‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 3)Chapitre 5 sur 106 · SHERIDAN · texte numérisé non relu

SHERIDAN

désespérés, et lorsque l'ennui de la redusion commençait à planer sous les voûtes glacées du château , son esprit , facétieusement féroce, le combattait par l'attrait de spectacles dignes d'une caverne de voleurs. C'étaient tantôt de pauvres moines quêteurs qu'on s'amusait à effrayer ou à tourmenter; on leur brûlait la barbe , on les descendait dans des puits , et on les tenait suspendus entre la vie et la mort, jusqu'à ce qu'ils eussent chanté quelque gravelure ou prononcé quelque blasphème. Tout le pays connaît l'aventure du greffier qu'on laissa entrer avec quatre huissiers, qu'on reçut avec empres-

sement..., et auquel on servit un banquet moqueur, après l'avoir presque étranglé entre deux portes , si bien qu'à son retour il tomba mort, en descendant de cheval, sur le seuil de sa maison. »

Tous les seigneurs, à la vérité, ne ressemblaient point à ces hommes de fer, et tous les châteaux n'étaient pas d' noires tanières. Il y avait, à l'époque de la Révolution, beaucoup d'habitations seigneuriales du genre de celles où s'était, égayé Voltaire, où Helvétius et d'Holbach exercèrent l'hospi talité du bel esprit, où Rousseau fut recueilli pieusement,

où Diderot maria sa fille. Là, plus d'épaisses murailles, plus de tourelles sombres, plus de mâchicoulis, plus de meurtrières, et, à la place d'un maître vêtu d'acier, un maître en élégant habit de satin. Mais, pour s'être ainsi fardée, l'oppression n'en était pas moins rude, et c'est en parlant même de ces châteaux charmants et de ces jolis seigneurs, qu'un écrivain d'une naïveté profonde (Monteil) a dit : « C'est pour les loisirs du château que le village suait dans les champs, dans les prés, dans les vignes ; c'est pour que le château dormît jusqu'à midi que le village se levait avant le jour; c'est pour que le château eût des hors-d'œuvre, du rôt, des sucreries, fit fête, que le village se nourrissait de pain noir, jeûnait. » Et puis, impossible d'échapper à la grange dïmcresse où il fallait que le pauvre villageois portât agneaux, veaux, poulets, dindons, raisins, les dîmes des pois et celles des gerbes, les dîmes des millets et celles des dragées, les dîmes vertes et les dîmes blanches.

Ah ! c'eût été merveille que la haine du château n'eût pas été toujours vivante au cœur du paysan , lorsque tout concourait à l'entretenir de cette haine, et la chanson qui l'avait bercé encore enfant, et les récits du soir, et les proverbes vengeurs dont s'enrichissait volontiers sa mémoire , et la légende dont s'amusait son vieil âge ! « Un gentilhomme apparaissait tous les jours, entre chien et loup, au fond de la vallée de Galie, près Versailles, tenant une canne à pomme d'or, et priant tous ceux qui passaient de lui en rendre cinq cents coups qu'il avait donnés mal à propos aux gens du pays chassant sur ses terres. »

Et ne disait-on pas proverbialement, parmi la gent villageoise :

Dissolution des Castellane,

Malice des Barras,

Tricherie des Dubreuil,

Déloyauté des Beaufort,

Vanterie des Boniface?

Quand on semait l'or dans les jardins, afin de les rendre j stériles, parce qu'il fallait copier les Anglais, et. quand des chars, où l'on n'arrivait que par de magnifiques escaliers, servaient de trône à l'impudique rivale de la dame du logis , le paysan n'en savait-il rien? Et pouvait-il ne pas fondre en larmes, quand il voyait sa moisson, au moment d'être récoltée, devenir la proie d'animaux qu'il n'osait tuer, de peur de la prison?

Malheur donc au château, le jour où le village se sentirait le maître !

