‹ Histoire de la race française aux États-Unis [microforme]Chapitre 65 sur 73 · CS · texte numérisé non relu

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a bénéficié de l'espèce d'amalgame social qui la rattache au peuple américain en s'élevant avec lui, dans l'ordre économique s'entend,

Bref, l'Irlandais américair, grâce à l'habit de Jonathan qu'il sait parfaitement revêtir, peut arriver à tout, et je ne serais nullement surpris de le voir installé, quelques-uns de ces jours, à la Maison-Blanche.

Mais, au point de vue religieux”... Hélas! les enfants de la verte Erin n'ont guère résisté aux séductions du Nouveau- Monde : les trois quarts ont aposlasié ou sont sans religion.

C'est le triste aveu qui a échappé à Mer Me Faul, évèque de Trenton, dans une allocution à la 49° assemblée annuelle du cätholique « Centralverein » allemand à Saint-Louis, le 10 septembre 1904: « Les catholiques aux États-Unis devraient être actuellement au moins {o millions, tandis qu'en réalité, ils ne sont que 12 à 15 millions (1). »

Ces 25 ou 28 millions d’apostasies n'ont pas, que nous sachions, éclairci nos rangs, ni ceux des Allemands, ni ceux des Polonais : d'où viennent-elles done, si ce n’est, en grande partie, de l'immigration irlandaise ”?

M. Henri de Nevers, après avoir compulsé les statistiques de l'immigration américaine relativement à la nationalité irlandaise, s'être inspiré des opinions d'un grand nombre d'écrivains qui ont traité cette question, n'hésite pas à dire queen 1900, il y avait aux Etats-Unis 26.000.000 d'Irlandais où de descendants d'Irlandais (2).

Combien sont-ils maintenant dans le giron de ! Eglise ? 1 recensement de 1906 accuse une population catholique de langue anglaise aux États-Unis de 6.159.822 dont nous pou vons sans ‘cruvule retrancher {2,3 pour 100, à cause di l'écart qui existe entre la population réelle de la nationalité canadienne et les statistiques officielles, écart qui doit ètre vlus considérable encore pour les autres races.

Délalcation faite de cetie proportion usurpée par les catholiques anglais-américains, et nous sommes généreux, il reste sur le sol de la république, 4.693.198 catholiques qui peuvent être Irlandais. Le quart n'y est pas.

QG) « The Review » de Saint-Louis, sept. 29, 1904, p. 355. (2) Ame américaine, vol. Ep. 340

«y a 63 ans, Mer England évaluait les pertes de l'Église des États-Unis à 3.550.000 ».

L'archevèque Spalding, cité par Murray (1), estimait que, pendant l'époque écoulée entre 1780 et 1896, l'Église des États-Unis avait perdu beaucoup plus qu'elle n'avait gagné.

M. Ford, que Murray déclare, en le citant, étre très versé dans les statistiques, affirme que, en 1870, il aurait dû y avoir 24 millions de catholiques aux États-Unis sur une population de 38.000.000. Plus du double ! mais, encore une fois, où sont donc allés ces millions de chrétiens ou ces fils de chrétiens qui devraient, à l'heure présente, constituer plus de la moitié de la population totale de la fédération américaine ?

A l'appel, s’il avait lieu, du chef de 1 Église, les émisronts polonais, canadiens, allemands, italiens. lithuaniens, portugais, elc., fixés aux États-Unis, répondraient presque tous : Nous voici. Mais alors? Ce sont les Irlsndais qui, en dépit d'un groupe important échappé au désastre, ont déserté l'Église américaine et sont passés à l'ennemi.

Vicaire du Christ! contemple ton troupeau dévasté de l'autre côté des mers : 26.000.000 des fils de l'Erin dispersés sur nos plages ne répondent plus à ta voix!

Que s'est-il donc passé aux États-Unis? Avons-nous eu un schisme? Un nouveau Luther y a-t-il soufilé dans les âmes la révolte contre Rome ? Nullement. Les catholiques n'ont cessé d'y jouir de la tranquillité la plus complète. L'américanisme. seul, promptement réprimé par Léon XIIL, a troublé pour un temps quelques esprits fatigués de marcher dans les sentiers battus de la vieille foi: mais il n'a guère eu d'effet sur la masse du peuple,

Ce qui est arrivé, le voici : L'Irlandais- Américain est mort à la vie de la grâce, empoisonné par l'air vicié qu'on respire aux États-Unis. Lui, le peuple héroïque, qui a bravé la mort dans son propre pays pour rester fidèle à sa religion, s'est trouvé faible quand il est devenu partie intégrante d’une nation matérialiste, hérétique, libre penseuse ou athée, sans la moindre barrière pour protéger sa foi.

