‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 19 sur 100 · LE ROI SE RÉFUGIE AU SEIN DE L'ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

LE ROI SE RÉFUGIE AU SEIN DE L'ASSEMBLÉE

au dehors sur un ton d'étroite intelligence et paraissaient fort disposés à ouvrir les portes. » Rœderer eut peur. Il remonte précipitamment au château pour conseiller la fuite au sein de l'Assemblée.

Le roi était assis près d'une table à l'entrée de son cabinet, les mains appuyées sur ses genoux. La reine. Madame Elisabeth, les ministres se tenaient entre la croisée et le roi. « Sire, dit Rœderer d'un ton pressant, Votre Majesté n'a pas cinq minutes à perdre, U n'y a de sûreté pour eUe que dans l'Assemblée nationale. — Mais, répondit le roi, je n'ai pas vu beaucoup de monde au Carrousel. — Sire, il y a

douze pièces de canon, et il arrive un monde immense des faubourgs. » Un nommé Gerdret, zélé patriote, quoique marchand de dentelles de la reine, voulut appuyer le procureursyndic; mais comme il élevait la voix, Marie-Antoinette lui imposa durement silence. Elle était fort animée. Elle avait beaucoup pleuré, et cela se voyait à ses yeux, « rouges jusqu'au milieu des joues, » dit Rœderer dans son récit. Quoi ! l'on osait prétendre qu'il n'y avait pas d'autre ressource pour le roi que d'aller se réfugier humblement dans l'Assemblée nationale ! Quoi ! l'on proposait, selon l'expression du ministre de la marine Dubouchage, « de le mener à son ennemi! »

Ne pouvait-il donc pas, ce roi qui avait pour armoiries des fers de lance, se montrer en soldat à des soldats et sauver sa couronne en jouant sa vie! Gomment! ni abdiquer, ni régner, ni mourir! Ainsi pensait la fille altière de Marie-Thérèse, que cette rude épreuve trouva tour à tour calme et éplorée, tremblante et intrépide, selon l'inspiration du moment. On raconte que, lasse enfin de dévorer ses larmes, elle présenta un pistolet au roi et lui dit: « Allons, monsieur, voici le moment de vous montrer. » Mais aucun de ceux qui l'entouraient ne dépose de ce fait, qu'elle-même nia, quatorze mois après, devant le tribunal révolutionnaire. Ce qui est plus certain, c'est qu'elle avait affirmé à plusieurs personnes de sa confidence qu'elle « se ferait clouer aux murs du château plutôt que de le quitter. » A Rœderer, elle objecta qu'on n'était pas sans avoir des « forces. » Mais celui-ci insistait avec la violence de l'effroi : « Madame, tout Paris marche ! » Louis XVI releva la tète, regarda fixement Rœderer pendant quelques secondes, puis, se tournant vers la reine : « Marchons, » dit-il, et il se leva.

Ceux de la Cour et les gentilshommes présents voulaient suivre ; Reederer s'y opposa, sentant bien que leur présence ne pouvait que nuire au roi, tant elle était propre à irriter la fureur du peuple ! Mme de Tourzel et la princesse de Lamballe furent seules admises à accompagner la famille royale. A quelques serviteurs dévoués qui insistaient, Louis XVI dit : « Restez où vous êtes, » et l'un d'eux se montrant disposé à désobéir par excès de zèle, le Dauphin fut employé pour le fléchir. « Restez, lui cria l'enfant d'une voix caressante, papa et maman vous l'ordonnent ; moi, je vous en prie. »

Du reste, ni le roi ni la reine ne croyaient que quitter les Tuileries dans ce moment, c'était se condamner à n'y plus rentrer ! « Nous serons bientôt de retour, » disait la reine ; et Louis XVI, avant de partir, pria Lorimier de Chamilly, son premier valet de chambre, dont le collègue était malade, de continuer son service jusqu'à ce que la famille royale fût revenue de l'Assemblée.

