CHAPITRE VIN
Un parallèle entre deux peuples. — L'héroïque frlande, — Elle à suivi les pas da lion britannique à travers le monde. le flambeau de la foi à la main. — Caractère irlandais légèrement déformé par le succès, — Pat est un trésor quand il n'est pas gonflé. — Le Canadien, un produit du grand siecle de Louis NIV. — Son passé glorieux l'a rendu fier, el fier il est resté, — Malgré tout, il conserve de vastes aspirations, — Lui parler d'anglicisation Fhorripile. — Scène de Notre-Dame de Montréal. — Mgr Bourne, archevêque de Westminster fait une déclaration sur la bralante question des langues. — Réponse magistrale de M. Henri Bourassa. — Un Mirabeau chrétien. — Le clergé irlando-américain, — Quelques ombres au tableau. — Le modernisme existe-t-il aux États-Unis? — Les bals paroissiaux. — La natalité dans les paroisses de langve anglaise. — Une école irlandaise à New-York. — Un arbre immense. mais vermoulu ; un arbuste plein de sève. — Conclusion.
I ne sera peut-être pas hors de propos. alin de mieux faire comprendre la situation religieuse des Canadiens aux États- Unis, d'établir un rapprochemententre leur mentalité et celle qui semble exister chez nos coreligionnaires de langue anglaise, de mettre enfin en parallèle les imperfections de ces derniers el nos défauts, leurs paroisses mèmes et les nôtres.
Dans cette courte analyse, nous allons procéder avec toute l'impartialité requise, mais en peignant sur le vif. Qu'on nous pardonne certains détails : ils sont nécessaires.
L'Irlandais qui est, inutise de le dire, ce catholique de langue anglaise dont nous voulons parler, descend d'une race persécutée pour sa foi. Soumis, pendant des siècles, à un odieux système d’anglicisation, il n'a pu résister à la violence et s'est tristement dépouillé de sa langue maternelle, le gaélique. Toutefois, comme il était dans son propre pays. la nationalité chez lui a survécu à l'idiome.
La Providence, qui avait ses vues. en laissant peser le joug de 1 Angleterre sur sa malheureuse patrie, s'est servie
Do4 HISTOIRE DE LA RACE FRANÇAISE
de cette noble victime pour promener le flambeau de la foi à travers le monde,
La nation irlandaise, en effet, honnie, écrasée, ruinée, mais retenue quand même dans les liens de l'empire britannique, à suivi son maître cruel partout dans ses immenses possessions « où le soleil ne se couche jamais ». Grâce à elle, le catholicisme s’est implanté en Australie, dans la Nouvelle- Zélande, en Afrique, quelque peu aux fndes orientales et dans l'Amérique du Nord.
Chose extraordinaire, ce peuple vaincu et opprimé est devenu, grâce aux conquêtes du lion britannique, l'un des plus fermes appuis de l'Église. Il aura bientô! cinq représentants dans le sacré collège des cardinaux, et ses évèques ne se comptent plus.
Comment ne pas admirer l'indéfectible vitalité de l'Église. qui se sert même de ses ennemis pou: étendre ses conquêtes et, comme son divin Maitre, sut ürer le bien du mal!
Seulement, pourquoi faut-il ajouter que L Irlandais contracte parfois les défauts de ceux, en général. ui sont favorisés trop subitement des biens de la fortune”? Ainsi, s'ila l'énergie, la souplesse et l'audace du « self-made man », ilen a également Finstinct dominateur, l'ambition et l’autocratie. De faible devenu fort, presque sans aucune transition. il n'a pas loujours ce caractère magnanime et généreux qui est l'apanage ordinaire d'une puissance reposant sur des épaules habituées à la porter, Parvenu à un certain degré d'indépendance, la reconnaissance lui pèse comme un remords. Les Canadiens du Canada Pont appris à leurs dépens. Après avoir charitablement accueilli, secouru, soigné, adopté dans leurs familles les émigrants irlandais qui débarquèrent un jour sui ies rives du Saint-Laurent, mourants de faim et décimés par le typhus, ils n'ont rencontré le plus souvent chez ces derniers que l'indifférence et l'antipathie.
