MADAME DU BARRY CONDAMNEE PAR LE TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE
fut dit, et les comités révolutionnaires continuèrent de cor- ! Une autre agence de la Terreur, c'était le Tribunal révorespondre avec le Comité de sûreté générale. I lutionnaire.
Divisé en quatre sections, il se composait de seize juges, y I compris les présidents ei vice -président s, et de soixante jures, auxquels une indemnité de dix- huit, livres par jour était allouée. Le président l'ut Hermann, et le vice-président Dumas. Fouquier-Tinville, on l'a vu, remplissait les formidables fonctions d'accusateur public. Parmi les juges figuraient Coffinhal, Foucault, Dobsen, Sellier, Harny, Maire; et, parmi les jurés. Vilate, l'auteur des Causes secrètes de la Révolution au 9 thermidor; Brochet, un des séides de Maral ; le limonadier Ghrestien; Nicolas, imprimeur; Gérard, orfèvre; Trinchard, menuisier; Topino Lebrun cl Prieur, peintres; Renaudin, luthier; Leroy, surnommé Dix-Août; le chirurgien Souberr bielle; Duplay, l'hôte de Robespierre.
Quelques mots sur le personnel de ce Tribunal laineux.
Hermann était fils d'un homme de probité et de savoir, qui avait été greffier en chef des états d'Artois. Compatriote de Robespierre, Hermann, après être entré dans la congrégation de l'Oratoire, où il resta peu de temps, avait acheté, jeune encore, la charge de substitut de l'avocat général du conseil supérieur d'Artois. Il l'occupa jusqu'en 1789, et y montra autant d'intégrité que de talent. Il avait tous les dehors de la sensibilité, et beaucoup de ses actes répondirent à ces apparences. Nommé, plus tard, commissaire des administrations civiles, il signala son entrée en fonctions « par une conduite et une correspondance où respiraient les principes d'une philanthropie si aimable et d'une justice si exacte, » que, ne pouvant à cet égard qu'obscurcir la vérité, ses ennemis, devenus vainqueurs, fuient réduits à le taxer d'hypocrisie. Les crimes qu'à une époque de réaction furieuse ils lui reprochèrent, par l'organe du dantoniste Thinïet-Grand-Pré, étaient : d'avoir établi des inspecteurs pour s'assurer de la ponctualité' des employés; d'avoir diminué les traitements; d'avoir interdit l'entrée des bureaux aux femmes qui, par leur mise et leurs manières, n'annonceraient pas être de la classe respectable du peuple ; en d'autres termes, d'avoir éloigné les jolvs solliciteuses ! Qicnt à sa part de responsabilité dans les actes qui se rattachent à l'affaire de la «conspiration des prisons, >> nous verrons à quoi elle se borne quand nous en serons là. Ce qu'il importe de constater, pour le mompnt , c'est qu'il est faux, en tout cas, qu'Hermann fût, comme on l'a tant dit,
l'homme de Robespierre. »
Que ce dernier regardât Hermann comme un homme probe et éclairé, c'est certain; qu'il l'ait indiqué à la Convention pour le poste de président du Tribunal révolutionnaire, c'est pos • sible, probable même, quoique non démontré. Mais en cela Robespierre avait si peu l'idée de se donner un instrument, qu'Hermann ignora toujours à qui il était redevable de sa nomination. Voici ce qu'il a écrit lui-même à ce sujet, dans un temps et un milieu où il eût été bien facile de le confondre, s il eût trahi la vérité. « J'ignore qui m'a indiqué pour le Tribunal révolutionnaire. Je le jure dans toute la sincérité de mon âme, et je ne voudrais pas racheter ma vie par un mensonge. » H a écrit encore : « J'affirme que, durant huit mois que j'ai été au Tribunal révolutionnaire, je ne suis allé que deux fois chez Robespierre, quoiqu'il fût île la même ville que moi, et que je l'eusse quelquefois rencontré à Arras. sans avoir été jamais lié avec lui. » El plus loin : « Durant les quatre mois que j'ai été commissaire des administrations civiles, quoique voisin de la maison qu'habitait Robespierre, je suis allé trois fois chez lui seulement, par occasion, parce qu'on m'y a mené; et je jure que jamais un mot confidentiel ne m'a été dit. » Il est à remarquer que dans le procès où Hermann fut impliqué par la contre-évolution victorieuse, ses
ennemis n'eurent pas un seul fait à opposer aux dénégations qu'on vient de lire.
Le vice-président Dumas , un de ceux qu'emporta la tempête de thermidor, a eu le sort qui attend tous les vaincus dont l'histoire n'est écrite que par les vainqueurs : il a été beaucoup attaqué sans avoir été en position, soil d être défendu, soit, de se, défendre. Ce qui est certain, c'est que. dans un moment où les plus fermes pouvaient pâlir, il déploya un courage qui, s'il ne dément pas la violence attribuée à son caractère, témoigne au moins de la sincérité' île ses convictions et de la force de ses attachements personnels.