Comme on traversait l'Œil-de-Bœuf, le roi, soit trouble, soit prudence, prit le chapeau du garde national qui marchait à sa droite et lui mit sur la tête le sien, qui était garni d'un plumet blanc. Au bas du grand escalier, il dit à Rœderer : « Que vont devenir toutes les personnes qui sont restées làhaut? — Sire, elles sont en habit de couleur, à ce qu'il m'a paru. Celles qui ont des épces n'auront qu'à les quitter, vous suivre et sortir par le jardin. — C'est vrai. » Ainsi rassuré sur le sort des courtisans, et sans prononcer un seul mot qui se rapportât à ces pauvres soldats suisses qu'on abandonnait à leur sombre destinée, Louis XVI franchit pour la dernière fois le seuil de son palais. Il était alors huit heures et demie du matin.

On traversa les Tuileries sans obstacle jusqu'à la terrasse des Feuillants. Les membres du département formaient un cercle, au milieu duquel était la famille royale. Le roi marchait en avant, ayant à ses côtés le ministre des affaires étrangères, Bigot de Sainte-Croix; puis venait la reine, qui donnait le bras à Dubouchage, ministre de la marine, et tenait par la main son fils qu'accompagnait Mme de Tourzel. Suivaient le ministre de la justice avec Madame Royale et Madame Elisabeth, et enfin d'Abancourt, ministre de la guerre, conduisant la princesse de Lamballe. L'escorte se composait d' un détachement de Suisses et de gardes nationaux des Petits-Pères , des Filles-Saint-Tliomas et de la Butte des Moulins. Il était tombé pendant la nuit beaucoup de feuilles que les jardiniers venaient de rassembler en diffé-

rents tas, et le petit prince royal s'amusait à les pousser dans les jambes des personnes qui marchaient devant lui. « Voilà bien des feuilles, dit Louis XVI, elles tombent de bonne heure cette année. » Quelques jours avant, Manuel avait écrit dans un journal que le roi n'irait pas jusqu'à la chute des feuilles!

A environ vingt-cinq pas de la terrasse, une députation de l'Assemblée vint au-devant du roi pour lui offrir un asile. Le perron était couvert d'hommes et de femmes fort animés. « Non, criaient-ils, ils n'entreront pas. Ils sont la cause de tous nos malheurs. Il faut que cela finisse. A bas! à bas ! » Cette fermentation du peuple fit qu'au pied de la terrasse, vis-à-vis le passage des Feuillants, le roi et son escorte furent arrêtés pendant plus d'un quart d'heure. Le roi était ménagé : un garde national provençal lui dit, avec l'accent de son pays : « Sire, n'ayez pas peur, nous sommes de bonnes gens. Seulement, nous ne voulons pas qu'on nous trahisse davantage. Soyez un bon citoyen, sire.... et n'oubliez pas de chasser vos calotins du château ! » Un autre citoyen, se faisant jour jusqu'à Louis XVI, lui cria : « Sacredieu! donnez-moi la main, et f soyez sûr que vous tenez

celle d'un honnête homme. Malgré tous vos torts, je réponds de la sûreté de vos jours ; je vais vous conduire à l'Assemblée nationale; mais pour votre femme, elle n'entrera pas. C'est.... elle qui a fait le malheur des Français. » Cet homme venait d'exprimer d'une manière brutale et cynique, mais fidèle, un sentiment qui dominait parmi le peuple. Car c'était à la reine qu'on imputait tout le mal, et il s'élevait contre elle, du milieu de la foule, des imprécations effroyables. Un sapeur, nommé Rocher, semblait à chaque instant prêt à la frapper d'un poignard qu'agitait sa main furieuse. Gomme on était au moment d'entrer dans l'Assemblée , ce mêmf liomrae arraclie le Datiphin à la reine, qui pousse un cri venu du cœur, et court poser l'enfant sur le bureau des secrétaires.

