‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 2)Chapitre 87 sur 146 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ROBESPIERRE VEUT ARRÊTER LA TERREUR

ependant , Robespierre se préparait pour la

crise suprême qui allait décider de son sort et

des destinées de la République.

Jamais situation ne fut plus formidable que

la sienne. Placé entre les ultra-révolutionnaires, dont les excès lui faisaient horreur, et les contre-révolutionnaires, auxquels il s'était bien promis de faire une guerre à mort, il marchait le long d'un étroit sentier, tracé, à une hauteur effrayante, entre deux précipices. Malheur à lui, s'il penchait trop à gauche ! Et, s'il paraissait pencher à droite, malheur à lui ! Prendre son parti de la Terreur, en accepter la responsabilité à tout risque, se livrer aux furies, en compa-

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gnie des Youland, des Yadier, et plonger la Révolution dans k sang jusqu'à ce qu'enfin elle y pérît suffoquée, sa raison l'en empêchait, alors même que sa conscience ne le lui aurait pas interdit. Il savait que l'extrême violence et la durée sont choses incompatibles; il comprenait que le ressort de la Terreur avait été manié trop rudement, pour n"être point à la veille de se briser.

D'un autre côté, il tremblait, en cherchant une issue à la situation , d'ouvrir une porte à tous les réactionnaires coalisés. Il se rappelait avec quel succès les royalistes étaient parvenus à envelopper dans leur alliance l'imprudente Gironde, et par quelle bruyante affectation de sympathie ils avaient irrévocablement compromis les Cantonistes. Était-il donc ré serve à fournir le sujet du troisième acte, dans cette comédie funeste? Donnerait- il aux Terroristes des deux Comités, ses ennemis , l'occasion de crier : « Le voilà qui mollit à son tour?» On était si porté alors à transformer en trahison la faiblesse, ou ce qui en avait l'apparence ! Parmi lés révolutionnaires violents, il y en avait de très- sincères, et dont le vertige tenait à une conviction profonde de la nécessité d'être inexorable : cette force, fallait-il risquer de la mettre contre soi , et la livrer aux énergumènes sans conscience , à qui la question était précisément d'arracher leur sceptre d'airain?

Dans ces conjonctures critiques, le programme politique que Robespierre iesolut.de porter à la Convention, après l'avoir développé dans le club des Jacobins, fut celui-ji : « Guerre persévérante aux contre-révolutionnaires conspirateurs; mais, en même temps, guerre aux Terroristes oppresseurs de l'innocence. •>

Dangereux programme, qui créait à Robespierre, dans l'un et l'autre camp, des ennemis mortels, mais qui témoigne de son courage, en expliquant sa chute, et honorera éternellement sa mémoire !

Le 1er juillet (13 messidor), il se rend aux Jacobins, demande la parole, et commence par ces mots solennels, qui montrent assez qu'il ne se faisait aucune illusion sur le péril :

« Il est temps, peut être, que la vérité fasse entendre dans cette enceinte des accents aussi mâles et aussi libres que ceux dont cette salle a retenti dans toutes les circonstances où il s'est agi de sauver la patrie. »

Puis, allant droit au fait : « Quand les factions sont audacieuses, dit il, quand l'innocence tremble pour elle-même, la République n'est pas fondée sur des bases durables. » Et, après avoir protesté contre ceux qui taxent de cruauté la sévérité employée à l'égard des conspirateurs, il ajoute :*« L'homme humain est celui qui se dévoue pour la cause de l'humanité, et qui poursuit avec rigueur et avec justice celui qui s'en montre l'ennemi: on le verra toujours tendre une main secourable à la vertu outragée et à l'innocence opprimée. »

Mais fallait-il que la protection vigilante due à l'innocence allât jusqu'à couvrir d'une indulgence systématique les enn •mis de la Révolution, reconnus tels, et les artisans de complots? Fallait-il confondre k culte de l'humanité avec le desarmement de la justice, et favoriser le triomphe de cette grande calomnie : que le Tribunal révolutionnaire avait été organisa « pour égorger la Convention elle-même? » Voilà ce que Robespierre désignait comme une manœuvre révolutionnaire ; voilà ce dont il accusait la « faction des indulgents, » et il avait soin de faire remarquer que l'humanité des agents de cette faction consistait à parer les coups portés aux ennemis de l'humanité, en cherchant sans cesse l'occasion de frapper les patriotes.

