CH APURE II
LES CHATEAUX BRULENT
'année 1790 s'ouvre par un spectacle inattendu : Railly est à genoux devant Louis XV L D'un air humble , d'une voix soumise, en esclave qui prie . il vient apporter au roi les "^^^^ hommages de Paris en révolution!
De son côté, le président de l'Assemblée nationale.... mais avant de parler de ces respects qu'une fatalité morne changea si vite en colères, et pour en mieux marquer le caractère étrange, il convient de rappeler où la France, celle des provinces, en était alors.
« Sur les confins de la Marche et du Berry, dans le pays qu'on appelle la Varenne et qui n'est qu'une vaste lande coupée de Lois de chênes et de châtaigniers, on trouve,' au plus fourré et au plus désert de la contrée, un petit château en ruine, tapi dans un ravin, ;t dont on ne découvre les tourelles éhrérhées qu'à environ cent pas de la herse principale. Les arbres séculaires qui l'entourent et les roches éparses qui le dominent, ^ensevelissent lans une perpétuelle obscurité, et c'est tout au plus si, en plein midi, on peut franchir le sentier ahandonné qui y mène, sans se heurter contre les troncs noueux et les décomhres qui FoLstruent à chaque pas.... Quand les Lùcherons et les charbonniers, qui habitent les huttes des environs, passent, dans la journée, sur le haut du ravin de la. Roche-Mauprat , ils sifflent d'un air arrogant, ou envoient, i ces ruines quelque énergique malédiction ; mais quand le jour baisse et que l'engoulevent commence à glapir du haut des meurtrières, bûcherons et charbonniers passent en silence, pressant le pas, et de temps en temps faisant un signe de croix pour conjurer les mauvais espriis qui régnent sur ces ruines. »
Gomme elle fait bien comprendre la guerre aux châteaux. cette vive peinture fournie au génie du romancier par les'
LES CHATEAUX I5HULENT
souvenirs héréditaires du paysan : naïve histoire, la plus lumineuse de toutes peut-être, qui, d'âge en âge et de veillées en veillées, se conserve dans les chaumières !
« Le vieux Mauprat était un animal perfide et carnassiei qui tenait le milieu entre le loup et le renard.... Il affectail beaucoup de politesse et ne manquait pas de moyens de per suasion avec les objets de ses vengeances. Il savait les attire] chez lui et leur faire subir des traitements affreux que, faute
de témoins, il leur était impossible de prouver en justice.... Jamais il n'y eut moyen de le saisir hors de sa tanière, quoiqu'il en sortit souvent et sans beaucoup de précautions apparentes. C'était un homme qui avait le génie du mal, et ses iils, à défaut de l'affection dont ils étaient incapables, subisj saient l'ascendant de sa détestable supériorité, et lui obéissaient avec une discipline et une ponctualité presque fanatiques. Il était leur sauveur dans presque tous les cas