Même justice est due à Coffinhal, esprit fougueux et entreprenant, âme intrépide dans un corps d'Hercule. Ancien procureur au Châtelet, Coffinhal ressemblait, moins à un juge qu'à un soldat. Il avait une haute stature, un teint jaune, des yeux noirs couverts d'épais sourcils. Sa place eût été sur les champs de bataille, si les champs de bataille alors n'eussent été partout.
Pour connaître Fouquier-Tinville. il suffisait de le voir. Tète ronde, cheveux noirs et unis, front blême, petits yeuxchatoyants, visage plein et grêlé, taille moyenne, jambe assez forte, regard tantôt fixe, tantôt oblique, tel était l'homme extérieur. Quand il allait parler, il fronçait le sourcil. Sa voix rude passait soudain de l'aigu au grave; elle avait, pour les accusés, le son de la hache sur le billot. Fouquier-Tinville était lils d'un cultivateur dllérouelles. village situé près de Saint-Quentin. Procureur au Châtelet comme Coffinhal, il avait, en 1781, composé d?s vers à la louange de Louis XVI. D'abord juré du Tribunal révolutionnaire, puis accusateur public, il fut. à Paris, le représentant de ce génie exterminateur qui allait se personnifier dans Collot-d'Herbois et Fourbe à Lyon, et dans Carrier à Nantes. Son opinion était presque toujours la rr.ort. Il avait de tels accès d'impatience sanguinaire, qu'il faisait préparer à l'avance les jugements, la guillotine et les charrettes. Un détenu ayant réclamé sa liberté, Fouquier-Tinville le fit mettre en jugement, sur ce. qu'il fallait le satisfaire, puisqu'il était si pressé. En certaines circonstances, il résulta de ses hâtives fureurs qu'il y eut substitution de personnes. Quelquefois, il laissail sans les ouvrir des paquets que lui avaient adressés les détenus et qui contenaient des pièces à décharge : on trouva de ces paquets chez lui, après son arrestation. Un jour, un huissier ayant reçu l'ordre d'aller cherclier an Luxembourg une citoyenne Riron, et lui étant venu dire qu'il avait trouvé deux citoyennes de ce nom : « Eh bien! s'écria-t-il, amène-Us toutes les deux ; elles \ passeront. » Il se plaignait souvenl de ce que les huissiers n'allaient pas assez vite en besogne : « Vous n'êtes point au pas, » leur disait-il; et il ajoutait, en parlant des accusés : « Il m'en faut deux à trois cents par décade. » On l'entendit rugir, à certains acquittements. De là le cri que, plus tard, poussa Fréron, qui lui-même avait bu tant de sang : « Je demande que Fouquier Tinville aille cuver dans les enfers tout le sang dont il s'est enivré. » Désigné enfin à son tour pour être la proie de cette guillotine dont il avait été le pourvoyeur, Fouquier-Tinville attendit son sort avec un front d'airain. ' Pendant le résumé de l'accusateur, il feignit de s'endormir, ou s'endormit.
Et toutefois, cet implacable ministre de la Terreur ne fut pas sans ouvrir quelquefois son cœur à la pitié, tant la nature de l'homme est complexe ! Lui qui poussa la barbarie jusqu'à ordonner qu'on lui amenât des prisonniers, malades, sur des brancards, on le vit recevoir avec beaucoup d'humanité des pères de famille éplorés qui venaient réclamer leurs enfants mis en prison. Il lui arriva de soulager les malheu-
REGIME DE LA TERREUR
reux détenus. Il lui échappa de dire qu'il aimerait mieux labourer la terre que d'être accusateur public. Directeur du jury au tribunal du 17 août, il s'était conduit u avec franchise, intégrité et humanité. » Au mois d'avril 1793, les généraux Harville, Boucher et Froissac ayant été décrétés d'accusation par la Convention, Fouquier-Tinville, après un examen atl entif du dossier, reconnut qu'il n'y avait pas lieu à les poursuivre, décida qu'en dépit du décret il s'abstiendrait, et eut le courage de le déclarer dans une lettre publique. On a prétendu qu'il avait coutume d'entrer dans la chambre des jurés pour les influencer : mensonge de la baine ! Il n'est pas vrai non plus qu'il eût coutume de se livrer à des orgies avec les membres du Tribunal, au sortir des audiences. On lui imputa des malversations : autre calomnie ! A la veille de monter sur l'échafaud, il put écrire : « J'avais cincpiante mille livres de patrimoine avant la Révolution : aujourd'hui j'ai pour tout patrimoine une femme et cinq enfants. »
Fouquier-Tinville n'eut jamais de relations qu'avec les Comités de salut public et de sûreté générale, et cela dans le lieu de leurs séances. Il s'y rendait chaque soir entre dix et onze heures, remettait la liste des jugements, et recevait leurs instructions. Il n'avait de rapports particuliers ni avec Robespierre, qu'il n'aimait pas, ni avec Saint-Just. Pour ce qui est de Couthon, c'est à peine s'il le connaissait personnellement, attendu que Couthon ne paraissait jamais le soir au Comité. I n fait curieux et qui montre jusqu'à quel point Fouquier- Tinville était étranger au parti que représentaient Robespierre, Couthon et Saint-Just, c'est que, lorsque Robespierre fit établir le « Bureau de police générale, » Fouquier-Tinville n'en fut pas informé autrement que le public. « Aujourd'hui encore, écrivait-il lors de son procès, j ignore dans quel lieu du Comité ce bureau était situé. »
Les membres les plus farouches du Tribunal révolutionnaire, après l'accusateur public, étaient Trinchard, Leroy, surnommé Dix- Août, Brochet, Chrestien, Benaudin, Gérard, Prieur, Vilate. C'étaient là les jurés solides, ceux dont on se servait pour ces condamnations collectives que, dans son affreux langage, Fouquier-Tinville appelait des feux de file.
