‹ Histoire de la race française aux États-Unis [microforme]Chapitre 67 sur 73 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le & Corporation Sole » dans le diocèse de Portland, Maine, — Déci sion de la Congrégation du Concile. — Les écoles paroissiales aux États-Unis. — Système de l'absolutisme. — Une commission scoaire élective semblerait opportune. — L'avenir des Franco-Américains. L'Amérique du Nord, une mer saxonne. — Il n'y a pas lieu de désespérer pour la race francaise fixée aux États-Unis. — Aspirations qui peuvent sembler utopistes, — Elles reposent néanmoins sur une base solide, — Réponses aux objections. — Le but de l'auteur de eel ouvrage : Une hymne chrétienne. commencée il v à trois siècles, qui doit se continuer à travers les âges.

I s'est élevé dans les diocèses américains plus d'une difticulié relativement à Fadministration des biens ccclésiastiques, Des schismes se sont même produits à ce sujet.

Tout récemment, dans le diocèse de Portland, Maine, des troubles assez sérieux ont eu lieu au sein de la population francaise. Le régime de la « Corporation Simple » fut dénoncé par un certain nombre d'agitateurs qui en appelerent à la législaiure d'Etat.

[l s'agissait de substituer. au mode désigné en anglais sous le nom de «Corporation Sole » qui embrasse tous les immeubles ecclésiastiques d'un diocèse. avec l'évêque catholique romain comme unique membre ou propriétaire, Le système de la corporation paroissiale, en usage au Canada, ou quelque chose d'analogue,

Devant les déclarations calégoriques de lévèque de Portland, ME Walsh, la commission chargée d'entendre la cause se réeusi: On ne Ctul pas devoir accéder à la requéle des Canadiens, elle « Corporation Sole » fut maintenu comme le seul régime, disait-on, reconnu par l'Église.

Six des promoteurs du projet de loi furent nommément interdits, et un septième, décedé dans l'intervalle, fut partiellement privé de Et sépulture ecclésiastique.

Nous devons dire, à la décharge de l'évêque, qu'il erut

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frapper par ces mesures de rigueur beaucoup plus des chefs de révolte contre l'autorité épiscopale que des citoyens catholiques usant librement de leurs droits.

Quoi qu'il en soit, le 29 juillet 1961, la Congrégation du Concile rendait la décision suivante :

«iv Des systèmes de possession et d'administration des biens ec:lesiastiques qui sont aujourd'hui en vigueur dans les États-Unis d'Amérique, celui qui porte Le nom de « Parish Corporation » est le plus préférable, pourvu toutefois qu'il soit appliqué selon les conditions eU avec les précautions qui sont en vigueur dans l'État de New-York. Les évèques prendront soin d'introduire immédiatement ce système d'administration des biens temporels dans leur diocèse respectif. Si la loi civile ne le permet pas. ils feront des instances énergiques auprès des autorités civiles pour obtenir aussitôt que possible le consentement de la loi sur ce point. »

« » Dans les endroits où la loi civile ne reconnait pas le « Parish Corporation », et tant qu'on n'y aura pas réussi à obtenir cette reconnaissance légale, Fapplication du système dit « Corporation Sole » est permise, de telle sorte cependant que l'évêque ne procède dans Fadministration des biens ecclésiastiques qu'après avoir entendu l'avis des intéressés et des consulteurs diocésains, dans les affaires importantes, et qu'après avoir obtenu leur consentement. la S. Congrégation laissant à la conscience de lévèque luiiméme la responsabilité des manquements à ces prescriptions. »

«3% Le système qu'on appelle in Fee Simple » doit être absolument aboli. »

Dans le dernier système, lévêque. comme homme on citoyen, est l'unique propriétaire des biens ecclésiastiques de son diocèse, de telle sorte qu'il doit les léguer par testament à son successeur, s'il ne veut pas qu'ils aillent à ses héritiers naturels. Dans le « Corporation Sole », c'est Févèque catho: lique romain qui possède, comme nous Favons déjà fait remarquer.