Venant aux calomnies dirigées contre lui : « A Paris, on dit que c'est moi qui ai organisé le Tribunal révolutionnaire

pour égorger les membres de la Convention, et je suis dépeint comme un tyran, comme un oppresseur de la représentation nationale ; à Londres, on dit qu'on imagine en Franc de prétendus assassinats, pour me faire entourer d'une garde militaire. Ici l'on dit, en parlant de la Renault, que c'est une affaire d'amourette, et qu'il faut bien croire que j'ai fait guillotiner son amant. C'est ainsi qu'on absout les tyrans, en attaquant un patriote isolé qui n'a pour lui que son courage e1 sa vertu. »

A ces mots, une voix des tribunes ayant crié : « Robespierre, tu as tous les Français pour toi, » « La vérité est mon seul asile, reprit-il avec tristesse; je ne veux ni partisans ni éloges; ma défense est dans ma conscience. »

Il termina, en « invitant les bons citoyens à dénoncer les actes d'oppression; » mais en déclarant que, si on le forçait à renoncer à une partie de ses fonctions, il n'en continuerait pas moins , comme représentant du peuple , de « faire une guerre à mort aux tyrans et aux conspirateurs. »

D'une part, on le voit, il annonçait bien haut sa résolution de défendre énergiquement la Révolution , tant qu'elle serait attaquée ; et, d'autre part, il se portait l'adversaire de quiconque tirerait de cette nécessité de la défendre un prétexte de tyrannie, l'adversaire de quiconque osait dire, à l'exemple de Collot-d'Herbois : « Il est bien question, en Révolution, du juste ou de l'injuste ! »

Ce qui indignait surtout Robespierre, et il ne s'en était jamais caché, c'est qu'on fit peser la Terreur sur les pauvres, sur les ignorants, sur beaucoup d'esprits simples, faciles à séduire et à entraîner. Voilà ceux en faveur de qui il aurait voulu voir appliquer cette politique d'indulgence dont on ne parlait que lorsqu'il s'agissait des chefs. Il lui paraissait affreux qu'une Révolution, dont le bonheur du peuple était le but, devînt pour le peuple un sujet d'effroi.

Et en effet, quand on consulte les listes du Tribunal révolutionnaire, on y voit, confondus pêle-mêle, princes et concierges, duchesses et femmes de chambre, mar puis et charretiers, magistrats et laboureurs, prêtres et artisans. Il est même à remarquer que les classes aisées ne figurent que pour le nombre de six cent cinquante dans le chiffre total des guillotinés, qui fut de deux mille sept cent cinquante 1 Les choses en vinrent à ce point que les deux Comités durent enfin proposer, par l'organe de Vadier , un décret qui ordonnait la mise en liberté proùsoire de ceux des suspects qui, dans les campagnes , bourgs ou communes de moins de douze cents habitants, se trouvaient appartenir à la classe des laboureurs, manouvriers , moissonneurs, brassiers et artisans. Etaient exceptés ceux d'entre ces pauvres gens qui avaient été emprisonnés comme complices d'un « crime de haute trahison ! »

Robespierre n'avait cessé de s'élever contre ce système de porter « la Terreur dans toutes les conditions, et d'ériger en crimes, ou des préjugés incuiables, ou des choses indifférentes, pour trouver partout des coupables, et rendre la Révolution redoutable au peuple même. »

Le 9 juillet (21 messidor), il se plaignit aux Jacobins, avec beaucoup d'amertume et d émotion, de ce qu'on avait arrêté des artisans qui n'étaient coupables que de s'être enivrés dans un jour de fête. Sans doute l'ivresse était une maladie dont il fallait guérir les hommes; mais quel remède, que cette intolérance farouche, qui transformait en attentat un mouvement de gaieté! Était-ce donc ainsi qu'on entendait l'application de la loi qui avait mis la probité et la vertu à l'ordre du jour? Ceux qui lui donnaient cette interprétation méchante et hypocrite ne pouvaient être que de faux patriotes, d'autant moins

indulgents à l'égard des malheureux, qu'ils l'étaient davantage envers les aristocrates.

Avec plus de véhémence encore, Robespierre dénonça un certain Magenthies , auteur d'une pétition qui réclamait la peine de mort contre quiconque prononcerait un jurement dans lequel le nom de Dieu serait mêlé. Dans ces exagérations barbares, un sûr instinct lui faisait deviner une manœuvre de la contre-révolution.

Mais, pendant qu'il s'attachait ainsi à briser le masque de vertu dont certains hommes se couvraient , d'autres prenant le masque de l'égalité, essayaient d'inaugurer l'ère des repas fraternels en plein air. Tel qu'on venait d'entendre parlant, chez lui, à ses domestiques d'une voix rude et méprisante, allait se placer à côté d'eux dans les banquets publics; et, le verre à la main, criait avec affectation : « A ta santé, Picard! » Rien, certes, n'eût été plus touchant que ces réunions civiques, s'il eût été possible de croire sincère le sentiment qui les avait provoquées; mais comment y voir autre chose qu'une stratégie de la réaction, alors que la lutte des idées, des intérêts et des passions se produisait sous ses aspects les plus terribles, alors que la haine grondait au fond des âmes, où l'effroi ne dominait pas, alors que le sang ruisselait sur l'échaf'aud? « Je ne sais, dit l'agent national Payan devant le Conseil général de la Commune, si ce sont des sans culottes qui composent ces repas; mais j'ai vu des tables splendidement servies Je démêle vos intentions du moment, messieurs les aristocrates : depuis le commencement de la Révolution, vous donniez le payement de vos contributions pour preuve de votre civisme; sous Hébert et Chaumette, vous assuriez que vous aviez pris le bonnet rouge et la carmagnole ; aujourd'hui, vous nous direz que vous avez assisté au repas fraternel de votre section ... Je déclare, au reste, que je m'opposerai à toutes les mesures rigoureuses que l'on pourrait proposer contre ces repas prétendus fraternels. Il suffit d'indiquer au peuple le piège pour qu'il s'en éloigne.... Les aristocrates, dévoilés, n'oseront plus se montrer à ces banquets publics, et la petite maîtresse cessera de venir crier dans les rues : « Voyez comme j'aime l'égalité ! Je mange publiquement avec mes domestiques. »

Le lendemain, Rarère fit un rapport où il tenait Je même langage, et ces manifestations prirent fin.