Leroy était un marquis, le marquis de Montflabert. Il avait l'oreille un peu dure : mais il tenait à siéger !
Brochet était l'auteur de la prière : « 0 sacré cœur de Jésus I ô sacré cœur de Marat! »
Renaudin se considérait comme l'instrument aveugle de la loi. Lorsque la contre-révolution, triomphante, le conduisit à la Conciergerie, il dit : « Je n'étais que la hache dont on se servait; on ne peut pas faire le procès à la hache. »
Chrestien tenait un café où se réunissaient les plus violents d'entre les Jacobins; excellent patriote, courageux et franc, mais exalté jusqu'au délire, il gouvernait despotiquement la section Lepelletier.
Prieur passait le temps des débats à faire en caricature le portrait des accusés dont la physionomie l'avait frappé. En les regardant, il disait : « Celui-ci est de l'anisette de Bordeaux; celui-là est de la liqueur de M. Amphoux. »
Vilate était un prêtre.
La Terreur n'eut pas d'agent comparable à cet homme, auteur d'un livre où il anathématise la Révolution, au nom de l'humanité. Il avait pris le nom de Sempronius Gracchus. Quand Robespierre le vit pour la première fois, c'était dans la compagnie de Barère. « Quel est ce jeune homme? » demanda-t-il. Barère ayant répondu : « Il est des nôtres, c'est Sempronius Gracchus; » Bobespierre répliqua vivement : « Sempronius Gracchus, un des nôtres! Vous n'avez donc pas lu le Traité des offices? L'aristocrate Cicéron, afin de
rendre odieux le projet des deux Gracques, exalte les vertus du père, et traite les enfants de séditieux. »
La sagacité de Bobespierre, en cette occasion, ne s'était point démentie : Vilate fut un double apostat; et il n'est pas sans intérêt de constater ici quels sont ses titres à la confiance de ceux qui le considèrent comme une autorité historique irrécusable! Son acharnement contre les accusés était tel, que. lorsque les débats lui paraissaient durer trop longtemps, il marquait' son impatience par des postures indécentes ou des propos atroces. Il se promenait dans la salle des témoins pendant que ses collègues étaient en délibération, assurant qu'il était toujours convaincu. Un jour, il eut l'impudeur de dire à Dumas , qui présidait l'audience : « Voici l'heure du dîner; les accusés sont doublement convaincus, car en ce moment ils conspirent contre mon ventre. » Brochet, Leroy, Trinchard, Chrestien, Prieur furent des terroristes impitoyables, mais sincères; et leur attitude, à deux pas de la mort, prouva l'énergie de leurs convictions : Vilate fut un sceptique sans entrailles. Quand vint le moment suprême, on ne l'entendit point dire, comme Prieur : « J'ai jugé selon mon opinion; je n'en dois compte à personne; » ou comme Trinchard : « Si 1 on appelle solides ceux qui ont servi la patrie, je suis solide; » ou, comme Leroy : « J'ai jugé en mon âme et conscience; ma tète, est, prête; » ou, comme Chrestien : « Nous sommes prêts. » Vilate, devant l'échafaud, joua le remords, pour sauver sa tète, que cette lâche comédie n'a point sauvée. .
Si, parmi les membres du Tribunal révolutionnaire, il y en eut d'inflexibles, il y en eut d'autres en qui le culte de l'humanité s'associa toujours au sentiment de la justice.
Sur la sensibilité de Naulin, de Sellier, de Maire, deHamy. les témoignages abondent.
Naulin mettait la plus grande fermeté à heurter de liant ceux de ses collègues dont les opinions, trop dures, auraient pu nuire à la défense des accusés.
Maire et Harny, lorsque l'évidence des preuves les amenait à voter la mort, furent quelquefois aperçus versant des larmes.