QG) « À popular history of the Catholie Church in the Unitel States p. 553

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L'organisation paroissiale, Les efforts de son clerge som venus, il est vrai, enrayer le mal: mais :ela n'empé ::e pas que, mème de nos jours, la funeste influence du 14 continue d'exercer ses ravages au milieu des familles land: . qui, plus que toutes autres, sont admises dans l'intimité se la race dominante,

En pourrait-il être autrement? L'Irlandais, que son langage et l'e li de ses traditions nationales mettent en rapports cons ‘nis avec un peuple infidèle ou hérétique, absorbe le pois ::, subit la ecntagion inc :blement maligne qui se dégage et s'exhale de ces mill' + ‘mes malades de matérialisme et d'athéisme, Puis, la: de s'enrichir, contractée dans une atmosphère d'avarice et de convoitise, lui fait oublier les biens de l'autre vie et le pousse souvent à s'enroler dans l'une ou l’autre de ces sociétés maçonniques qui pullulent aux États-Unis. Ajoutons les écoles publiques sans Dieu, que ses idées américaines le portent à admirer, où, de préférence, il envoie ses enfants, et le mariage mixte, auquel il est exposé plus que tout autre, qui est, comme l'expérience l'a prouvé, le vestibule de la famille sans religion.

L'assimilation, qui eut pour les Irlandais de si désastreuse: conséquences, n'a guère mieax valu pour les Canadiens. On put dire mème que, proportion gardée, elle eut vour eux d ‘us tristes résultats. Car sur les deux ou trois cent mille “anco-Américains devenus Américains tout coaris, c'est à peine si un sur dix ont échappé au naufrage spiiuei.

Nu disons un sur dix, à Lout hasard, pour faire comprendre que la proportion des Canadiens anglicisés restés catholiques pratiquants est bien infime.

Il peut y avoir des exceptions, et nous connaissons certains curés irlandais qui ont réussi à opérer la transformation ethnique des nôtres sans pertes trop considérables, encore y en a-t-il eu: mais, règle générale, l'anglicisation des Canadiens ne s’accomplit qu’à prix d'âmes, sans compter les dangers que réserve l'avenir, pour eux et leurs descendants, à ceux qui sont restés religieux après avoir perdu leur nationalité.

1° y a quelques années, l'Union Saint-Jean-Bap' te d'Amé-

rique fil faire, dans l'État de New-York, un travail de recrutement au milieu des populations canadiennes qui y sont établies. L'espèce de recensement fait par ses agents, en cette occasion, permit de constater l’anglicisation de 16.000 des nôtres dans cette région. Sur ce nombre, un sur dix à peine restait fidèle à l'Église. Le mème triste état de choses fut découvert dans le Connecticut et le Vermont.

I y a actuellement plus de 500 prêtres canadiens occupés au ministère paroissial dans les diocèses américains. Tous ont l'expérience, le savoir, l’abnégation et les vertus de leur saint état. Ils ont de plus une connaissance approfondie des besoins spirituels de leurs ouailles et savent, mieux que qui que ce soit, les causes les plus fréquentes des défections qui se produisent au milieu des leurs.

Or, il n'est pas un seul de ces prètres quine sache parfaitement à quoi s'en tenir sur les tristes effets de l'assimilation. « La langue est la sauvegarde de la foi », ou « qui perd sa langue perd sa foi », sont devenus. dans ce vénérable corps clérical, des aviomes confirmés, du reste, par une expérience de chaque jour (1). Nous avons été nous-même, durant quinze années, mêlé aux Canadiens des États-Unis, soit dans l'Est, soit dans l'Ouest. Eh bien, nous n'hésitons pas à le proclamer bien haut, si le programme assimilateur est appliqué violemment ou graduellement dans nos paroisses, on réussira probablement à l'imposer, mais en sacrifiant des milliers d'âmes. La race francaise, privée de ses supports naturels, disparaitra peu à peu comme nation, engloutie lentement et sûrement par la vague assimilatrice : Loutefois, quand l'œuvre de l'engloutissement sera terminée, il est à peu près certain qu'on ne verra qu'un pelit nombre de catholiques d'origine francaise surnager au naufrage de leur nationalité.