Louis XVI, sa famille, les ministres, s'étant placés sur les sièges destinés à ces derniers, le roi dit à l'Assemblée : « Je suis venu ici poiu- éviter un grand crime, et je pense que je ne saurais être plus en sûreté qu'au milieu de vous, messieurs. » Vergniaud présidait, il répondit : « Vous pouvez, sire, compter sur la fermeté de l'Assemblée nationale; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits dij peuple et des autorités constituées. »

Il y avait derrière le fauteuil du président un réduit de douze pieds carrés sur six d'élévation, où se tenaient d'ordinaire des journalistes qui assuraient avoir trouvé le moyen d'écrire aussi vite qu'on parle. On appelait ce réduit, qu'une grille en fer scellée dans le mur séparait de la salle, la loge du Logotnchy graphe. Le roi s'étant assis à côté du président, un membre fit observer que la Constitution défendait de délibérer en présence du roi; sur quoi, la loge du Logotachygraphe fut désignée pour le recevoir, lui et sa famille.

Or, déjà le sang avait coulé à Paris; déjà l'on y promenait, odieux trophée, au bout de onze pi([ues, onze tètes de royalistes, qui arrêtés pendant la nuit comme appartenant à une fausse patrouille, avaient été enfermés au poste de la cour des Feuillants, où, vers huit heures du matin, une multitude en délire accourut et les égorgea. Parmi eux se trouvaient l'abbé Bougon, homme d'une force prodigieuse ; un ex-garde du corps connu sous le nom de beau Vigier, et Suleau, ce trop fameux Suleau, dont la plume, trempée dans le même fiel où, pour une autre cause, Marat se plaisait à tremper la sienne, avait tour à tour harcelé la Révolution à Paris, à Bruxelles, à Coblentz. Les prisonniers, dès qu'ils

RENVERSEMENT DE LA ROYAUTÉ

virent îa mort se dresser devant eux, la bravèrent d'un cœur indomptable. Ils périrent, mais en combattant. A la tète de ceux qui les massacrèrent, et conduisant leurs coups, figurait une femme en habit d'amazone, avec deux pistolets à sa ceinture et un sabre en bandoulière. C'était Tliéroigne de Méricourt. Tout ce dont peuvent s'offenser à jamais l'orgueil dune femme, sa coquetterie, sa pudeur, Suleau l'avait dit de Tbé-

roigne; et maintenant elle avait à choisir entre faire tuer son ennemi ou l'humilier en le sauvant. De ces deux manières de se venger, elle préféra la moins fière ; pouvant monter jusqu'au dédain, elle descendit jusqu'au meurtre.

Cependant, le départ du roi avait mis la consternation au château. A quoi bon s'immoler au triomphe d'une cause qui s'abandonnait elle-même? Des bataillons entiers de gardes

THEROIGNE DE MERICOURT

nationaux allèrent rejoindre les faubourgs ou se dispersèrent. Parmi les gentilshommes, quelques-uns versaient des pleurs de rage. Seuls, les soldats suisses étaient satisfaits. « Tant mieux! disaient plusieurs d'entre eux, nous ne serons pas obligés de faire feu! » Mais ainsi ne l'entendaient pas leurs chefs. Eux, dans leur courage insolent, ils brûlaient de combattre; et, à l'exception du sous-lieutenant Ignace Maillaidoz, tous ils voulaient qu'on en finît avec cette canaille.

Cette canaille parut : c'était le peuple.