A'illain d'Aubigny, appelé à déposer sur Chatelet, s'exprima en ces termes : « Je connais Chatelet depuis longtemps ; il n'est personne qui, le connaissant, ne rende comme moi justice à sa bonté, à son patriotisme, surtout aux sacrifices qu'il n'a cessé de faire, depuis les premiers instants de la Révolution, pour obliger ses frères et secourir l'infortune. »
Nous avons eu déjà occasion de parler du menuisier Duplay. Quand la Révolution éclata, Duplay, un des protégés de Mme Geoffnn, possédait une fortune d'environ quinze mille livres de rente en maisons. On ne saurait donc le soupçonner d'avoir cherché dans les troubles de son pays un moyen de s'enrichir. Voici son portrait, tracé par d'Aubigny, un des plus violents adversaires du parti auquel il se dévoua : « J'ai toujours vu Duplay bon père, bon mari, d'une probité sûre, d'un caractère doux et indulgent, incapable de .ployer sa probité aux caprices de quelques ambitieux. » A quelles qualités Bobespi e dut-il l'attachement de Duplay et de toute sa famille? Lebas (de l'Institut), qui, mieux que personne, l'ut dans le secret de cet attachement, a répondu: « A la douceur de son caractère. à la facilité de son commerce et à la bonté de son cœur Duplay recevait chez lui Camille Desmoulhis, Buonarotti, Lebas. Ce dernier, amateur passionné de la musique italienne, se faisait entendre dans ces réunions intimes, où Buonarolli tenait le piano. Lorsque la soirée n'était point consacrée à la
musique, elle l'était à la lecture des plus belles tragédies de Racine, que Lebas et Robespierre déclamaient avec beaucoup
d'à me.
Duplay n'avait accepté qu'avec répugnance les fonctions de juré au Tribunal révolutionnaire. Il les exerça rarement, et n'assista ni au jugement de Marie-Antoinette ni à celui de Madame Elisabeth. Un jour qu'il avait siégé comme juré, son hôte lui demanda vaguement ce qu'il avait l'ail au Tribunal. ■ ■ Maximilien, lui répondit il, jamais je n'ai cherché à connaître ce que vous faites au Comité de salut public. » Robespierre, sans répliquer, lui serra affectueusement la main. De tous les jurés qui figurèrent dans le procès intenté à Fouquier-Tinville, il n'y en eut qu'un d'acquitté, à la fois sur le l'ail et sur l'intention : ce fut l'hôte, l'ami, l'admirateur passionné de Robespierre; ce fut Duplay.
Nous compléterons ce tableau du Tribunal révolutionnaire par une citation qui répond à deux calomnies :
« Prieur ne buvait pas de vin; Vilate ne prenait que du lait; Trinchard prenait du café ou du chocolat ; les autres jures ne buvaient le matin qu'un carafon; le soir, ils avaient une bouteille de vin. Lorsque le garçon portait un bouillon dans la chambre des jurés, il sortait aussitôt. Je n'ai pas connaissance qu'il soit entré des étrangers clans cette chambre pendant les délibérations. Ganney, pour qu'on n'entendit pas, (Mail la clé de la porte qui est dans l'escalier. »
Voilà à quoi se réduit l'histoire des orgies dont la buvette du tribunal était le, théâtre, et des influences étrangères qui pesaient sur les délibérations de ses membres!
Une chose bien digne de remarque, c'est que les hommes de la Révolution sont les seuls qui aient compris qu'un dédommagement est dû aux victimes de poursuites injustes. Un décret spécial assurait aux accusés qu'on acquittait une indemnité proportionnée à la durée de leur détention.
Il est juste de reconnaître que, souvent, le Tribunal révolutionnaire fut le théâtre de scènes où la justice et la vérité reçurent de solennels hommages. Un jour, un vieillard, nommé Delhorre, et sa femme, sont traduits devant le sombre aréopage pour propos tendant au rétablissement de la royauté et à l'avilissement des pouvoirs constitués. Le fait ne fut pas prouvé : verdict d'acquittement. Mais voilà qu'à leur tour les témoins sont accusés de faux témoignages. Tous les assistants frémissent d'horreur. Le Tribunal ordonne sur-le-champ que les témoins soient arrêtés pour être jugés sans délai. La femme de Delhorre, saisie d'un mouvement de compassion générei se, implore la grâce de ses calomniateurs. L'auditoire est ému, les larmes coulent; mais le peuple demande justice el applaudit à la sentence du Tribunal en criant : « Vive la République! »
Du 24 brumaire (14 novembre' au 1 1 nivôse (31 décembre), les principaux personnages que condamna le Tribunal révolutionnaire furent Manuel, les généraux Brunet et Bouchard, Grirey-Dupré, le général Lamarlière, Barnave, Duport-Dutertre, Kersaint, Rabaud-Saint-Étienne, la du Barry, Biron..
La condamnation de Manuel fui motivée sur ce qu'il avait facilité l'évasion du prince de Poix, sur ce qu'il s'était oppose à 1 incarcération de la famille royale au Temple, sur ce qu'il avait hautement gémi de la sentence rendue contre Louis XVI, et, chose remarquable! sur ce qu'il avail trempé dans le.; masacres de septembre. Il mourut sans courage.
Tout autre se montra devant Péchafaud le général Brunet. Mais ce n'était pas le sentiment de son innocence qui pouvait fortifier son cœur, car des pièces produites el de ses propres lettres résulta la preuve que, non content de refuser d'envoyer cinq bataillons contre les rebelles de Toulon <■•
de Marseille, il avait entretenu avec eux une correspondance, suivie.
