‹ Histoire de la race française aux États-Unis [microforme]Chapitre 8 sur 73 · CHEFS · texte numérisé non relu

CHEFS

titre lui fut conféré par Philippe HD, faisait une courte apparition à l'embouchure de la rivière des Dauphins, qu'il appela Saint-Augustin. Le lendemain, il tentait de surprendre la flotte de Ribaut à l'entrée de la rivière May. N'ayant pas réussi, il revint à la rivière Saint-Augustin, où il se fortitia. Ayant échappé, comme par miracle, grâce à la tempête, à une allaque des vaisseaux de Ribaut, il se rendit par terre, pendant que ce dernier luttait contre la fureur des f'ots, au fort Caroline, où il réussit à surprendre la garnison, qu'il tit impitoyablement massacrer. Les femmes et les enfants audessous de quinze ans furent seuls épargnés. Le fort Caroline fut désigné par les Espagnols sous le nom de San Matheo. Les équipages des trois navires qui étaient mouillés dans la rivière May, non loin du fort Caroline, auraient certainement subi le mème sort, s'ils n'avaient réussi à s'échapper en abandonnant néanmoins un de leurs vaisseaux percé à fleur d'eau par un boulet de canon.

Laudonnière et une vinglaine de ses compagnons furent recueillis par le capitaine Mallard, qui longeait la côte dans l'espoir de recueillir les fugitifs.

« On recueillit encore quelques personnes », dit Parkman. « puis le jeune Ribaut, bien qu'il fut sans nouvelle de son père, se joignil à eux avec trop d'empressement pour ne pas mériter la réputation de poltronnerie, qu'il conserva parmi ses contemporains. Apres un voyage dont les privations causérent la mort de plusieurs d'entre eux, ils débarquèrent, les uns à La Rochelle, et les autres à Swansea, dans le pays de Galles,

Quart à Ribaut. malgré son courage et son habileté consommée, il joua de malheur, La tempête, qui l'avait si malencontreusement assailli au moment où il allait détruire li flottille espagnole à Saint-Augustin, Ve poursuivit sans relâche jusqu'au 23 septembre, le jeta finalement sur la côte « du canal de Bahame et brisa tous ses vaisseaux sur les rochers (1) », lout juste deux ou trois jours après la prise par les Espagnols du fort Caroline.

Ses compagnons et lui purent échapper à la fureur des flots eUalterrir, mais dans quelle triste condition! dans un pays

(1) CnanLevoix.

inconnu, sans provisions et exténués par des fatigues et des

émotions de toutes sortes!

Après une marche des plus pénibles dans les forêts et les marécages, ces malheureux arrivèrent enfin en vue du fort Caroline, sur la rive opposée de la rivière. A leur grand désespoir, le pavillon espagnol flottait sur le bastion le plus élevé de cette forteresse.

Des pourparlers s’établirent entre Menendez, qui avait été averti de l’arrivée des Francais, et Jean Ribaut. Après différentes allées et venues des parlementaires de ce dernier auprès du commandant espagnol, les Français, moins deux cents d'entre eux qui préférèrent chercher le salut dans les bois, se décidèrent à se rendre, à discrétion, dit la version espagnole, sur la foi jurée et la Promesse solennelle d'avoir la vie sauve, dit la version française,

Quoi qu'il en soit, une scène de ‘arnage indescriptible suivil celte reddition, Le Commandant Ribaut et un de ses ofticiers, d'Catigny, furent pPoignardés dans le fort Caroline par ordre de Menendez, qui ne voulut pas se montrer, « Cette première exécution fut un signal pour la garnison. qui se jeta à l'instant sur les Français et les égorgea en un moment, Suivant un mémoire, qui ne parait point suspect en ce point,

800 Français périrent par les mains des Espagnols : mais il y a bien des apparences qu'il faut comprendre dans ce nombre tous Ceux qui avaient été tués à la prise de la Caroline, Il est certain d'ailleurs que Menendez réserva plusieurs artisans et autres gens de travail pour les ouvrages qu'il voulait faire à San Matheo et à Saint-Augustin, » Telle fut la fin de cette entreprise française en Floride.

L'une des causes qui la fit échouer fut la soif de l'or, qui semble avoir été la raison déterminante de ceux qui en firent partie. Au lieu de S'appliquer sagement à la culture du sol et au commerce avec les indigènes, ils préférèrent perdre leur temps en excursions inutiles, à la recherche de mines imaginaires. La conséquence de cette erreur de jugement et de l'incurie qui en résulta fut la perte d'un grand nombre d'hommes, l'expédition malheureuse contre les possessions espagnoles et le désarroi qui régnait au fort Caroline quand Menendez y tit son apparition.

Quant à celui-ci, l'histoire ne saurait absoudre sa conduite.

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Il peut alléguer pour excuses, lout à fait contestables, du reste, les droits de l'Espagne sur la Floride, les altaques des Francais du fort Caroline contre les possessions espagnoles, el surtout son mandat du roi Philippe 11 qui l'autorisait à détruire sans pitié la colonie francaise de la rivière May. Mais, outre que l'expédition, dont il eut le commandement, füt dirigée en temps de paix contre des Français qui avaient de leur souverain une commission en bonne et due forme, il ne saurait se couvrir du manteau de la religion catholique pour légitimer les atrocités dont il s'est rendu coupable. La religion du Christ, toute de charité et de justice, n'autorise pas de telles barbaries contre ceux qui se sont affranchis de son joug. Que dis-je? elle les réprouve. surtout quand ces malheureux sont, comme les compagnons de Ribaut ou les évadés du fort Caroline, mourants de faim et de privations.

L'Espagne, qui avait déjà à rougir de la conduite barbare de ses aventuriers dans les Antilles et sur le Continent contre les malheureux Indiens réduits en esclavage, se couvrit de honte en cette circonstance, et Charles X partagea sa flétrissure en nc faisant aucune démarche auprès da gouvernement espagnol pour venger ses sujets ou, du moins, obtenir de suffisantes et dignes réparations.

Les Espagnols ne jouirent pas longtemps du fruit de leur victoire ; le chevalier de Courges la leur fit chèrement expier deux ans plus tard. Ce hardi capitaine, voyant la cour de France indifférente au massacre des Français du fort Caroline et nullement disposée à entrer dans la voie des représailles, conçut le projet de venger lui-même l'honneur de son pays. Il équipa quelques navires à ses frais, subit plusieurs tempètes durant la traversée, el arriva dans les parages de la rivière May durant l'hiv., de 1567.

Il fit alliance avec les Indiens, qui avaient conservé pour les Français une amitié d'autant plus profonde qu'ils eurent plus d'une fois l'occasion de les regretter, durant les deux années qui s'étaient écoulées depuis la prise du fort Caroline par les Espagnols, et, à la tête d'un détachement de soldats, 150 tout au plus, il ne craignit pas de marcher, de concert avec les guerriers de Saturiova, contre le fort Matheo et les deux redoutes construites de chaque côté de la rivière parles Espagnols.

Mr manne pannes

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