Nous avons dit que Fouché figurait au premier rang de ceux dont Robespierre se proposait d'attaquer la tyrannie. Il avait suivi, d'un cœur indigné, les progrès de l'oppression sous laquelle Fouché et Collot-d Herbois avaient écrasé les Lyonnais; il se rappelait qie devant la « Commission des cinq,» créée parles deux proconsuls, l'erreur, l'entraînement, la faiblesse, n'avaient eu que trop souvent de la peine à obtenir grâce. Il s'en était plaint : le passage suivant d'une lettre que Fernex lui écrivait d'Orange, le 1er fructidor (Î8 août;, est un document dont, à cet égard, la portée est décisive :

« ...Je ne puis m'empêcher de te dire que j'ai été un peu affecté de l'espèce de reproche que tu me fais relativement à Commune-Affranchie.... J'atteste ici que j'étais plutôt le défenseur que le juge de ceux qui pouvaient être présumés avoir agi plutôt par erreur que par méchanceté, et je peux t'assurer qu'il n'en est guère péri que de ceux qui persécutaient les patriotes, soit en les désarmant, soit en indiquant leur retraite, soit en les désarmant ou en les forçant de prendre les armes. Permets-moi, en passant, cette petite justification, car il me serait bien dur d'être connu de toi pour autre que je suis. »

D'où il résulte que Robespierre avait reproché aux membres de la commission lyonnaise des cinq leur inflexible sévérité à l'égard des prévenus qui n'avaient agi quepar erreur, el s'était plaint

que ceux-là ne trouvassent pas des défenseurs dans leurs juges mêmes ! De là son aversion pour Fouché, qui avait inauguré, à Lyon, le système de la fureur. Aussi résolut-il de commencer la lutte, sans tarder davantage, et en choisissant pour lice le club des Jacobins, bien que Fouché y comptât des partisans, y exerçât une influence qu'avait assez prouvée, peu de temps auparavant, sa nomination à la présidence du club. Ce fut dans la séance du 1 1 juillet (23 messidor) qu'on évoqua le souvenir de l'oppression qui avait pesé sur les Lyonnais. Attentif à ne donner aucune prise aux royalistes, Robespierre ne cacha point que la Commission temporaire, à Lyon, avait, après avoir déployé de l'énergie, cédé à la faiblesse humaine, et tourné peu à peu contre les patriotes eux-mêmes le pouvoir dont elle avait été armée contre leurs ennemis. Ce changement, résultat des séductions de certaines femmes, avait entraîné la persécution de citoyens honorables, héritiers de l'enthousiasme révolutionnaire et du dévouement de Ghâlier. Là était la cause du suicide de Gaillard, qu'il fallait venger, ainsi que ceux qui, comme lui, avaient succombé sous les manœuvres de la contre révolution, mais là n'était point la justification des crimes d'une faction qui n'était qu'en apparence opposée à la première. Quant à lui, Robespierre, ses principes étaient « d'arrêter l'effusion du sang humain, versé par le crime. »

Comme conclusion, il demanda que Fouché fût invité à venir répondre aux reproches qu'on lui adressait. C'est ce que le club des Jacobins décida, après avoir, sur la proposition de Couthon, rayé de la liste des membres Dubois-Grancé, auquel on imputait d'avoir laissé échapper Précy et sa bande.

Ainsi se dessinait de jour en jour plus vivement la politique du parti robespierriste , qui était de couper court à la Terreur, sans toutefois rien faire qui donnât aux royalistes l'espoir d'entamer la Révolution.

Fouché, cité au tribunal des Jacobins, n'osa pas comparaître. Le 14 juillet (26 messidor), on lut dans le club une lettre de lui, par laquelle il priait la société de suspendre tout jugement à son égard, jusqu'à ce que les Comités de salut public et.de sûreté générale eussent statué sur sa conduite. Indigné, Robespierre se lève et s'écrie : « Craint-il les yeux et les oreilles du peuple? craint-il que sa triste figure ne présente visiblement le crime; que six mille regards fixés sur lui ne découvrent dans ses yeux son âme tout entière, et qu'en dépit, de la nature qui les y a cachées on n'y lise ses pensées? » Il continua sur ce ton, déclarant que Fouché était un imposteur méprisable et vil ; que sa démarche était l'aveu de ses crimes; et. que la liberté ne serait pas sacrifiée à des hommes dont les mains « étaient pleines de rapines. »

Cette véhémente sortie entraîna les Jacobins : Fouché fut exclu. Mais, à la fin de la séance, le club élut pour président lilie Lacoste, un des ennemis de Robespierre, qui put juger de la sorte, au sein même d'une victoire, de tous les périls qui l'attendaient!