QG) Mgr Latulippe, vicaire apostolique de Temiscamingue, dans une tettre à ses diocésains, écrivait au mois d'octobre dernier : « Sans doute, nous voulons que nos enfants apprennent l'anglais: cette langue leur est néccssaire pour qu'ils puissent reussir plus parfaitement dans les affaires, mais nous voulons aussi, afin qu'ils n'échoucnt pas dans la seule affaire véritabl ment importante, que nos enfants canadiens français conservent leur mentalité et qu'ils n'oublient pas la langue dans laquelle ils ont appris à prier, car l'expérience la démontré partout, la langue est l'une des plus fidèles gardiennes de la foi. »

Mgr Langevin, archevôque de Saint-Boniface, disait aux Canadiens di Central-Falls, Etats-Unis : @ ne fait aucun doute, et l'expérience est là pour le prouver, que de {a conservalion de votre langue dépend en grande partie da conservation de votre foi, »

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L'épiscopat américain aura enfin cette unité de langue tant désirée, tant vantée, qui doit empècher les catholiques américains de répéter la parole du Maitre : « Mon royaume n'est pas de ce monde »: mais cette nnité d'idiome, devenu le cinquième attribut de l'Égiise américaine, se manifestera dans nos temples déserts.

I est assez étrange, tout de mème, que, depuis des années, nos compatriotes des États-Unis et même de certaines parties du Canada aient à lutter dans le domaine religieux pour la conservation de leur langue et de leur existence nationale.

Car, enfin, au nom de quelle autorité, de quel droit vent-on nous forcer à prier Dieu dans une langue qui n'est pas celle de nos pères ?

Le paganisme romain mettait des croix sur le passage des chrétiens pour les contraindre à renier leur foi où à manifester leur croyance, n'v a-til pas un odieux intervertissement des rôles à placer nos traditions nationales sur le seuil de nos égiises ?

La fameuse devise de Mahomet se trouve distancée en perdant sa disjonctive et des tent : « Crois et meurs », pour les malheureuses populations catholiques soumises au régime de l'assimilation.

La liberté tant vantée de nos jours doit être au moins respectée dans l'exercice du droit naturel. Or, ce droit, que nulle puissance au monde ne saurait abroger, permet aux individus comme aux peuples de rester ce que la Providence les a faits, de s'exprimer surtout dans la langue de leurs ancêtres. I donne aux pères de famille la faculté de faire instruire, en des écoles construites el soutenues par leurs deniers, leurs enfants dans lidiome qu'il leur plait d'adopion:

— Mais lintérèt de l'Église américaine, le bien général.

— Nous avons répondu à cette objection. Le bien général d'une Église consiste, non à satisfaire un groupe, pas même à faciliter la besogne du clergé ou à simplitier l'administration des diocèses: mais à sauver le plus grand nombre d'âmes commises à ses soins.

— Ifaudra toujours en arriver là, Tôt ou tard les idiomes étrangers disparaitront, Alors, pourquoi ne pas s'exéeuter de

bonne grâce et devenir dès à présent catholique américain ou de langue anglaise ”?

— Nous avons prouvé par les statistiques que les Franco- Américains laissés à eux-mêmes ne sont nullement menacés de disparaitre, que, loin de là, leur nombre va grandissant de jour en jour. En tous cas, quand mème il serait avéré que l'assimilation les attend comme une proie sûre et certaine, nous dirions aux assimilateurs : « Halte-là ! Si je dois mouri: un jour, ce n'est pas une raison pour qu'on m'assassine, »

Il est grandement à souhailer que les questie”:s irritantes soulevées par le programme de l'assimilation soient étudiées et résolues au plus tôt.

Nous appartenons heureusement à une Église où la justice et le droit finissent toujours par triompher. Sous la sage et maternelle direction de cette épouse du Christ, les Canadiens des États-Unis ont l'inébranlable confiance de voir leurs droits à l'existence reconnus.

Ob !'ils ne sont pas exigeants : ce qu'ils demandent, ce sont des paroisses, des écoles, un clergé national, des évèques de leur nationalité dans les diocèses dont iis constituent la majorité, le respect de leur langue et de leurs traditions dans les églises qu'ils ont bâties et qu'ils supportent: en un mot. l'avantage d'être traités sur un pied d'égalité avec tous les catholiques des États-Unis.

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