C'était le peuple, dans la plus large acception du mot. Car la première bande des assaillants — le corps de bataille était encore loin — montrait, marchant côte à côte, des hommes de toutes les classes ; la garde civique y était mêlée aux gens à piques ; les bourgeois y fraternisaient avec les ouvriers ; les départements, représentés par les fédérés, Marseillais, Brestois, n'y faisaient qu'un avec Paris. Et par qui cette avant

garde se trouvait-elle commandée? Par le comédien Michot, par l'architecte LefVanc, par les gardes nationaux Pavier, Chambellan, Macret, Lavillette, Pierson. Pendant la nuit, les royalistes avaient répandu le bruit que l'objet de l'attaque attendue était d'assassiner le roi ; qu'il s'agissait de repousser des brigands; que les Marseillais n'étaient pas autre chose; que la plupart avaient été fouettés et marqués. Quelle ne fut pas la surprise de ces pauvres soldats suisses, lorsqu'au lieu des brigands qu'on leur avait annoncés ils virent s'avancer des gardes nationaux 1 Mais la discipline était là. Le maréchal de Mailly ayant rencontré en face du grand escalier le capitaine suisse Durler, lui annonce qu'il est chargé, de la part du roi, de prendre le commandement du château. Durler alors, lui demandant ses ordres : « De ne pas vous laisser forcer, » répond le maréchal de Mailly. Le capitaine dit qu'on pouvait y compter.

Au même instant, le portier du roi ouvrait lui-même la porte Royale aux assaillants, qui entrèrent en élevant leurs chapeaux et en faisant signe aux Suisses de venir les joindre. De ceux-ci, un certain nombre garnissaient les croisées : en signe de paix, ils se mettent à jeter leurs cartouches dans la cour. Les assaillants la traversent, arrivent au vestibule, s'arrêtent.... Emouvant spectacle! sur chaque marche du grand escalier qui monte à la chapelle, une rangée de soldats, immobiles sous le regard sévère de leurs officiers, muets, couchant en joue la foule. S'ils tirent, le carnage, dans cet espace resserré, va être épouvantable. Westermann et les Marseillais essayèrent d'en détourner l'horreur, le premier par de vives adjurations prononcées en langue allemande, les seconds par cette pantomime provençale d'un effet plus puissant que la parole. Et ce ne fut pas en vain.

Ces hommes, qui semblaient de pierre, s'ébranlent; deux se laissent amener, puis deux autres, et cela avec des larmes dans les yeux. Un moment on put croire tout gagné. Déjà au sergent Blazer déclarant que les enfants de l'Helvétie n'étaient pas pour rendre leurs armes, les Marseillais avaient répondu par ce cri : « Yivent les Suisses ! nous ne les désarmerons pas! » Mais voilà que soudain, du haut des appartements qu'occupaient les gentilshommes , des coups de feu partent, et les deux Suisses qui venaient de se laisser amener tombent.

Alors, avec l'idée de trahison, la terreur, la rage, le désespoir entrent dans toutes les âmes. Au milieu de la confusion, les Suisses de l'escalier reçoivent l'ordre de. faire feu, ils obéissent.... et, sous le vestibule, là où venait de s'agiter une multitude d'êtres pleins du feu de la vie, il n'y eut plus qu'une pâle montagne de visages morts.

Les assaillants avaient à tirer sur des murailles ; leurs adversaires tiraient sur des hommes ; les canons du peuple grondèrent sans tuer, et tout coup venant des Suisses portait; en un clin d'œil , la cour se trouva évacuée. Elle était jonchée de morts et de mourants.

Les Suisses font une sortie, conduits par Pfyffe'r, prennent quatre pièces de canon , s'emparent de la porte Royale et traversent le Carrousel, poussant devant eux la déroute , tandis qu'un de leurs détachements , sous la conduite du capitaine Henry de Salis, marche droit à la porte du Manège , y saisit trois canons et les amène jusqu'à là grille du château. Gela fait, le second détachement alla rejoindre le premier sur le Carrousel, et les Suisses réunis, tirant de toutes parts, inondèrent la place de sang.