Une autre question € ci. aux Etats-Unis. nous à toujours semblé mériter l'attention est celle des écoles paroissiales.

Le édifices scolaires, construits à grands frais el soutenus par l'argent des paroissiens, échappent absolument au contrôle de ces derniers. Dans les écoles publiques, ils ont au moins une commission élective pour les représenter.

À l'école paroissiale : rien de tout cela. Les parents chrétiens n'ont qu'à payer le montant qu'on leur demande et à s'en remettre absolument au curé et surtout à l'évêque pour l'organisation. S'agit-il, par exemple, d'engager les institulrices, qui sont généralement congréganistes, l'évêque, consulté par le curé, accepte ou refuse, et tout est dit, Un contrat bilatéral est dressé, stipulant les conditions de l’engagement, puis signé par l'ordinaire et la supérieure générale de la communauté engagée. Quant aux pères de familles, il n'en est pas plus question que s'ils n'av rient jamais existé.

Même régime pour la surveillance et la direction de l'école. Les intéressés (1), dans l'ordre naturel, n'ont rien à y voir. Si leurs enfants recoivent une éducation conforme à leurs désirs où aspirations nationales, à la bonne heure: sinon, ils peuvent se plaindre, réclamer et rédiger des requêtes, Et, dans le cas, qui n'est pas impossible, où tout cela sert de rien, il ne leur reste qu'un moyen dont il faut les dissuader parce qu'ilest inefficace, d'abord, et peu en harmonie avec les décrets des Conciles : c'est de retirer leurs enfants des écoles paroissiales et les envoyer aux écoles publiques.

Mais ce système est... extraordinaire, dira-t-on: c'est tout simplement de l'absolutisme qu'on reproche si amèrement au gouvernement francais.

— Un peu plus autoritaire : Voilà tout, Seulement, il x a une distinction à faire one tout le monde connait. Le monopole maconnique qu’ segit les écoles de France aboutit

à l'irréligion, tandis que celui des écoles paroissiales... Il suffit, ce serait faire injure au dernier que de continuer un tel rapprochement.

— Soit, il y à un abime entre les deux : tout de même votre système scolaire catholique américain n'en est pas moins singulier.

— Pas le moins du monde. C'est la tutelle d'une mère sur

ses enfants dans le domaine de l'éducation, Seulement, cette

Q@) Nous parlons des paroisses séparées où nationales.

vigilance maternelle est poussée, suivant nous, à l'extrême limite, Un peu plus de latitude aux pères de familles, tout juste assez pour leur permettre l'exercice du droit naturel, et tout serait pour le mieux.

Rome vient de condamner en principe le « Corporation Sole ». L'école qui fait partie des immeubles de la paroisse va bénélicier de la détente du régime centralisateur. Nous souhaiterions aux parents un contrôle (+) un peu plus étendu sur l'école que sur les biens de la paroisse. Car la fin d'une maison enseignement n'est pas la mème que celle d'une église, d'une sacristie, d'un cimetière où d’un presbvtère: en second ïieu, bien qu'elles soient collectées au nom de la parcisse, autant dire de l'Église, les sommes nécessaires à l'érection d'une école sont généralement l'objet de quêtes spéciales.

Ne serait-il pas juste, raisonnable, que, tout en sauvegardant largement les droits de notre Mère, la sainte Eglise, on reconnût aux pères de familles certains titres sur ces édifices scolaires sortis entièrement de leurs bourses (2) ?

C'est une matière délicate où nous craignons de nous aventurer: mais, sans vouloir jouer au réformatenur, il nous semble que, à défaut d'une corporation distincte, une commission scolaire adjointe au pasteur par le vote des contribuables serait un remède efticace,

IL faudrait aussi que les matières profanes, les idiomes enseignés à l'école, et, en général, tout ce qui est élranger à la religion ti-sent du ressort de cette commission qui serait, bien entendu, sous la présidence du curé,

\lérs nous verrions disparaitre certains abus criants qui

@) Ce mot auquel nous donnons le sens qu'il a en anglais veut dire: voit de surveillance, autorité, gouvernement, ete.