Mais son parti était pris, ou d'arracher la Révolution aux mains impures, ou de périr ; et, dans ce dessein, nul ne le secondait avec plus de courage que son frère. On avait essayé de jeter entre eux des germes de division : Robespierre jeune courut dénoncer lui-même aux Jacobins ces manœuvres artificieuses : « On a voulu me séparer de mon Trère ; on a été jusqu'à dire que je valais mieux que lui. Mais tant qu'il sera le proclamateur de la morale et la terreur des scélérats, je n'ambitionne d'autre gloire que de partager son tombeau. » A son tour, Couthon ayant déclaré qu'il offrait sa poitrine aux poignards dirigés contre son ami, toute la salle retentit d'acclamations passionnées.

A quelques jours de là, Couthon s'élevait en termes pleins

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de force contre la tyrannie qu'on accusait Senar d'avoir exercée à Tours; et Robespierre jeune disait : « Il existe un système universel d'oppression.... On a eu l'impudeur de prétendre, dans le département du Pas-de-Calais, que je suis en

arrestation comme modéré. Eh bien, oui, je suis modéré, l'on entend par ce mot un citoyen qui ne se contente pas de la proclamation des principes de la morale et de la justice, mais qui veut leur application; si l'on entend par ce mot m

. iilY.

FOUCHE

homme qui sauve l'innocence opprimée aux dépens de sa réputation. » Et, rappelant que la foudre révolutionnaire devait servir à renverser les conspirateurs, non à remplir d'effroi tous les citoyens, il adjura quiconque saurait affronter la mort d'aller à la racine du mal, en frappant jusqu'aux autoiités qui abuseraient de leur pouvoir pour écraser le peuple. n

Déjà, dans la séance du 9 juillet (21 messidor), Robespierre aîné avait attaqué indirectement Barère, en présence de Rarère même, qui, ce jour-là, occupait le fauteuil. Celui-ci ne s'attendait pas à être publiquement mis en cause : il rentra chez lui, atterré. Yilate raconte en ces termes la scène qui l suivit :

i.IO

« Tout défaillant, Barère s'étend dans son fauteuil; à peine il pouvait prononcer ces mots : « Je suis saoul des hommes.' « Si j'avais un pistolet.... Je ne reconnais plus que Dieu el la « nature. » Après quelques minutes de silence, je lui fais cette question • « Quelle a pu être sa raison de t' attaquer? » La crainte et la douleur ont besoin de s'épancher. « Ce Robespierre est insatiable, dit Barère : parce qu'on ne fait pas tout ce qu'il voudrait, il faut qu'il rompe la glace avec nous, S'il nous parlait de Thuriot, Guffroy, Rovère, Lecointre, Panis, Gambon, de ce Monestier, qui a vexé toute ma famille, et de toute la séquelle dantoniste, nous nous entendrions. Qu'il demande encore Tallien, Bourdon (de l'Oise), Legendre, Fréron, à la bonne heure!... Mais Duval, mais Audoin , mais Léonard Bourdon, Yadier, Vouland, il est impossible d'y consentir. »

Un autre passage de Vilate explique pourquoi Barère liait sa cause à celle de Yadier et de Vouland .

« Barère avait à Glichy une maison de plaisance, tout à la fois séjour des jeux de l'amour, et repaire odieux où les Vadier, les Vouland, inventaient avec lui les conspirations que la guillotine devait anéantir. Ils s'y rendaient deux fois par décade. L'enjouée Bonnefoy y accompagnait Dupin, aussi fameux dans sa coterie par sa cuisine de fermier général, qu'il l'est dans la Révolution par son rapport sur les fermiers généraux.... Barère avait cédé cette virtuose à Dupin, et Dupin, à Barère, la Demahy, courtisane logée dans un superbe hôtel,

rue de Richelieu On se tromperait si l'on croyait que

j'allasse souvent à Glichy. Hélas ! retiré seul dans ma chambre, des réflexions cruelles avaient trop fait soupirer mon cœur, après les deux ou trois fois seulement que j'y étais allé. J'avais vu avec joie, avec délices, la destruction de la cour honteuse de Louis XVI et de l'archiduchesse d'Autriche, et je voyais renaître parmi les destructeurs de cette cour scandaleuse les scènes nocturnes des jardins de Versailles et du petit Trianon. A son retour de Glichy, le lendemain d'un quintidi ou d'une décade, Rarère, à la première rencontre, me souhaitait ainsi le bonjour : « Nous avons « taillé hier de l'ouvrage au tribunal, il ne chèm va pas. » Vouland, quelquefois à côté de lui, approuvait d'un petit sourire doucereux et perfide. »

Un effroyable orage se formait sur la tète de Robespierre, Il avait maintenant contre lui, dans les régions du pouvoir, outre Rarère, Vadier et Vouland, Billaud-Varenne, qui nourrissait contre lui une haine aveugle mais sincère; Collotd'Herbois, qu'une solidarité sanglante attachait à Fouché. e1 enfin Carnot, entraîné dans leur parti par certaines querelles déplorables qui s'étaient élevées entre lui et Saint-Just.