Contre Houchard, il pouvait y avoir des apparences, il n'y avait pas de preuves. Esprit timide, âme intrépide, ses hésitations à Hondschoote ne démontrent nullement qu'il y fut vainqueur malgré lui, et les autorités militaires ne s'accordent pas sur le point de savoir s'il lui eût été possible, après la victoire, de jeter les Anglais dans la mer. En tout cas, une faute n'est pas un crime; et, quant aux trois millions que le duc d'York aurait promis à Houchard si ce dernier lui laissait prendre Dunkerque, il faudrait, pour établir historiquement un l'ait de cette importance , autre chose qu'un propos de table tenu devant Levasseur. La défense de l'infortuné général fut d'une simplicité touchante et forte : « J'ai toujours été attaché aux succès de la Révolution française. De simple lieutenant, devenu général en chef, quel intérêt avaisje à trahir la nation, à passer à l'ennemi? Il m'aurait haché par morceaux pour tout le mal que je lui avais fait. J'ai pu commettre des fautes; quel général n'en commet pas? Mais je ne suis point un traître. Les jurés me jugeront selon leur conscience : la mienne est pure et tranquille. » Malheureusement pour l'accusé, l idée alors dominante était que la Révolution périrait le jour où la hache aurait cessé de faire contre-poids à l'épée; et cette crainte, qui conduisait si facilement au soupçon, rendait le soupçon impitoyable. Houchard avait été transféré à la Conciergerie le 9 novembre ; le 15, il comparaissait le Tribunal; le 16, il était mort.
Ici, un rapprochement se présente. Dans la séance du 7 août, c'est-à-dire un peu plus de trois mois auparavant, le général Aubert-Dubayet avait été appelé à la barre de la Convention pour y raconter le siège de Mayence. On l'annonce, il entre, et sa présence est le signal des plus vifs transports. Plusieurs députés, courant à lui, le serrent dans leurs bras. Maure demande que le président lui donne le baiser fraternel. au nom de la République, et c'est ce que Danton, qui présidait, s'empresse de faire, au milieu d'un attendrissement universel.
Ainsi, les grandes défiances de la Révolution à l'égard des hommes d'épée ne l'empêchaient pas d'offrir les plus belles de ses couronnes civiques à ceux d'entre eux dont la fidélité était sans nuage; et si, en poursuivant la trahison, il lui arriva de s'égarer, que de fois sa lourde main ne s'abaissa-t-elle pas sur des coupables? Un écrivain royaliste, Michaud, assure que le général Lamarlière, dont la condamnation suivit de près celle du général Houchard, fut traduit, au Tribunal révolutionnaire sur un chef d'accusation ridicule, savoir : lalettre d'un émigré adressée à une inconnue. Rien de plus inexact: les charges, au contraire, étaient accablantes. On l'accusait d'avoir voulu livrer Lille à l'ennemi, et d'avoir préparé le succès de cette horrible trahison : en faisant ouvrir les portes à t, mies les heures de la nuit, sans égard aux représentations du commandant de la place, que Custine lui avait irrégulièrement subordonné; en accumulant un grand nombre de prisonniers dans la citadelle, malgré la faiblesse de la garnison el la rareté des vivres; en souffrant que des parlementaires ennemis fussent introduits sans avoir les yeux bandés; en logeant dans la citadelle, avec liberté de la parcourir, un aide de camp et un trompette ennemis, soupçonnés d'être des espions; en s' abstenant de transmettre au commandant de la place la série des mots d'ordre; en parlant de faire sortir delà ville une portion considérable de l'artillerie, au moment même où il s'apprêtait à fortifier les trois faubourgs de Lille et à distribuer ainsi sur trois points une garnison que son exi-
RÉGIME DE LA TERREUR
guïté y eût livrée à une destruction certaine. Ce n'étaient certes pas là de légers griefs ; et leur réalité fut établie par la correspondance de l'accusé, par les témoignages écrits des généraux Favart et Dufrêne, par celui de l'adjudant général Merlin-Lej l'une, enfin par les témoignages oraux des représentants du peuple Duchène et Lesage-Sénault, qui l'un et l'autre avaient été en mission auprès de Lamarlière.
Pour ce qui est de Girey-Dupré, de Rarnave, de Kersaint, de Rabaud-Saint -Etienne, qui furent frappés successivement par le Tribunal révolutionnaire, dans les derniers jours de no vembre et au commencement de décembre, c'étaient de généreux esprits, et leur sort a droit à la pitié; mais comment taxer la Révolution de cruauté froide et d'iniquité, lorsqu'on rapproche les causes de leur condamnation des circonstances où elle fut prononcée?
De tous les Girondins, pas un n'avait fait d'aussi brûlants appels à la guerre civile que Girey Dupré, pas un n'avait sonné la charge contre la Montagne avec plus de fureur. C'était lui qui, transformant Danton en complice de Cobourg. tonnant contre un triumvirat qui n'exista jamais, et, jetant en Rretagne une torche allumée, avait en ces termes pressé la province de marcher sur Paris :
Quoi ! sur cette place fameuse Qui fume encor du sang breton, On verrait la troupe hideuse Et de Cobourg et de Danton !
Brisons les sceptres sanguinaires D'un triumvirat criminel.
Au rendez-vous du Carrousel Nous allons embrasser nos frères.