@) Ce droil sur Féducation de leurs enfants est inaliénable, Léon XI l'enseigne assez ouvertement lorsqu'il déclare ç« qu'une étroite obligation leur incombe : celle d'employer tous leurs Soins et de ne neglis.r aucun effort pour repousser énergiquement toutes les violences qu'on veut leur faire en matiere scolaire, et pour réussir à garder entre leurs mains l'éducation de leurs enfants». Encyclique Sapientie Christiane.

« Dans ces devoirs qui dérivent de la procréation méme des enfants, que les parents sachent qu'il y a, de par la nature et la justice, autant de droits, eUque ces droits sont de telle nature qu'on n'en peut ricn delaisser ici méme, ni rien abandonner à quelque puissance que ce soil attendu qu'il m'est pas permis à l'homme de délier une obligation dont l'homme est tenu envers Dieu» Eneyclique Officio sanetissimo, » déc, ISK>,

se sont produits ici et là. dans les diocèses soumis au régime de l'assimilation, où des pasteurs, plus américains que prêtres, ont osé bannir des écoles la langue de ceux qui. après les avoir fait construire, les entretiennent de leurs deniers.

Je n'ai nullement l'intention de monter sur un trépied ni encore moins de m'ériger en prophète: mais, avant de terminer cel ouvrage, je crois qu'il ne sera pas hors de propos de soulever un coin du voile qui nous dérobe l'avemr de la ace francaise aux États-Unis.

Quelle sera son ultime destinée sur celte terre qui lui à de si grandes obligations ?

Le dernier recensement décennal porte, si je ne me trompe, la population améiit sine à° 95.000.000 d'habitants, Comme cette multitude ne cesse de s’accroitre par l'immigration. celui de 1920 ira dans les cent et quelques millions.

— Alors, que sont donc les Franco-Américains dans un pays aussi peuplé

— Un et demi pour cent et une petite fraction.

— Mais c'est une goutte d'eau dans l'Océan.

— Oui! si l'on veut! i

— Et les glorieuses destinées de cette poignée d'émigrants appelés à disparaitre à brève échéance °?

— Ne sont nullement l'effet d'imaginations exaltées.

L'Union américaine renferme, en chiffres ronds, 100.000.000 de citoyens, avons-nous dit: c'est tout ce qu'il ÿ a de plus vrai. Nous pouvons même ajouter que, au Canada, pays voisin, un demi-siècle ne se sera pas écoulé avant qu'il y ait au moins une trentaine de millions d'habitants de langue anglaise. Ainsi, on verra donc, vers le milieu du vingtième siècle, l'imposant spectacle d'un continent presque entier converti en une mer anglo-saxonne. C’est à peine si. du sein de cet océan glacial, émergeront quelques groupes germaniques, polonais ou de race étrangère.

Quel rêve ! à pèlerins de Plymouth!

Eh ! bien, malgré les apparences qui sont évidemment contre eux, les Canadiens des États-Unis, comme ceux du

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BLUE pate raporente

Canada, sont pleins de confiance dans l'avenir, Voilà qui est renversant, n'est-ce pas, et pourtant, c'est l'exacte vérité. Leur race est merveilleusement prolilique, nous l'avons déjà dit, el puis, ils ont pour les rassurer une raison d'un ordre exceptionnellement élevé, La dirai-je? Elle fera peut-être sourire les sceptiques. Tout de mème, je me risque. La base de nos espérances nationales, le grand réconfort de notre faiblesse, c'est Dieu, d'abord, el puis son Église.