Nous avons déjà fait allusion à une dispute violente qui eut lieu, au commencement de floréal, dans le Comité de salut public. A des reproches amers de Saint-Just sur la mauvaise administration de l'établissement des poudres et salpêtres. Garnot avait répondu par d'aigres récriminations touchant les projets de dictature dont Saint-Just et ses amis étaient soupçonnés. Alors, s'il en- faut croire le récit publié par Billaud- Varenne, Collot-d'Herbois et Rarère, à une époque où celui qu'ils accusaient était mort, Siint-Just serait entré dans une violente colère, et, menaçant Carnot de le faire guillotiner, aurait provoqué de sa part cette réponse . « Je t'y invite ! Je ne vous crains pas. Vous êtes des dictateurs ridicules. »

Une circonstance malheureuse et qui jette quelque jour sur la part qu'un homme tel que Carnot fut amené à prendre au 9 thermidor vint ajouter à ces causes d'animosité. Carnot, au moment même où les destinées de la France allaient se décider à Fleurus, avait commandé, de son autorité privée, une

expédition militaire que Saint-Just jugea de nature à comp 'omettre le succès de la campagne et le salut de l'armée N.ms avons devant nous le manuscrit inédit du maréchal .lourdan, et nous y lisons :

« Merlot venait de chasser de Seneff un détachement autrichien, lorsque le général en chef reçut l'ordre d'envoyer seize mille cinq cents hommes dans la Flandre maritime. I est difficile d'expliquer par quel motif on dégarnissait ainsi l'armée, alors que, d'un instant à l'autre, elle pouvait se trouver aux prises avec la totalité des forces des alliés, — et cela, pour porter des troupes sur un point où il n'y avait pas d'ennemi. » Heureusement cet ordre, daté du 30 prairial (l8 juin , et, par conséquent, antérieur à la bataille de Fleurus, ne fut communiqué par Pichegru à Jourdan que quinze jours après sa date, de sorte que la victoire, qui aurait pu être compromise, put être gagnée dans l'intervalle. Mais, même après ce bridant triomphe, l'ordre de dégarnir l'armée de Sambre-et- Meuse, sans nécessité appréciable, parut si extraordinaire et si dangereux à exécuter, que Gillet et Guyton, commissaires de la Convention près cette armée, prirent hardiment sur eux de désobéir en suspendant le départ des troupes.

C'est ce qu'ils firent par arrêté du 15 messidor (3 juillet) 1794, daté de Marchienne-au-Pont. Le document dont il s'agit, — il est sous nos yeux, — contient l'exposé des motifs qui firent juger l'ordre de Carnot absolument inexécutable, if l'on y remarque cette phrase significative : « Considérant que cil ordre n'est ni conçu avec la précision, ni revêtu des formes qui caractérisent, les résolutions du Comité de salut public. »

Et en effet, la décision avait été prise, sans que Saint-Just eût été .consulté, bien qu'il fût le représentant spécial du Comité de salut public près l'armée de Sambre-et-Meuse.

Nul doute que Carnot, grand patriote et grand soldat, ne fût en mesure de fournir, de sa conduite, d'excellentes raisons, mais il n'en est pas moins vrai qu'en s'écartant du système de guerre adopté par le Comité de salut public, il donnait prise à Saint-Just; el il le savait homme à ne rien pardonner.

Robespierre avait donc tout à craindre, non-seulement des meneurs du Comité de sûreté générale, mais des personnes en qui reposait le pouvoir du Comité de salut public et dont son absence servait les desseins. « L'absence de Robespierre nous a laissé le temps de combiner nos moyens pour l'abattre, » disait plus tard Rillaud-Varenne.

En de telles circonstances, le retour de Saint Just à Paiis devenait d'autant plus nécessaire, que les infirmités de Couthon enchaînaient souvent sa nature active.

Une première fois déjà, au commencement de prairial, Robespierre avait rappelé Saint-Just de l'armée par la lettre suivante, qu il fit signer à ses collègues, el dont on a trouvé la minute écrite de sa main.

Paris, fi prairial an II de la République une et indivisible.

« Cher collègue,

« La liberté est exposée à de nouveaux dangers, les factions se réveillent avec un caractère plus alarmant que jamais. Les rassemblements pour le beurre, plus nombreux et plus turbulents que jamais, lorsqu'ils ont le moins de prétextes, une insurrection dans les prisons qui devait éclater hier, les intrigues qui se manifestèrent au temps d'Hébert, sont combinés avec les assassinats tentés à plusieurs reprises contre les membres du Comité de salut public; les restes des

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factions, ou plutôt les factions toujours vivantes, redoublent d'audace et de perfidie ,.. Le Comité a besoin de réunir les lumières et l'énergie de tous ses membres. Calcule si l'armée du Nord, que tu as puissamment contribué à mettre sur le chemin de la victoire, peut se passer quelques jours de ta présence. Nous te remplacerons, jusqu'à ce que tu y retournes, par un représentant patriote

« Robespierre, Prieur, Carnot, Billaud-Varenne, Barère »

Saint-Just s'était empressé de répondre à cette invitation pressante; mais, après un court séjour à Paris, il était retourné au camp. Rappelé une seconde fois par Robespierre, il reparut au moment où on l'attendait le moins, c'est-à-dire le lendemain de la bataille de Fleurus, et il ne fut plus possible de le faire repartir. Sa présence était un sérieux embarras pour Barère, Collot-d'Herbois et Billaud-Varenne; elle les contraignit à couvrir leurs manœuvres d'un voile plus épais.

