pour lui ne convient pas toujours aux autres nationalités. Que la foi soit sauve, à la bonne heure ; que la discipline ecclésiastique soit observée, encore mieux ; toutefois, ce premier résultat obtenu, ne vaut-il pas mieux laisser chaque peuple évoluer dans sa sphère, employer les moyens d'action qui lui ont réussi dans le passé et qui sont plus en harmonie avec son génie national ?

La vic religieuse de nos compatriotes américains se manifeste encore au foyer domestique. Les images saintes, les stalues, les rameaux, l'eau et les cierges bénits y sont partout en honneur. C’est une prise de possession de la demeure familiale par la religion du divin Crucifié. La prière jaillit spontanément des lèvres et du cœur de ceux qui les habitent, comme le parfum de la corolle des fleurs. L'enfance y est bercée sur les genoux de mères chrétiennes, les plus admirables qui existent à la surface du globe, qui apprennent, avant lout le reste, à leurs tendres rejetons à bégayer les doux noms (le Jésus et de Marie.

Très bien ! mais cette vie surnaturelle, qui se manifeste à l'église et à la maison, at-elle produit chez les Canadiens des États-Unis ces qualités du chrétien désignées, dans le langage ascétique, sous le nom de vertus ? Qu'on juge. La résignation à la volonté de Dieu, l'esprit de foi, la patience dans les épreuves, le pardon des injures, la charité envers les malheureux el une grande pureté de mœurs sont le partage d'un grand nombre. Nous voyons des jeunes gens et la plupart des jeunes filles traverser sans la moindre souillure la période critique d'un âge exposé à toutes les séductions.

Que dire de ces centaines d'ouvrières de 14 à 20 ans qu'une dure nécessité oblige de travailler dans les filatures, au milieu de compagnes et de compagnons corrompus ! Munies du pain des forts, elles savent conserver, malgré cette atmosphère corrompue, dans leurs allures, leurs regards et surtout dans leurs âmes, la sainte modestie, ce nimbe radieux de la vierge chrétienne, |

C'est parfait, dira-t-on, les Canadiens des États-Unis sont généralement de bons chrétiens, et ce serait grand dommage

de les exposer à déchoir en dérangeant leur organisation

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religieuse actuelle ; mais ils ne sont pas seulement des individus, des familles, des paroisses, ils sont un peuple. Or, un peuple chrétien se doit aux «æuvres sociales. Que sont-ils donc socialement parlant ?

Les Franco-Américains, je réponds par un aveu, sont encore aux débuts de ce que nous pourrions appeler leur coopéralion sociale catholique. Leurs forces n'ont pas encore été suffisamment groupées ou disciplinées. Comme cette matière doit revenir sous notre plume, nous n'en dirons pas davanlage pour le moment.

En attendant, nous nous plaisons à constater que l'élément français des États-Unis offre tous les signes d’une vitalité surprenante. Le diagnostic le plus méticuleux ne saurait découvrir chez lui le moindre symptôme alarmant. L'organisme est sain, et, à moins d'un assassinat, nous pouvons lui prédire une longévité désespérante... pour les entrepreneurs de pompes funèbres.

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