Autre ennemi mortel du paysan : l'impôt , l'impôt sous forme de collecteurs de tailles, d'employés de Fermes, de douaniers. Rappelons, rappelons ici que, pour les traitants, la France était un pays conquis ; que, tenant le peuple sous leurs genoux, ils le saignaient à la gorge ; qu'ils disposaient, contre la misère réduite à la fraude, de toutes sortes d'armes terribles : prisons, galères, potences et tribunaux- féroces ; que leur avidité s'arrêlait seulement où il ne restait plus rien à prendre , et qu'il y eut tel arrêt du conseil dans lequel on peut lire : « Il y a beaucoup de gens en Rourgogne qui ne eonsomment aucuns sels.... La pauvreté où ils sont actuellement de ne pas avoir de quoy acheter, non pas du bled ni de l'orge, mais de l'avoine pour vivre, les oblige de se nourrir d'herbe. »

Nous avons dit, sur la situation que l'ancienne tyrannie de l'impôt faisait aux malheureux campagnards , des choses qu'il est de toute justice d'avoir bien présentes à l'esprit en ce moment, puisque, hélas! l'heure des représailles est venue.

Qui n'a entendu parler de Mandrin, le colonel général des faux- saunier s et contrebandiers de France? De même qu'autrefois on avait vu Rertrand Duguesclin prendre le commandement de ce ramas de brigands intrépides qui, sous le nom île grandes compagnies, infestaient alors la France, de même, au milieu du dix-septième siècle, Mandrin s'était mis à la tète d'une armée d'hommes farouches ou de victimes irritées, non pour s'en aller, comme avait fait Duguesclin , détrôner un roi d'Espagne au profit de son frère , mais pour délivrer le peuple de l'épouvantable tyrannie des fermiers généraux. Or, quand la Révolution vint , il n'y avait pas quarante ans que Mandrin était mort, et son nom, toujours répété avec mystère parmi le peuple superstitieux des campagnes, leur était moins un sujet d'effroi qu'un sujet d'admiration ou de regret. On se rappelait comment, du haut des montagnes du Dauphiné, sonnant de la trompe, il avait fait accourir et se ranger autour de lui des bandes redoutables, et qu'il avait conduit sa guerre aux impôts à la manière des grands capitaines, livrant bataille, mettant en fuite des troupes réglées, forçant des villes à capituler, tenant le pays enfin depuis la Franche-Comté jusqu'à l'Auvergne ; si bien que cent cinquante mille hommes n'avaient pas suffi pour le réduire, et qu'il avait fallu recourir contre lui à la trahison. Puis, lorsque livré par la femme qu'il aimait, il avait été traîné au supplice, comme il s'était montré fier, éloquent, inaccessible à la peur ! comme il était bien mort !

A la suite d'une brochure financière, publiée en 1 789 sous le titre de Analyse du testament politique de Mandrin, et dédiée à l'Assemblée des États généraux, on trouve plusieurs lettres fort curieuses, fort vraisemblables, que l'auteur assure avoir été écrites à Mandrin de son vivant, et qui toutes témoignent du vif intérêt qui s'attachait à ses entreprises. Tantôt c'étaient des secours qu'on lui offrait, tantôt des encouragements anonymes qu'on lui faisait parvenir, tantôt des avis secrets -qu'on s'empressait de lui donner :

« Monsieur le général , « Si vous avez besoin de munitions de guerre, nous sommes prêts à vous en fournir. Vous pouvez compter sur notre communauté pour quatre cents fusils, deux barils de poudre, trois quintaux de balles, six cents rations de pain, cinquante sacs de farine et cent d'avoine. Je suis, etc.... »

« Monsieur,

« A côté de la petite vallée de M... ne, il y a un bois de deux lieues de long sur une de large. Cet endroit pourrait d'autant mieux vous servir d'asile contre les troupes réglées, que pas un seul commandant n'en connaît l'entrée ni l'issue, et qu'aucun habitant du pays ne leur servira de guide. Mais, en cas de trahison, il y a un retranchement naturel au milieu du bois, où vous serez plus en sûreté que dans la plus forte citadelle du monde. Tous les régiments de France y périraient les uns après les autres. Dans une affaire réglée , vous joueriez là le rôle que le roi de Sardaigne joua au col de l'Assiette. Je suis, etc.... »

Ce qui est bien certain, c'est que Mandrin n'aurait jamais pu tenir en échec toutes les forces du royaume, s'il n'eût trouvé aide et appui dans la haine profonde qu'inspirait aux campagnes le despotisme spoliateur des employés des Fermes. Et quelle dénonciation terrible des abus de l'ancien régime que la puissance d'un chef de brigands, que sa popularité!...