L'Irlandais resté lui-méime, duns Les couches inférieures de la société, est le plus agréable des hommes. Son esprit proverbial et son cœur généreux font les délices de ceux qui ont la bonne fortune de vivre dans son voisinage. Mais, au fur et à mesure qu'il monte dans l'échelle sociale, son tempérament change: il perd de ses charmes, devient prétentieux,
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autoritaire et souvent despote. Parvenu au sontmet, ce n'est plus un homme, mais une autorité vivante! Fa re tout plier devant lui, briser les obstacles : tel est ou semble être son unique programme. Ün foudre dans une main et dans l'autre... un bâton (de policeman), il personnifie admirablement ee vieux Jupiter créé par la poésie antique pour épouvanter les humains!
Cette peinture un peu humoristique, mais tidèle, au moins
omme une caricature, des imperfections d'un peuple dont is qualités sont incontestablement! très brillantes, doit être mise en regard d'une autre où nous avons tiché de « brosser » le caractère canadien.
Connaissant mieux les deux añtagonistes, nous saurons du moins comment nous Y prendre pour opérer un rapprochementi, si tant il y à qu'il soit possible.
Le Canadien, lui, descend d'une race puissante, Ses pères émigrèrent au Canada quand la France était à l'apogée de sa gloire. C'est pourquoi il a conservé, dans ses idées ce’! ses aspirations, quelque chose du règne de Louis XIV. Aussi, voyons-nous les premiers colons de la Nouvelle-France, à peine débarqués, courir à la conquête de l'Amérique du Nord. C'est tout au plus si les Anglais avaient eu le temps de dresser leurs tentes le long de l'Atlantique que, déjà, nos pères jetaient les bases d’un empire plus grand que celui des Romains.
Puis, est venue cette sanglante épopée, cette lutte d'un siècle, cù les Français de l'Amérique succombèrent beaucoup moins sous les balies de l'ennemi que sous le poids des lauriers !
Victorieux toujours, vicivrieux jusqu'à la dernière bataille, n'élaient-ils pas justifiables de corserver, mème sous le joug, l'orgueil national! qu n'est, après tout, que le fond du caractère francais ?
Vraiment, si nous sommes un tiers, c'est la faute des événements!
Cette fierté atavique, déplacée, comme il vous plaira, a survéeu à toutes les persécutions, à tous les empiètements dirigés contre lui, chez ce peuple canadien qui continue quand même à s'inspirer du passé.
Allez lui faire comprendre que les horizons qui ont envi-
ronné son berceau se sont rétrécis: que c'en est fait de ces limites primitives qui lui donnaient l'Amérique seplentricnale presque entière pour prendre ses ébats: que la vague anglo-saxonve Ponvahit, lassiège de toutes parts: qu'il en est réduit à n'évoir qu'un coin du PDominion où sa population jouit d'une indépendance relative : il vous repondra, son histoire à la main, que. s'il a reculé dans ses conquêtes froncaises, Son œuvre subsiste au profit de la civilisation: que ses prêtres, ses missionnaires et ses religieux ont été et sont encore les porte-flamboaux de la foi en Amérique et, qu'entin, aussi bien aux États-Unis qu'au Canada, restant ce qu'ils sont, ses fils peuvent escomplter l'avenir et implanter, oui! telle est son audace, implanter dans le Nouveau- Monde une France dont la vieille, celle de l'Europe, n'aura pas à rougir!
Allez donc raisonner avee un peuple comme ca!
Surtout, il ne faut pas lui parler d'abandonner ses traditions ou ce qu'it appelle son autonomie nationale, Chaque tentative faite dans ce but l'émeut, le secoue et fait tressaillir jusque dans ses moelles l'âme francaise.