On sait quel fut le résultat de ces excitations néfastes. Arrêté à Rordeaux, où il était allé attiser la révolte départementale, Girey-Dupré fut conduit à Paris, et comparut devant le Tribunal révolutionnaire, le 1er frimaire (21 novembre). Sa défense ayant consisté à désavouer toute participation à l'insurrection girondine, il est permis de mettre en doute cette réponse que lui prête, au sujet de Rrissot, Riouffe, qui était alors en prison : « Rrissot a vécu comme Socrate ; il est mort comme Sidney. » Quoi qu'il en soit, Girey-Dupré, à ses derniers moments, déploya le même courage et la môme violence de caractère qu'il avait apportés dans sa lutte contre la Montagne. La charrette qui le conduisait à la guillotine ayant passé devant la maison de Duplay, et le hasard ayant voulu qu'eu cet instant les filles du menuisier se trouvassent à la fenêtre, il se mit à crier : « A bas les tyrans ! à bas les dictateurs ! » et répéta cette exclamation jusqu'à ce qu'il eût perdu la maison de vue.
Huit jours après, le 9 frimaire (29 novembre), Rarnave fut appelé, à son tour.... Nul n'avait été plus avant que lia dans la faveur populaire ; nul n'avait travaillé plus ardemment que lui à saper les fondements de l'ancienne monarchie. Mais il n'était pas encore à mi-chemin que la lassitude le prit. « Il n'y a point de divinité en toi, » lui disait un jour Mirabeau. Ce mot qui, appliqué à l'éloquence de Rarnave, était trèsjuste, l'était aussi appliqué à son caractère. C'était un homme naturellement froid, et qui faisait consister, comme il l'a écril lui même, l'élévation d'esprit dans la mesure. Quand il vit de quel impétueux élan la Révolution courait vers dés régions inexplorées, un grand trouble s"empara de lui ; et le retour de Varenne, en lui donnant Marie-Antoinette à protéger, acheva de changer la direction de ses sentiments. C'est alors qu'on le trouve désertant peu à peu le parti dont il était un des 1 -, puis s'engagent dans mie voir tortueuse', se faisanj
avec Duport et Lameth le mystérieux conseiller de la reine, lui écrivant, et, lorsqu'il eut à quitter Paris, recevant d'elle, pour récompense, l'honneur de lui baiser la main : dangereux honneur, qu'il lui fallut cruellement expier !
Le 15 août 1792, Larivière, qui avait été envoyé aux Tuileries en qualité de commissaire de l'Assemblée, communiquait à ses collègues une pièce qu'il venait de découvrir dans Le secrétaire de Louis XVI. Le titre, qui, écrit en marge de l'original, paraissait être de la propre main du roi, portait : Projet du comité des miniaires concerté avec MM. Alexandre Lameth et Barnave.
Quant au document, qui était de la main du ministre de Lessart, voici quelle en était la teneur :
« 1° Refuser la sanction (du décret relatif aux prêtres et aux émigrés) ;
« 2° Ecrire une nouvelle lettre aux princes d'un ton fraternel et royal ;
« 3° Nouvelle proclamation sur les émigrants, d'un style ferme , et marquant bien l'intention de maintenir la Constitution ;
« 4" Réquisition motivée aux puissances de ne souffrir sur leur territoire aucuns rassemblements, armements ou préparatifs hostiles ;
« 5° Établir trois cours martiales, et faire, s'il est nécessaire, de nouvelles dispositions relativement aux démissions, désertions, remplacements, etc. »
Suivaient des conseils sur le langage que devaient tenir à l'Assemblée les ministres de la justice, des affaires étrangères, de la guerre, de l'intérieur; et, comme conclusion : « On estime que le roi ferait une chose extrêmement utile, en demandant à chaque département un certain nombre d'hommes pour être placés dans sa garde. »
Un semblable document ne contenait rien que Rarnave n'eût été en droit de soutenir à la tribune; mais il prouvail que Rarnave entretenait avec la cour des intelligences secrètes que lui interdisait sa qualité de représentant du peuple, et cela dans un moment où la cour conspirait contre la Révolution. Aussi, quoiqu'on ne connût pas encore l'existence de l'armoire de fer, il n'y eut qu'un cri dans l'Assemblée sur le caractère criminel de la pièce lue par Larivière. « Cette pièce, dit Cambon, convaincra les plus incrédules de la réalité du foyer de conjuration qu'on vous a dénoncé sous le nom de Comité autrichien. » Et il demanda que les deux ex-constituants fussent décrétés d'accusation, ce que l'Assemblée vota unanimement.