Oh! je sais qu'il ne manque pas de philosophes économistes ou sociologues qui n'admettent plus la Providence dans les affaires de ce monde, La prospérité des États, d'après eux, dépend uniquement des roueries de ia sagesse humaine. Admirez notre ignorance, Nous en sommes encore ici aux principes de la philosophie de l'histoire énoncés par Bossuel et nous croyons fermement que Dieu assigne à chaque peuple une mission et que, aussi longtemps que ce peuple est fidèle à sa mission, la Providence veille sur lui et ne permel pas qu'il soit anéanti. Qu'importe la prospérité apparente de certains pays intidèles” La vie des nations se mesure non par des années, mais par des siècles. I ne faut pas s'étonner si les deux moments qui marquent la naissance et la chute définitive d'un chipire sont parfois séparés par un millier d'années. Ceu qui passent dans l'intervalle s’étonnent à lort de la longanimité de la Providence. Il y a des races mortes où moribondes : cela suftit. Aux veux de l'Éternel, elles ont été comme la fleur qui s'épanouit et <e flétrit en un jour. La cause de la décadence des peuples comme celle de leur trépas réside dans la décomposition des couches sociales sous l'action du vice et de l'impiété.

Je n'insiste pas: l'histoire, cette nécropole des races antijues, me donne raison.

Ceci posé, qui done pourrait désespérer d'un groupe francais de 3.000.000 d'individus, tous chrétiens, tous catholiques, tous catholiques pratiquants, qui. après avoir ouvert l'Amérique à la foi, à la civilisation, n'attend que le moment propice de se faire l'apôtre des 65.000.000 d'intidèles, des 29.000.000 'hérétiques qui, à l'heure présente, bénéficient de ses travaux ?

Bâtir en démolissant : tel est Le but des assimilateurs. Construire à ses propres dépens un édifice social capable de

soutenir le drapeau de l'indépendance quand sonnera l'heure du démembrement de l'Amérique du Nord : voilà ce que nous pourrions peut-être iouver dans les aspirations de notre peuple si on les analysait.

Ce désir n'est-il pas légitime ? N'v aurait-il que le nombre,

richesse et la force qui, de nos jours, auraient droit d’évoluer sous le soleil”

Ce qu'il peut arriver, avec l'aide de la Providence, c'est que peu à peu nos futurs compatriotes se multiplient tellement qu'ils finissent par devenir le grand nombre, la masse de la population, dans un territoire assez vaste pour les contenir et que, au jour marqué, füt-ce dans quelques cents ans, ils se lèvent comme un seul homme, pour se proclamer la France d'Amérique

Voilà un idéal qui n'est pas à dédaigner. En tout cas, il vaut infiniment mieux que la perspective ignominieuse d’être assimilé ou mangé tout vivant.

Cette aspiration, qui se manifeste chez tous les Canadiens des Etats-Unis de survivre comme peuple distinet dans leur pays d'adoption. est voulue de Dieu, sans doute, et ne saurait être déçue sä ;s violence ou persécution. Du côté de l'État américain, rien à craindre. Le gouvernement de Washington n'a guère l'habitide de s'immiscer dans ces sortes de questions où la langue et la race sont en cause.

Du côté de l'Église qui n'est ni américaine, ni italienne, ni francaise. mais l'Église tout court, non seulement nous n'avons rien à redouter, quoi qu'on en dise, mais il me semble que nous avons tout à espérer.

Celle divine épouse du Christ, comme on sait, vit de tradition. Seule au milieu des institutions de ce inonce, elle suit dans sa marche à travers les âges. dans sa doctrine, sa morale et même sa discipline, une ligne invariablement droite. Son passé nous dit ce que sera son avenir. Or, jamais, dans son histoire dix-neuf fois séculaire, l'Église a été, je ne dirai pas un instrument d'oppression contre une nationalité au profil d'une autre, mais même un engin d'assimilation dans sa forme la plus adoucie.

Suivant en cela la doctrine du grand saint Paul, à savoir que ses ministres doivent se faire tout à tous, et Fensvignement de FEsprit-Saint lui-même accordant le don des langues

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