C'est une véritable toquade, quoi!
L'an dernier, dans l'église Notre-Dame de Montréal, quand l'éminent archevèque de Westminster, M£#r Bourne, fit ceite déclaration, parlant du Canada : « L'avenir de l'Église en ce pays et la répercussion qui en résultera dans les vieux pays de l'Europe, dépendront, à un degré considérable, de l'étendue qu'auront définitivement la puissance, l'influence et le prestige de lalangue et de la littérature ans raise en faveur de l'Église catholique »,il a sufli d'une improvisation de Bourassa, heureusement lournée, dite avec conviction, pour exciter dans un immense auditoire un enthousiasme indeseriptible et faire circuler dans le pays tout entier une coulée de patriotisme qui ne s'est pas encore refroidie.
Voici quelques-unes des paroles de l'éloquent orateur :
« Soyez sans crainte, vénérable archevèque de Westminster : sur celle terre canadienne, et particulièrement sur cette terre française de Québec, nos pasteurs, comme ils l'ont toujours fait, prodigueront aux fils exilés de votre noble patrie comme à ceux de l'héroïque Irlande, tous les sec rs de la religion dans la langue de leurs pères, soyez-en certain.
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«Mais en même temps, permellez-moi — permetltez-moi, Eminence (1) — de revendiquer le mème droit pour mes compatriotes, pour “eux qui parlent ma langue, non seulement dans cette province, mais partout où il y à des groupes français qui vivent à l'ombre du drapeau britannique, du glorieux étendard étoilé, et sdriout sous l'aile maternelle de l'glise du Christ, qui est mort pour tous les homines et qui n'a injosé à personne l'obligation de renier sa race pour lui rester tidele.
« Je ne Veux pas, par un nationalisme étroit, dire ce qui serait le contraire de ma pensée — et ne dites pas, mes compatriotes — que l'Église catholique doit être francaise au Canada. Non: mais dites avee moi que, chez trois millions de catholiques, descendants des premiers apôtres de la chrétienté en Amérique, la meilleure sauv: garde de la foi, t'est la conservalion de Fidiome dans lequel, pendant trois cents ans, ils ent adoré le Christ.
« Oui, quand le Christ était attaqué par les Froquois, quand le Christ était combattu par tout le monde, nous avons confessé dans notre langue,
« Le sor’ de trois millions de catholiques, j'en suis certain, ne peul être indifférent au cœur de Pie X, pas plus qu'à celui de léminent cardinal qui le représente ici, »
Puis, “nrès avoir rappelé la protection légale accordée à l'Église dans la province de Québec, protection &« qu'elle ne trouve dans aucune province du Canada ni dans aucune autre portion de empire britannique », mentionné « la petite paroisse de Québec, échelonnée depuis le golfe de Gaspé au lac Témiscamingue.…., l'assise sociale la plus forte de Église catholique en Amérique », montré enfin dans une vue d'ensemble l'apostolat exercé dans l'Amérique du Nord tout eutière par les prètres de la province de Québec, par ses séminaires et ses communautés religieuses, l'orateur s'écrie
« Que l'on se garde bien, oui, que l’on se garde avec soin d'éteindre ce foyer intense de lumière qui éclaire tout un conlinent depuis trois siècles: que lon se garde de tarir cette source de charité qui va partout consoler Les pauvres, soigner
QG) Le cardinal S. Vannutelli, légal du Pape au Congrès eucharistique de Montréal, était présent.
les malades, .. alager les infirmes, recucillir les malheureux et faire aimer l'Eglir: de Dieu, le Pape et les évèques de toutes les langues e. de toutes les races. »
« Mais, dira-t-on, vous n'êtes qu'une poignée ; c'est vrai ; mais ce n'est pas à l'école du Christ que j'ai appris à compter le droit et les forces morales‘ d'après le nombre et par les richesses, Nous ne sommes qu'une poignée, c'est vrai: mais nous complons pour ce que nous sommes, el nous avons droit de vivre. »
Ces paroles exprimaient le sentiment et les pensées de tout un peuple, et l'on vit, en cette circonstance mémorable, la Nouvelle-France d'Amérique, suspendue aux lèvres d'un de ses enfants, supplier le Saint-Siège, représenté par son légat, d'écarter le seul danger qui la menace : une politique anglicisante.