C'est qu'en effet la France , aux mains des fermiers gêné-

LES CHATEAUX BRULENT

raux, était réellement un pays mis au pillage. Les droits de contrôle, par exemple, s'élevaient jusqu'au douzième des sommes stipulées dans les actes ; il fallait payer le papier timbré huit cents, mille et jusqu'à douze cents pour cenl au-dessus de sa valeur, et le sel de cinq cents à douze cents pour cent, selon qu'on se trouvait en pays de grandes ou de petites gabelles; le vin, le cidre, l'eau-de-vie, dans leur transport d'une ville à l'autre, étaient soumis à trente droits différents ; pour la poudre d'amidon, on avait à payer le tiers de sa valeur ; pour les cuirs de tannerie, de mégisserie, un cinquième; pour le papier, un quart. Que dire encore? Go n'est point exagérer que d'évaluer au cinquième de In masse totale des impôts ce que les fermiers percevaient en traude,

soit par la quantité de terre et d'eau ajoutée au tabac, soit par les tributs arbitraires que les préposés levaient aux portes des villes, soit par les suppléments de sols, anciens sols, nouveaux sols pour livre, par fausses mesures aux gabelles, par faux poids aux douanes. Qu'importait au fermier le prix du bail : est-ce que ce n'était pas le peuple qui en faisait les fonds? Et quel frein mettre à la rapacité de la maltôte, devenue héréditaire? à quel contrôle assujettir le métier de financier, devenu un art de famille? Est-ce que tous ces hommes-sangsues n'avaient pas intérêt à dérober à l'État la connaissance, et du chiffre vrai des revenus, et du meilleur moyen de les percevoir?

Le nombre des commis , gardes , employés , buralistes ,

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qu'occupaient les Fermes royales, est porté à trois cent mille dans Y Analyse du testament politique de Mandrin, à deux cent cinquante mille seulement dans l'ouvrage de Necker sur Y Administration des finances. Même en admettant cette dernière évaluation, qu'imaginer de plus dévorant? A la vérité, sur ces deux cent cinquante mille individus , il y en avait deux cent mille qui se chargeaient de la collecte des tailles et capitations, sans recevoir des fermiers aucun salaire. Mais la collecte se faisait-elle pour cela gratis? Non. Un droit de commission était attaché au recouvrement , et si dans beaucoup de paroisses ce droit ne s'élevait pas au-dessus de deux cents livres, il était dans les bons villages de cinq cents, de six cents et même de mille livres. Quant aux cinquante mille autres çréposés, non-seulement ils touchaient des appointe

ments fixes, mais ils formaient une armée régulière, répartiepar bataillons, et ayant, tout comme celle du prince, ses di visions dans les grades. Étrange spectacle, n'est-ce pas, que celui de cinquante mille hommes, la plupart gens de sac et de corde, militant de la plume ou du sabre pour dépouiller le peuple au profit des fermiers , c'est-à-dire au profit des cuisiniers en renom , des courtisanes en vogue et des filles d'Opéra! Armée! oh! c'est bien ici le mot propre; car les soldats de la finance étaient armés jusqu'aux dents, et trè1;volontiers ils se servaient du sabre , au point que le seul nom de gapiants faisait frémir.

Sur les vexations de tout genre qui marquaient la levée des impôts, sur les invasions du domicile, sur les saisies, sur les exécutions inexorables , nous avons eu déjà occa-

•sion de donner des détails auxquels nous renvoyons Le lecteur.

