‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 2)Chapitre 51 sur 146 · ROBE-PIERRE JEUNE · texte numérisé non relu

ROBE-PIERRE JEUNE

Si l'on songe que cette lettre n'était point destinée à voir le jour; qu'elle appartient à une correspondance toute confidentielle, dont les « assassins des deux frères devaient seuls violer le secret, » et, si, en outre, on remarque que la forme même de cette communication intime implique un accord absolu de sentiments et de pensées entre celui qui écrit et celui auquel on écrit : « Ne crains point que je me laisse affaiblir par dts considérations particulières, etc., » on aura une preuve de plus, et bien frappante, à ajouter à toutes celles qui nous montrent dans Robespierre l'homme le plus calomnié qui ait jamais paru sur la scène du monde!

Et, certes, son frère ne le trompait pas en lui mandant qu il avait fait adorer la Montagne. >■ (Test lui, écrivait la société populaire de Manosquê, c'est lui qui, avec Bicord, a sauvé Manosque de l'injustice et .de la tyrannie du Midi. Il s'esi immortalisé par sa générosité et sa clémence. »

Pendant ce temps, que se passait-il à Lyon?

Le 8 brumaire (29 octobre), Collot-d'Herbois, à Paris, s'était écrié : « Je pars demain, et je proteste que je reviendrai vous apprendre que le Midi est purifié. » Le 13 brumaire (3 novembre), l'homme que Lyon avait connu comédien y entrait en maître.

On a prétendu qu'il y avait été sifflé autrefois et que le désir de venger cette injure embrasait son sang : invention de la haine! Un écrivain royaliste, qui n'a pas contre Collotd'Herbois assez d'anathèmes, dit à ce sujet ; « Quoique j'habitasse Lyon au temps où l'on prétend que Collot y fut sifflé, et quoique les événements de ce genre fussent racontés dans toutes les sociétés..., je n'ai jamais ouï dire que Collot eût reçu une pareille mortification dans notre ville, où son espèce de talent plaisait beaucoup. » Ses mœurs d'ailleurs et son attitude n'étaient nullement d'un homme vulgaire, à l'époque dont on parle. Littérateur autant qu'acteur, il se conduisait avec dignité, était reçu dans le monde, et figura même dans les fêtes données par le fameux et infortuné Flesselles, alors intendant du roi à Lyon. Les excès auxquels il s'emporta furent donc l'effet d'une organisation viciée et d'une exaltation d'esprit que déprava la Toute-Puissance. Encore est-il douteux qu'il eût marché d'un pas assuré dans la voie du meurtre, s'il avait été seul; malheureusement, le 7 brumaire au soir. Fouché parut.

De ces deux natures de tyran, la plus calme était la plus redoutable. Collot-d'Herbois avait des transports furieux; mais chez lui, du moins, l'ivresse du sang avait besoin d'être soutenue par celle du vin . la cruauté de son collègue était froide comme l'acier. Collot-d'Herbois cherchait des sophismes, pour s'encourager à être impitoyable ; il disait ■ « C'est faire un grand sacrifice que d'oublier la sensibilité physique, afin de ne songer qu'à son pays. » Fouché écrasait les hommes en marchant, par pur mépris de l'âme humaine ; il écrivait, lui qui devait devenir le lléau des républicains : « Il faut que tout ce qui est opposé à la République ne présente aux yeux des républicains que des cendres et des décombres. »

On a vu combien la politique de Goutbon, à Lyon, avait été modérée. Fidèle à la doctrine professée par Robespierre sur la nécessité de ne jamais confondre la faiblesse avec le crime, les grands coupables avec ceux qu'ils égarent, Couthon avait institué deux Commissions strictement soumises à l'observation des formes, et tenues « de distinguer entre le conspirateur et les malheureux qu'avaient entraînés l'aveuglement, l'ignorance, surtout la pauvreté. » Une lettre adressée à Robespierre et trouvée, après sa mort, parmi ses papiers, exprime vivement l'impression qu'avait laissée dans l'esprit des Lyonnais la conduite de Couthon, comparée à celle de ses succès-

LES PROCONSULS

seurs ■ « Ah! si le verhieux Couthon fût resté à Commune- Affranchie, que d'injustices de moins!... Le coupable seul eût jjeii. Mais Collot!... »

Aussi le, premier acte du nouveau proconsul lut-il de décrier à mots couverts la politique de son prédécesseur. Il manda au Comité de salut public que bien îles embarras naissaient

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