Rarnave fut donc arrêté dans sa maison île campagne, à Saint-Robert, et conduit à Grenoble, d'où, après six mois de captivité, il fut transféré au fort de Rarreaux. Ses amis s'adressèrent, pour le sauver, à Danton et à fiazire. Mais Danton se contenta de faire conseiller au prisonnier d'écrire une lettre à la Convention, humble démarche à laquelle celui-ci se refusa noblement; et Razire répondit avec tristesse à Roiss\ d'Anglas, qui sollicitait son intervention : « J'ai moins d'influence que vous, et vous ne tarderez pas à le voir. » De sorte qu'à la fin de novembre l'infortuné Rarnave était à Paris! Pendant le trajet, il avait écrit à sa sœur : « J'ai quitté hier ma mère et Julie.... et je vais peut-être m'éloigner pour toujours de toi. Ce moment est cruel, mais ne nous l'exagérons pas.... Je suis jeune encore, et cependant j'ai éprouvé tous les biens et tous les maux dont "se forme la vie humaine. Doué d'une imagination vive, j'ai cru longtemps aux chimères; mais j'en suis désabusé, et, au moment où je me vi prêt à quitter la vie, les seuls biens que je regrette sont l'amitié (personne plus que moi ne pouvait se flatter d'en goû-
1er les douceurs) et la culture de l'esprit dont l'habitude a souvent rempli mes journées d'une manière délicieuse. »
Si, même a\ant que la preuve complète des complots de la cour eût été acquise, la conduite de Barnave avait paru coupable à tous les membres de l'Assemblée législative, combien ne dut-elle pas paraître plus coupable encore, en novembre 1793, au Tribunal révolutionnaire? Il fut condamné, en compagnie de Duport-Dutertre. Sur l'échafaud, après avoir harangué le peuple, il jeta les yeux sur le couteau, et ses dernières paroles furent : « Voilà donc le prix de ce que j'ai fait pour la liberté ! >>
Dans sa défense, il lui est échappé de dire : « J'atteste sur ma tête que jamais, absolument jamais, je n'ai eu avec le château la plus légère correspondance; que jamais, absolument jamais, je n'ai mis les pieds au château. » Que penser de cette dénégation si formelle, mais intéressée, quand on la rapproche, et du récit, parfaitement désintéressé, de Mme Campan, et du document qui motiva le décret d'accusation ?
L'exécution de Kersaint, le 15 frimaire (5 décembre); celb de Rabaud -Saint-Etienne, qui eut lieu le même jour, et la mort de Glavière, qui, le 9, se frappa d'un coup de couteau, dans la chambre où il était détenu, furent la suite trop facile à prévoir, héias ! du grand drame de la Gironde vaincue.
La guillotine attendait une moins noble victime: le 18 frimaire (8 décembre;, Mme du Rarry expia sous la main du bourreau les avilissantes splendeurs de sa fortune passée. En 1792 et 1793, elle avait fait plusieurs voyages en Angleterre. pour poursuivre les auteurs d'un vol de diamants dont elle avait éié victime en janvier 1791. La crainte d'encourir la rigueur des lois portées contre les émigrés l'ayant ramenée en France, elle fut dénoncée « pour avoir dissipé les trésors de l'Etat, conspire contre la République et porté, à Londres, le deuil du tyran. » Devenue la maîtresse du duc de Brissac, elle habitait Lueiemies, et elle y avait été arrêtée, une première fois, dans la nuit du 30 au 31 août 1792, pour avoir caché dans sa maison Montsabré, ancien page, trouvé blotti au fond d'une chambre qu'on avait longtemps refusé d'ouvrir, sous prétexte qu'elle était condamnée, et pour ses relations avec M. de Brissac, alors détenu à Orléans. Arrêtée de nouveau le 28 septembre 1793, et déclarée coupable par le Tribunal révolutionnaire, elle ne put affronter l'idée de la mort sans tomber dans une sorte de délire, annonça des révélations, se fit conduire à l'Hôtel de Vide et y accusa au hasard deux cent quarante personnes. Sur le chemin du supplice, (die criait d'un air égaré à la foule qui la poursuivait de ses injures : « Bon peuple, délivrez-moi. Je suis innocente!» Elle se débattit contre l'exécuteur d'une manière lamentable: ■ Monsieur le bourreau, lui disait-elle., ayez pitié de moi I Un moment encore! plus rien qu'un moment! »
El à ce bruit, de la hache qui chaque jour se levait et retombait, d'affreux émules du Père Duchesne répondirent trop souvent par des déclamations forcenées. Au 31 mai, Guffroy, avocat du Pas de-Galais. s était fait l'éditeur d'un journal qu'il avait intitulé Rougiff, anagramme de son nom. Les extraits suivants montreront à quel langage certains écrivains ne rougissaient pas de descendre.
:< Les complices de cette guenon (Charlotte Gorday) n'ont pas tous été rasés comme elle. Ils le seront; pas vrai, Chariot?— C'est '■ni-o. moment qu'il faut dans chaque maison, dans chaque rue,
des argus patriotes \llons! vite, allons! que la guillotine
soii en permanence dans toute la République. Tribunaux, à l'ouvrage! — Le fluide du corps politique était vicié; on ne le purge pas, on le fail couler. — La Tour-du-Pin est pris; Altier. ci-devan1 prieur, est pris; vingt-huit mille Marseillais,
républicains à la Rarbaroux, sont pris. Eh bien! vite, ma recette. Allons, dame guillotine, rasez de près tous ces ennemis de la patrie. Allons, allons! pas tant de contes! Tête au sac »
Notons d'avance que le rédacteur de ce journal atroce figura plus tard au premier rang des sanglants comédiens du 9 thermidor, au premier rang des terroristes qui prétendirent vouloir tuer la Terreur dans la personne de Robespierre !