Fier, c'est reconnu, le Canadien l'est; puis, combien tenace et entété! est de ce pays où se recrutaient jadis les nombreux sujets de la Discorde dont parle Boileau. La notion du droit est gravée si profondément dans son cœur qu'il ne saurait souffrir qu'on lui en ravisse la moindre parcelle. I plaidera devant toutes les cours de justice quand, une fois. il s'est cru lésé. Le violenter, l'olliger par la force à se désister de ce qu'il estime être sa propriété ou son bien, c'est l'enraciner à tout jamais dans la détremination contraire à celle qu'on veut lui imposer.
En revanche, ce sentiment de la justice le rend équitable. généreux et même prodigue pour autrui.
>arvenu aux honneurs, investi d'une autorité, le Cana lien devient plus courtois, semble vouloir se faire pardonner par sa gentillesse et ses bons procédés la charge qui l'élève audessus de ses semblables, La morgue n'est pas, comme on voit, dans son tempérament, et ee n'est pas à lui que peut s'appliquer le terrible dicton : « un mendiant à cheval », dont le peuple d'ici se sert volontiers à l'adresse de certaines personnalités bouflies d'orgueil, qui portent de pompeuses dignités sur les épaules rachitiques d'un € minus habens ».
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Voilà pour les Irlandais et les Canadiens pris individuellement. Collectivement, c'est-à-dire en paroisse, les deux races différent aussi notablement. L'enfant de la verte Erin est, en général, un excellent paroissien : il est rempli de respect pour son pasteur, docile à ses enseignements et d'une excessive æénérosité. Mais le peuple n'est pas seul dans une congrégation ; il y a le prêtre qui en est la pierre angulaire, qui l'anime et lui donne sa direction. C’est done dans ses chefs spirituels que nous devons l'étadier, non avec ce regard complaisant du publiciste qui ne veut pas désobliger les amis d'un jour qui l'ont reçu, hébergé, fêté; mais avec l'unique préoccupation de dire les choses comme elles sont.
Loin de moi la pensée de me constituer juge de mes frères de langue anglaise dans le sacerdoce !
Où qu'il soit, à quelque nationalité qu'il appartienne, le prêtre est un autre Christ et mérite notre vénération et notre respect. Ia droit surtout et plus que tout autre à notre charité. Mais, abstraction faite du caractère indélébile du ministre de Dieu, il y a dans le prêtre, dans le clergé, comme dans tout homme el tout groupe d'hommes, des tendances, des imperfections plus ou moins graves qu'il nous est permis de Signaler parce qu'elles sont du domaine de l'opinion publique. D'ailleurs, pour li cause que nous avons entrepris de défendre, nous devons faire briller la lumière, dussent quelques veux en ètre offusqués.
Le clergé irlandais, généralement instruit, est d'une irréprochable moralité et d'une honorabilité qui a depuis longtemps fait taire Les calomnies des sectes hérétiques contre les ministres du culte catholique. Aussi, dans son ensemble, nous n'hésitons pas à le proclamer, sinon l'un des meilleurs. du moins l'un des excellents groupes sacerdotaux enrégimentés sous la bannière du Christ. Seulement, comme le soleil a ses taches, ne soyons pas surpris si, {ans ce corps admirable, il y à quelques tares qui tiennent peut-être plus du caractère nalional que du manque de vertus cléricales.