Que le projet de Robespierre et de ses amis fût de rendre la sécurité à toutes les classes de citoyens, d'élargir les suspects, de donner la main aux débris de la Gironde, et d'assoupir les anciennes factions par une fusion générale, voilà ce que savaient plusieurs membres de la Convention, et il n'est pas douteux qu'elle ne présentât, pour l'accomplissement de semblables vues, les éléments d'une majorité considérable , mais, d'un autre côté, il y avait longtemps qu'au sein de l'Assemblée une conspiration se développait dans l'ombre

Rapprochement de dates remarquable 1 C'était le 3 prairial (22 mai) que, sur un ordre du Comité de saiut public, écrit de la main de Robespierre, Mme de Fontenay, aimée de Tallien, avait été arrêtée, et c'était le 5 prairial (24 mai) qu'avait été ourdie, entre Tallien, Courtois, Laurent Lecointre, Geoffroy et Barère, la trame qui devait se dérouler le 9 thermidor. Le noyau une fois formé, il se grossit peu à peu d'hommes mus par des motifs divers ■ ceux-ci par des ressentiments personnels; ceux-là par le désir d'échapper à une vigilance importune ou à des dénonciations méritées; d'autres, enfin, par le secret espoir de renverser la République, en sapant ses plus fermes appuis.

Inutile d'ajouter que les conspirateurs n'épargnèrent rien pour augmenter leurs forces. Un député en mission, Ingrand, étant venu un instant à Paris, Billaud-Varenne lui dit : « Il se passe ici des choses très-importantes ; va trouver Ruamps, qui t'informera de tout. » Ingrand court chez Ruamps, qui lui fait part du complot. Lui, recula, saisi de stupeur, et s'é- (iiia : « Si on l'attaque, la République est perdue. »

Le sentiment dTngrand était celui des meilleurs patriotes, et parmi les membres les plus modérés de la Convention, beaucoup tournaient leur espoir vers Robespierre. Ils se rappelaient que c'était lui qui avait sauvé de la proscription les soixante-treize députés signataires de la protestation contre le 31 mai, et fait rappeler Carrier, ils songeaient aux nombreux cachots que son frère, Saint-Just et Le Bas, avaient ouverts dans les provinces; ils n'ignoraient pas combien la politique de Couthon avait différé, à Lyon, de celle de Fouché et de Collot-d'Herbois ; ils jetaient les yeux sur la Commune, et la voyaient tranquille depuis que l'esprit de Robespierre y dominait Tout cela et lit aux Comités et à leurs partisans dans l'Assemblée un vif sujet d'alarmes, et leur inspira le genre de tactique qu'ils employèrent. Elle consista à faire croire à la Conveni- '"ur cause était la sienne Dans ce

but, ils commencèrent à répandre sourdement le bruit qu'un rêvail contre l'Assemblée un second 31 mai, qu'elle était à la veille d'un égorgement A chacun de ses membres on eu1 soin de montrer son danger personnel dans le danger public, de manière à créer l'alternative de frapper ou d'être frappé. On fit courir des listes, tantôt de dix-huit, tantôt de trente députés, sur qui. assurait-on, la hache était à la veille de s'abattre, en attendant une proscription en masse. Pour rassurer les timides contre la crainte d'affronter la plus grande autorité morale du moment, on eut soin de ne leur demander «- qu'un acte de volonté simultané qui, enveloppant tout dans un même élan, ne laisserait aucun individu plus remarqué qu'un autre. » Et Rarère d'augmenter les inquiétudes, en parlant sans cesse de factions, de trahisons, et de Pitt et de Cobourg.

Vainement Robespierre protesta-t-il contre ces artifices dont étaient venus l'avertir des députés qui n'osaient plus habiter leurs maisons, tant la peur les avait gagnés; vainement dénonça-t-il bien haut le système qui tendait à avilir la Convention par des terreurs imaginaires, affirmant, lui, « qu'elle était pure, qu'elle était-au-dessus de la crainte comme du crime ;» vainement Couthon déclara-t-il, à diverses reprises, « que lui et ses amis étaient pleins de respect pour la représentation nationale, passionnés pour sa gloire, el prêts à verser tout leur sang pour elle : » ni Robespierre ni Couthon ne niaient, après tout, leur résolution d'appeler devant la justice révolutionnaire les « quelques hommes impurs qui , dans la Convention, cherchaient à corrompre la morale publique et à élever un trône au crime. » Ces hommes impurs, il eût fallu les nommer, et, comme on ne les nommait pas, la menace, quoiqu'elle ne s'adressât qu'à quelques uns, semblait planer sur tous.