Oui, quand le paysan ne payait point au terme expiré..., autant eût valu pour lui qu'il fût mort. Car aussitôt la contrainte se mettait en marche; le collecteur accourait, menaçant el inévitable; il enlevait de dessus les buissons les bardes qui séchaient au vent; et, le linge ne suffisant pas, voilà qu'on entrait dans la cbétive maison du taillable ; et son lit, ses meubles boiteux, le cher berceau de ses enfants, jusqu'au toit de la cabane, on enlevait tout. « On en a vu, écrit le maréchal Vauhan, démolir les maisons pour en tirer les poutres, les solives et les planches. »

Un voyageur, un Anglais (Arthur Young), raconte que. gravissant un jour une colline, bride en main, il rencontra une -malheureuse femme, la misère en personne. Elle paraissait avoir soixante ans et n'en avait pas trente-huit. Elle possédait une ferme, une vache et même un petit cheval. Mais elle était chargée de sept enfants, et quand elle eut expliqué à l'étranger ce qu'il lui fallait payer : redevance au seigneur, taxes pour le roi, taxes pour l'Eglise, taxes sur chaque souffle de vie, taxes toujours, elle ajouta d'une voix qui était bien la voix de la France des pauvres : a J'ai appris que quelque part, de quelque manière, quelque chose doit être fait pour le pauvre : que Dieu nous envoie cela bientôt ! car les taxes nous tuent. »

La vengeance avait, de la sorte, son armée prèle à entrer en campagne ; mais le désordre avait la sienne aussi, et non moins bien préparée. Des paysans formaient la première, les mendiants formaient la seconde.

Après l'invasion des économistes, la charité seule avait eu mission de conjurer les périls du vagabondage. A celui qui n'avait pas de toit s'ouvrait la grange hospitalière ; l'indigent trouvait à réchauffer son corps glacé , au foyer de l'homme doux, dont le jeune fils, portant clans sa petite main la pièce de monnaie destinée à l'aumône, apprenait à être bon, à se sentir noblement ému, à aimer, à mêler le sourire à des larmes. 0 admirable enfantillage des âmes tendres ! Pourquoi donc est -elle si touchante, celte vieille psalmodie des pauvres de Rouergue :

Que l'aumône, que la charité, Devant Dieu, soit présentée, A cette heure, à l'heure de notre mort, Ainsi soit-il?

On put citer, en ce temps-là, de bons villageois qui, plus magnifiques , proportion gardée , que des princes , recevaient chaque jour à leur table jusqu'à vingt-cinq passants cherchant à vivre. Grave abus, dira-t-on. Eh! qui le nie? D'autant qu'à côté « des vieillards vraiment vieux » et des estropiés ayant cm effet perdu l'usage de leurs membres , il y avait nombre de gueux rusés, avec des habits, des tailles, des âges, des ligures, des ulcères de rechange. Vint la philanthropie des économistes. Elle opina très-sagement que la mendicité est un fléau, et, en attendant qu'on s'avisât, pour remède suprême, de chiffrer la misère, de la patenter, de l'immobiliser, de la municipaliser, des maisons de force infectes , horribles , furent en sa faveur établies d'un bout à l'autre de la France ! Mais, tout mendiants qu'ils étaient , les mendiants n'étaient pas si bien morts qu'on pût de la sorte les coucher dans le tombeau sans qu'ils essayassent d'en soulever la pierre. De la maison de force d'Orléans, de la Tour-Neuve, du Sanitas, beaucoup s'échappèrent, la marque du fouet sur leurs épaules, des taches de sang sur leurs guenilles , et le cœur plein de rage. Organisée pour le désordre et, même sous des

chefs, effrénée, leur foule ne tarda pas à être grossie, doublée, triplée, quadruplée, parla cessation des travaux, par la disette des grains, par les ouvriers fainéants , par les déserteurs, par les parasites, jusque-là que, peu de temps après le 14 juillet, elle tenait à la disposition du chaos deux millions de bouches béantes et quatre millions de bras levés.