L'Irlandais, en général, ne semble pa: fait pour les œuvres où l'héroïsme de l'abnégation est requis. Son tempérament le porte à se ménager un juste milieu dans la dépense de soiméme. Aussi le voit-on rarement aux avant-postes de la civilisation à la conquète des âmes. Allez en Chine, en Afrique,
3e HISTOIRE DE LA RACE FRANÇAISE
‘dans les contrées encore barbares de l'Amérique, vous trouverez des missionnaires francais, italiens, belges, quelques \lemands et peu ou point d'Irlandais. Ses tentatives d'apostolat, connues sous le nom de « Chureb-Extension, » aux États-Unis et au Canada, sont plus louables qu'etfectives. I y a. dans la République américaine 16.000.000 de Noirs qui attendent qu'on s'occupe sérieusement du salut de leurs àmes.
D'ordinaire, le prêtre irlandais préfére les cités populeuses. les paroisses prospères et surtout les évèchés bien établis, Ce n'est pas Lu qui ira se cacher dans les déserts pour échapper aux redoutables responsabilités de l'épiscopat. Dans un ordre spirituel d'idées, e'est un « finisbing working man ».
Mettre la dernière main à l'œuvre, lui donner son poli telle semble être sa mission.
Le clergé irlandais doit à l'influence du milieu américain sa liberté d'allure et son esprit d'indépendance. Sans être janséniste, oh! loin de là, il aime peu les petites dévotions et renferme parfois sous ce titre certains concours qui ont pour objet d'activer la fréquentation des sacrements. C'est ainsi que la dévotion des Quarante-Heures, par exemple, se résume assez souvent, dans plusieurs paroisses irlandaises, à exposer le Très Saint Sacrement avec ouverture et clôture solennelles.
L'erreur dite du modernisme n'a pas, que nous sachions, formellement pénétré aux États-Unis. Les questions àbstraites qu'elle soulève et les subtilités sur lesquelles elle repose resteront, pour une bonne partie du clergé américain, un peu à l'état de cassetète chinois, C»s idées nuageuses, mises en avant de nos jours pour démolir le dlitice de la vieille foi, n'ont qu'une bien faible attraction pour des esprits positifs qui veulent avant tout du solide et du palpable. D'ailleurs, le pape x parlé : cela suffit. I n'y à guère de pays au monde où l'on sente mieux la nécessité du magistère infaillible de l'Église. Mais si l'erreur spéculative du m »dernisme n'existe pas, du moins dans la masse du clergé de langue anglaise, aux États- Unis, l'esprit qui s'en dégage, les pratiques qui en découlen pourraient bien s'y trouver.
Oh !'c'est une simple hypothèse que nous n'avons ni la prv-
ant abiie 152.
AUX ÉTATS-UNIS y
Lention, ni la qualité de vouloir établir par des ra‘sonnements : mais nous nous sommes parfois demande il ne fallait pas attribuer à cette espèce de naturalisme en action certaines facons d'agir où de penser, par trop américaines, que l'on ose qualifier du nom très commode de progrès modernes. Par exemple, ces libertés excessives dont jouissent les étudiants, dans quelques collèges catholiques de langue anglaise où Le sport occupe, d'ailleurs, Fun des premiers rangs dans le programme des études; ces séminaires, plus où moins calqués sur les universités profanes, dans lesquels, sauf l'acquisition des sciences sacrées, chacun relève en quelque sorte de sa vropre inspiration: le peu de cas que l'on semble faire, en certains quartiers, des vertus intérieures ou quelque peu contemplatives pour donner la préséance à celles qui sont beaucoup plus du domaine des affaires de ce monde — c'est un administrateur, dit-on, et tout le monde de s'incliner — : enfin, ces bals organisés, à propos de tout et à propos de rien, par des sociétés soi-disant catholiques et par Les prètres euxmêmes, au profit de leurs paroisses. A moins d'une réforme dans la théologi. morale, la valse et la polka, devenues œuvres pies sous les regards bienveillants d'un pasteur, seront loujours pour les Canadiens une cause d'étonnement, pour ne pas dire davantage.