Lui, cependant, il combattait ces encouragements au meurtre par l'exposé d'une politique sévère, mais juste : « Comme on est tendre pour les oppresseurs, s'écriait-il, et inexorable pour les opprimés! Grâce pour les scélérats? non; grâce pour l'innocence ! grâce pour les faibles ! grâce pour les malheureux I grâce pour l'humanité! » — «Malheur à celui qui, confondant les erreurs inévitables du civisme avec les erreurs calculées de la perfidie ou avec les attentats des conspirateurs, abandonne l'intrigant dangereux pour poursuivre le ûïtqi en paisible! N'existât-il dans toute la République qu'un seul homme vertueux persécuté par les ennemis de la liberté, le devoir du gouvernement serait de le rechercher avec inquiétude et de le venger avec éclat. »
Il y avait loin de là au langage de Barère, lorsqu'il énonçait ce prétendu axiome : » 11 n'y a que les morts qui ne reviennent pas ; » ou à celui de Gollot-d'Herbois, lorsque, trouvant trop douce la déportation dans les déserts de la Guyane française, il disait ; « 11 ne faut rien déporter; il faut détruire et ensevelir dans la terre de ia liberté tous les conspirateurs. »
Au reste, si le lecteur veut être équitable, qu'il ne perde pas un seul instant de vue les circonstances, et avec quel empire elles s'imposèrent aux âmes les moins orageuses. A ceux qui se plaignaient de trop de rigueur , Çhamfort répondait : t. Voudriez- vous qu'on nettoyât les écuries d'Augias avec un plumeau !» Et à qui lui reprochait de prêcher le désordre : Quand Dieu créa le monde, le mouvement du chaos dut faire trouver le chaos plus désordonné que quand il reposait dans un désordre auguste. »
Aussi bien, le déchaînement des plus terribles colères ne fut pas sans laisser place aux inspirations de l'humanité, témoin tant de mesures bienfaisantes prises par le Comité de. salut public, et, pour n'en citer que quelques-unes, celle qui ordonnait de pourvoir aux besoins des otages détenus à l'Abbaye; celle qui enjoignait aux administrations de police de veiller à ce q*'aucune exaction ne fût commise en ce qui touchait l'approvisionnement des prisonniers; celle qui concernait l'assainissement de la Conciergerie; celle qui avait pour objet de parer à l'inconvénient de la luerie des bestiaux à l'Archevêché, où il y avait des malades; celle qui faisait passer à Mayence trois cent mille livres destinées au soulagement des Français captifs ; celle qui chargeait le Conseil exécnlif de s'occuper du sort des prisonniers ennemis; celle qui ouvrait le Val-de -Grâce aux femmes en couche et aux enfanls trouvés.
Il importe aussi de rappeler quels transports excita toujours le triomphe de l'innocence reconnue.
Un député, nommé Robert, avait été dénoncé comme violateur de la loi contre les accapareurs des objets de première nécessité, à cause de plusieurs pièces de rhum trouvées chez lui. Le châtiment, c'était la mort. Joseph Lebon parait à la tribune; il dit qu'une loi obscure est comme si elle n'existait pas; il demande qu'on renvoie au Comité de saint public la question de savoir si le rhum est compris parmi les objets de première nécessité. On applaudi! de toutes parts, et le renvoi esi décrété à l'instant même.
REGIME DE LA TERRE! I
Le fils il lui marchand avait écrit sur la porte du magasin de son père, pendant l'absence de ce dernier, Magasin de vin en gros, sans détailler, conformément aux prescriptions de la loi, la quantité et la qualité de ces vins. Le scandale des accaparements, à cette époque de disette et de souffrance, avait provoqué une répression impitoyable : le marchand est traduit au Tribunal révolutionnaire, et, dans les questions posées au jury, celle qui était la plus favorable à l'accusé ayant été omise, on le condamne. Une lettre de Gohier en informe aussitôt l'Assemblée, qui. au milieu des applaudissements et à l'unanimité, décrète que la condamnation sera suspendue. Danton se lève, et d'une voix pleine d'émotion : « L'on s'honore, dit-il, quand on sauve un innocent. » Les applaudissements recommencent. « Je vole, continue-t il, signifier moimême le décret que la Convention vient de rendre. » Il sort, el plusieurs de ses collègues se précipitent sur ses pas pour aller arrêter l'exécution du jugement.
Oui, si l'on étudie avec bonne foi la Révolution, dans la marche îles hommes qui véritablement représentèrent songé nie, on verra qu'elle fut aussi sincère qu'inexorable. Enveloppée par l'intrigue et la trahison comme par une nuit épaisse, et forcée de combattre des ennemis qu'elle n'aperçut le plus souvent qu'à la lueur des éclairs, il lui arriva sans nul doute d'égarer ses coups sur des innocents; mais ceux-là mêmes, elle ne les frappa que parce qu'elle eut le malheur de les croire coupables.