Et vous, qu'on vit un jour descendre de la cime du Mont- Dore, sur de grands sabots, en jupes de laine, et des ceintures de cuir garnies de clous de cuivre autour des reins. fantômes au visage blême, aux cheveux plats, qui vous avanciez serrés l'un contre l'autre, en battant la mesure avec vos coudes pour vous exciter au conlbat et en poussant des cris aigus, nétiez-vous qu'une force aveugle lancée au hasard, ou plutôt, derrière le démon qui semblait vous pousser en avant, n'y avait-il pas la main d'un Dieu?

En tout cas, les agitateurs ne manquèrent point, et, dans le nombre, il y en eut de singuliers, car il est bien certain que les ennemis de la Révolution furent des premiers à lui souffler des pensées de fureur : ils comptaient l'abattre, s'ils parvenaient à la jeter dans le délire.

Voilà par quel ensemble de causes , celles-ci naturelles, celles-là surhumaines et se rapportant à l'action de l'éternelle justice, s'expliquent les violences commises, dans les provinces, à la fin de 1789 et durant le mois de janvier 1790. Une fois allumé sur le passage du vent, l'incendie ne trouvait que trop à se propager; sur les points mêmes qu'il ne devait point atteindre, des lueurs sinistres l'annoncèrent, et nous n'aurons pas la faiblesse de taire des désastres que rachetèrent tant de bienfaits.

Nous dirons donc que le Lyonnais, par exemple, et l'Alsace et la Franche-Comté, furent ravagés, furent remplis d'épouvante par des brigands qui , sortis du Maçonnais , s'en allaient agitant d'une main un faux édit royal qui autorisait le pillage, et tenant dans l'autre main une torche.

A Limoges, le cri de révolte était : Aujourd'hui le pain, demain l'argent, après-demain le feu.

A Rrives, devant le château de Lissac, on avait planté une potence sur laquelle se lisaient ces mots : Ici sera pendu le premier habitant qui portera la rente au seigneur. Ici sera pendu le seigneur lui-même, s'il la reçoit.

Dans le Rouergue, le château de l'Étang, celui de la Roque-Montanet , celui de Vergette furent assaillis; il fallut abandonner les droits seigneuriaux, restituer les rentes perçues.

On pilla, on brûla le château de Lastours, qui appartenait à Gazalès.

Quelquefois, les propriétaires se défendirent, soutinrent un siège. On cite la comtesse de Montmorency qui, voyant son château de Glaux menacé, prit des pistolets, et les montrant : Voilà la plume dont je me servirai pour signer l'abandon de mes droits. Le 30 janvier 1790, attaquée, elle fit une sortie à li tête de ses gens, et, le lendemain dimanche, comme le château devait être investi après la messe, elle se rendit armée d'un sabre à l'église, où sa contenance guerrière imposa.

Vers la fin de janvier 17 90, la paroisse de Caban et les paroisses circonvoisines étaient en pleine insurrection. On avait publié, à l'issue des messes paroissiales, qu'il était défendu de payer la rente aux seigneurs. Les bancs des églises furent brûlés.

Dans l'Agenois, on avait proscrit toutes les girouettes.

En beaucoup d'endroits, loin de s'opposer aux emportements populaires, la municipalité les favorisait. C'est ainsi que, dans les environs de Rennes, deux cents paysans armés s'étant jetés sur les châteaux de MM. de Langan de Cintré

LES CHATEAUX BRULENT

et de La Voltais, la municipalité de Rennes, appelée au secours, resta inactive, jusqu'à ce que les seigneurs lussent venus prêter devant elle le serment décrété par l'Assemblée nationale. La municipalité de Quimperlé refusa également de sévir contre les bandes qui parcouraient la contrée. La municipalité de Guingamp fit plus : pendant qu'on dévastait les châteaux de Boispeau et de Granville, qu'on livrait aux flam-

mes les archives de MM. de Rieux et. de Gruer, qu'on incendiait les dépôts des notaires de Nozai, de Guéméné, de Pépriac, elle s'emparait des munitions de guerre des troupes réglées en garnison dans la ville.

Nous avons dit que l'homme de l'impôt n'était pas moins odieux au paysan que l'homme du fief. Aussi l'histoire de ces troubles montre-t elle constamment, à côté des châteaux en-

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