Que conclure de cette courte analyse? Oh! peu de choses : car là est le danger.
Du moins pouvons-nous affirmer, sans craindre de paraitre médire, qu'il ne serait nullement surprenant si, dans quelques paroisses de langue anglaise, la piété laissait quelque peu à désirer elsi de nouvelles défections S'Y préparaient pour l'avenir.
Et puis, est-ce pure coïncidence”? C'est possible : il semble que, au fur et à mesure que le temps poursuit sa marche apide, la natalité diminue dans les congrégations irlandaises. Nous vivons au milieu d'un pays si étrange. «IL v a un massacre d'innocents qui s'accomplit tous les jours en notre pays et, quoique nous n'entendions pas les pleurs des mères et Les cris des pelits enfants, ce massacre est plus cruel que celui d'Hérode mentionné dans l'Évangile, car il prive de malheureux petits êtres de la vie temporelle et spirituelle. Que dis-je ? Il tarit la source de la vie et prévient l'existence
ya HISTOIRE DE LA RACE FRANÇAISE
humaine, tout juste au moment où le créateur s'apprète à la multiplier (1). »
+ I n'y a pas longtemps, me trouvant, à New-York, devant l'école de l'une des plus riches paroisses de la métropole américaine, je demandai au sacristain pourqui cet édifice qui ne semb'ait pas très grand, avait été partiellement converti en magasins.
— Parce que, l'an dernier, il n'y avait que 55 enfants dans nos classes, et l'année prochaine nous n'en aurons guère plus de 5o.
— Combien de prètres desservent I paroisse ?
Trois, répondit le sacristain.
Je restai songeur, me rappelant précisément que, l'année précédente, Go baptèmes seulement avaient été enregistrés dans une paroisse irlandaise de mille familles (2). A part moi, je songeais aux dix, douze bébés apportés chaque semaine aux fonts baptismaux de Notre-Dame de Fall-River et de Saint-\ntoine de New-Bedford, et aussi à nos écoles de la
Nouvelle-Angleterre toniours trop étroites.
Nos paroisses canadiennes de États-Unis, ai-je besoin de le dire, sans être parfaites, sont dans des conditions plus avantageuses. Elles ressemblent aux rameaux d'un arbre, encore dans toute l'activité de sa croissance, où circule une sève vigoureuse. À quoi bon les greffer sur un tronc vermoulu qui, malgré son épaisse ramure, donne des signes de caducité, soit par ses branche: ‘lesséchées qui jonchent le sol,
i soit par son feuillage jaun:-sant qui annonce l'automne ou | l'appauvrissement des sues nourriciers ?
Le patriotisme américain a du bon, et il nous fait toujours plaisir d'entendre quelques personnages haut placés dans la hiérarchie catholique entonner l'hymne de la patrie adoptive au nom de leurs coreligionnaires. Là où nous cessons d'être | enthousiastes, c'est quand on nous propose de nous immoler sur ses autels. Le rôle d'Iphigénie, tout sublime qu'il puisse ètre, offre plus d'un inconvénient.
Q) Mgr STANG : Socialisme el Christianisme, ouvrage traduit par l'auteur de cette /lisloire de la Race francaise aux Etats-Unis.
€) On nr'a signalé nne paroisse irlandaise de 7.000 àmes qui n'en a eu l'an dernier que 45
Qu'il nous soit permis, au moins, de faire remarquer à ceux qui désirent nous absorber au nom des intérêts sacrés du pays, que, pour servir de modèles (en langue philosophique. de cause exemplaire) aux nationalités réputées étrangères, il faut, pour le moins, être parfait, et qe, pour se repaitre de leurs dépouilles en se les assimilamt, il est urgent que l'appareil digestif soit sain et l'organisme tout entier dans un état sanitaire irréprochable,