Là fut la grande faute des Robespierristes, et leurs ennemis en profitèrent avec une habileté pleine d'hypocrisie. Oi' vit des hommes, tels que Vadier, Vouland, Amar, affecter tout à coup, pour la sûreté ou la dignité des représentants du peuple, une sollicitude qu'ils n'avaient pas connue quand il s'était agi de frapper Danton, Hérault de Séchelles, Camille Desmoulins, Fabre d'Êglantine. Parmi les papiers de Robespierre, trouvés chez lui après sa mort et publiés par Courtois, il existe un rapport de l'administrateur Faro, sur une visite d'Amar et de Vouland aux députés détenus aux Madelonnettes. La scène serait grotesque, si elle ne se rapportait à une manœuvre odieuse. Les députés en question avaient écrit au Gomité de sûreté générale une lettre où ils se plaignaient d'être « traités avec tant de dureté, malgré leur qualité de représentants du peuple, qu'on leur refusait du sirop de vinaigre et les douceurs propres à l'existence » Là-dessus, Amar et Vouland courent à la prison, mandent leurs collègues, et, d'une voix attendrie : « Est -il bien vrai qu'on arrête, votre correspondance? Vous refuse-t-on les douceurs de la vie, soit en café, soit en sirop, chocolat ou fruits? Parlez, parlez, chers collègues. Le Comité de sûreté générale nous envoie vers vous pour vous apporter des consolations et recevoir vos plaintes, afin de punir ceux qui ont avili en vous les représentants du peuple » Et Amar se mit à pleurer. Il n'avait pas pleuré en rédigeant le rapport qui fit tomber la tête du représentant du peuple Fabre d'Eglantine et celle du représentant du peuple Bazire !

Un mot féroce échappé à Vadier peu de temps avant le 9 thermidor montrera ce qu'il y avait au fond de cette sollicitude que les meneurs du Comité de sûreté générale affichaient à l'égard des membres de l'Assemblée. Un jour, Vadier, croyant s'apercevoir que Robespierre cherchait des pari

dans les rangs modérés de la Convention, laissa échapper ce mot féroce : « Si cela continue, je ferai guillotiner cent crapauds de son marais. ?>

Non contents de recourir à ces manœuvres, les conjurés s'étudiaient à endormir par toutes sortes de flatteries la prudence de ceux dont ils préparaient la ruine. Tallien, par exemple, écrivait à Couthon, au moment même où il aiguisait contre lui les poignards . o Si tu pouvais me recevoir à l'issue de ton dîner, mon cher Couthon, je te demanderais un conseil cï ami La trop confiante jeunesse a besoin d être guidée par l'expérience de l'une mûr. »

Peu de temps avant, Javogues, autre thermidorien, avait écrit à la Convention • « J'ai outragé notre collègue Couthon dans une proclamation que je désavoue, que je rétracte, que je voue solennellement au hlàme de l'opinion publique. Mon cœur n'a jamais cessé d'honorer et d'aimer le citoyen Couthon, ainsi que le citoyen Maignet. Voilà la profession de foi dont je ne me serais jamais écarté si j'eusse toujours été moi. Je prie la Convention de la recevoir et de permettre qu'elle soit insérée dans son bulletin. »

En ce qui touche Robespierre, jamais les conjurés n'avaient été, à son égard, plus prodigues d'éloges; et cette accusation, tous la méritent, à l'exception de Rillaud-Varenne, qui put dire, plus tard, avec vérité : « Ai-je jamais parlé de Robespierre pour le louer? »

Lui, cependant, était-il dupe de ces artifices? Non, sans doute; et, plus il avançait, plus il se sentait près du couteau. Mais comment en éviter la pointe , lorsque déjà elle touchait à son cœur?

S'il eût été dans sa nature de recourir à la force, il pouvail aisément avoir une insurrection à ses ordres; car Henriol lui répondait de l'appui delà garde nationale, et le maire de Paris, Lescot Fleuriot, de l'appui de la Commune. Mais mettre ses ennemis hors la loi, en s'y mettant lui-même! Essayer d'un second 31 mai, en se chargeant, cette fois, de la responsabilité de l'attentat! Se faire le plagiaire delà dernière tentative héhertiste, et descendre, lui, l'homme des principes, le régulateur de l'opinion publique, à n'être plus qu'un conspirateur et un factieux! C'est à quoi Robespierre ne se put résoudre , quoiqu'il fût poussé à ce parti extrême par quelques-uns de ses partisans les plus décidés, et, entre autres, par l'agent national Payan , âme ardente et trie froide.

Ce Payan est une figure qui vaut qu'on s'y arrête. Les notes de lui qu'on a retrouvées annoncent un esprit qui n'eût pas été incapable de grandes vues et qui, dans tous les cas, avai! quelques idées fort saines. Convaincu de la nécessite de combattre le fanatisme et de faire disparaître ce qu'il appelait, à la manière des hébertistes, les «Petits Jésus, .>il ne croyait pas néanmoins que le vrai moyen de détruire l'influence des prêtres fût de se livrer, sous leurs vêtements, à des parodies indécentes; et les cérémonies de l'Eglise lui paraissaient impossibles à détruire, tant qu'on ne les aurait pas remplacées par des fêtes nationales propres à empêcher un vide de se former dans les imaginations débiles C'était parce qu'il regardait le dérèglement des mœurs et la corruption comme les bases fondamentales du despotisme, qu'il ne tolérait sur les ponts cl dans les lieux publics que la vente des livres de nature à former l'esprit public. A ses yeux, la paye qui, sur la proposition de' Danton, avait été accordée aux in— digents, membres (U-s ass-emblécs générales de section, était avilissante pour le' peuple et immorale; il voulait en proposer l'abolition, en s'autorisant de l'exemple des sections des Droits <'• l'homme et des Suns-CaloUes , lesquelles n'avaient jamais

acceplé rien de semblable. Dans l'aristocratie, il voyait une maladie dont les germes sont au fond du cœur humain. Il pensait que, chez les peuples libres, on doit s'attacher à entretenir par tous les moyens l'horreur de la tyrannie, et en conséquence il demandait qu'à la Croix du Trahoir, nom du carrefour de l'Arbre-Sec, on substituât Trahoir Brunehaut , pour rappeler sans cesse au peuple que c'était là qu'une reine aux mains teintes de sang était venue expirer, après avoir été, par ordre des états généraux , traînée le long des chemins à la queue d'une cavale indomptée Ayant la surveillance des prisons, il soumettait à un contrôle inexorable les malversations des économes et des employés, ne dédaignant aucun détail, vérifiant jusqu'aux comptes des blanchisseuses, et s"inquiétant de la propreté des détenus pauvres autant que de leur santé. Il déclarait anti-physique et anti-morale la loi qui, pour une période prolongée, condamnait des êtres humains au pain et à l'eau, et il disait : « Accoutumer les prisonniers à l'oisiveté, c'est les rendre inutiles à la société quand ils y rentrent. »

Il est aisé de découvrir en tout ceci le lien qui rattachait Payan à Robespierre. Où il semble qu'ils aient différé, c'est dans l'appréciation de la légitimité des moyens, envisagée au point de vue de la légitimité du but. On lit dans une lettre de Payan , du 18 brumaire, ces mots horrribles : « Quand bien même Philippe (d'Orléans) eût été innocent, si sa mort pouvait être utile , il fallait qu'il périt. » On comprend de reste que l'homme capable de tracer de semblables lignes ait pressé Robespierre de ne point s'arrêter à des scrupules de légalité et d'agir. Mais, outre que ce dernier répugnait à l'emploi de la violence, il avait exercé jusqu'alors avec trop de succès l'empire de la parole, pour se délier de cet instrument de sa puissance, et il mit tout son espoir dans un discours composé de manière à être, ou son programme s'il avait le dessus, ou, s'il succombait, son testament de mort.

Les Comités en prirent alarme. Le 2 thermidor (20 juillet^, Barère s'éleva, dans la Convention, contre « ces citoyens qui ne devaient pas influencer les autres sections du peuple par «les discours préparés » Il fallait, selon lui, les surveiller pisque « dans leur domicile »

Et pendant ce temps, les Comités faisaient répandre sous main que des projets sinistres étaient sur le tapis; que certaines gens vis lient à l'établissement d'une dictature : qu'on connaissait le dictateur, que le voile était enfin déchiré; que dans Robespierre ce qu'il s'agissait d'abattre, c'était la tyran: tyran bien étrange, en vérité, et certainement unique dans son opère , que cet homme qui n'eut jamais ni trésors ni soldats, et dont les moyens de tyrannie consistèrent dans l'effet produit par son éloquence, uni à l'opinion qu'il avait donnée de sa vertu!

Aussi lui adressait-on de toutes parts des lettres où , bien souvent, la sympathie parla le langage de l'admiration, et d'une admiration passionnée.

Voici en quels termes lui écrivait une sœur de Mirabeau :

« Cher Robespierre Les principes de vertu que lu exprimes autant dans tes paroles que dans tes actions m'onl

fait concevoir le projet d'instruire les enfants gratis Mon

cher Robespierre, non, je ne te quitterai jamais. J'aurai des vertus en suivant les conseils et tes exemples; et loin de toi,

peut-être, un autre air que celui que tu habites me perdrait

L'amour du bien est ton cii d'armes; le mien est que tu vives longtemps pour le bonheur d'une Convention que j'aime..,. Compte sur mou cœur

« RlQUETTI. »

ROBESPIERRE VEUT ARRETER LA TERREUR

Durand Maillane — ce nom dit tout — écrivait, à son tour,

au tyran :

« Mon cher collègue, continue à défendre le faible, l'homme I rompe, en n'épargnant, ni les chefs des complots contrerévolutionnaires, ni les traîtres bien assurés. Tu ne voulais

pas de la première guerre, et j'étais bien de ton avis. Je l'écrivis à Pétion dans le temps, en janvier 1792, et je lui parlai de toi, dans une lettre, avec beaucoup d affection, le priant de te la communiquer ; tu m'as appris qu'il n'en fit rien. Oh! que ton caractère était supérieur au sien! Que ton désintéressement, avec l'indépendance glorieuse qu'il te donne, l'as-

JOURNEES DES y ET IO THERMIDOR (27,

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