Un grand nombre de citoyens fuyaient en désordre; mais il y en eut qui se montrèrent héroïques. On en vit qui, armés de simples bâtons pointus, s'élançaient vers les Suisses,

lesquels , selon le mot de Pétion , a faisaient un feu d'enfer. » Les Brestois furent admirables. Marseille, à ceux de ses enfants qu'elle avait envoyés au secours de la Révolution, n'avait demandé que de savoir mourir : ils moururent. On cita ce trait d'un Marseillais qui, en expirant, dit à un de ses compagnons, sans armes : « Je te lègue mon fusil. Fouille dans mes poches, tu y trouveras des cartouches. »

Quoi qu'il en soit, la place du Carrousel fut balayée comme l'avait été la cour Royale. Mais si les Suisses fe crurent vainqueurs, ils se trompaient. C'était seulement l'avant-garde de l'insurrection qui avait donné , et les deux redoutables

faubourgs s'avançaient en noires colonnes

L'Assemblée, pendant ce temps, était livrée à une agitation à laquelle la grandeur même du péril imprima bientôt un caractère sublime. Rœderer avait fini son rapport, et l'on venait de voter un décret qui mettait les personnes et les propriétés sous la sauvegarde du peuple de Paris, lorsque tout à coup on entend une décharge de canons. Tous tressaillent. « Du calme ! dit le président. N'êtes-vous pas à votre poste? » La nouvelle arrive que les Suisses ont engagé le combat. « Qu'il leur soit défendu de tirer! » crient plusieurs voix. Rœderer, en terminant son rapport, avait dit : « On m'informe en ce moment que le château vient d'être forcé. « Ce fut sous le coup de ces paroles qui rendaient la royauté tout au moins incertaine de sa victoire, que Louis XVI signa la défense aux Suisses de tirer. Mais n'est-il pas trop tard? Les coups de canon redoublent, accompagnés du bruit de la mousqueterie. Des citoyens armés paraissent à l'une des entrées de la salle. Plusieurs députés se précipitent audevant d'eux pour leur en interdire l'accès. Le président se couvre. Au cri de vive la nation.' poussé par tous les députés, les citoyens armés se retirent. Mais comme la foule c^ui environne la salle augmente de minute en minute, et que la loge occupée par la famille royale peut être envahie, on arrache le grillage en fer qui sert à l'isoler, et Louis XVI luimême s'y emploie. Or, le bruit du combat continuait, laissant ainsi toute latitude aux espérances et aux terreurs contraires. Quelle serait l'issue? 0 liberté, est-ce l'heure de tes funérailles qu'on sonne? Une voix proposa un serment, celui de mourir, s'il le fallait, pour le droit, qui est immortel; et aussitôt, saisie d'un funèbre enthousiasme, l'Assemblée entière debout, la main étendue, prit cet engagement sacré, aux acclamations des tribunes palpitantes. ,

A voir le roi, en présence de ces transports, on l'eût dit complètement étranger à la situation. Esclave, comme presque tous ceux de sa race, du pouvoir des appétits physiques, il s'était fait apporter une pêche qu'il mangeait tranquillement, — tous les yeux étant fixés sur lui, — pendant cju'à ses côtés la reine, le visage en feu, prêtait une oreille avide au retentissement de la fusillade. Elle croyait encore au triomphe, elle y croyait tellement, qu'au bruit de ces mêmes canons pointés contre sa couronne, elle dit à d'Hervilly, alors auprès d'elle : « Eh bien ! n'avons-nous pas bien fait de ne pas partir? » D'Hervilly répondit : « Je souhaite de tout mon cœur, madame, que Votre Majesté puisse me faire la même C[uestion dans six mois d'ici ! »

Cependant, on pressait de toutes parts Louis XVI d'arrêter le combat. Mais comment, au milieu du feu continuel des assiégeants et des assiégés , faire parvenir un ordi-e au château? D'Hervilly s'offrit à le porter, « si le roi voulait l'autoriser à en faire l'usage qu'il jugerait le plus avantageux. » En d'autres termes, d'Hervilly se réservait, ou de communiquer l'ordre s'il trouvait que les Suisses eussent le dessous, ou de le garder dans le cas contraire ! Le roi, la reine, ton-

RENVERSEMENT DE LA ROYAUTÉ

chés du péril qu'allait courir leur serviteur, essayèrent d'abord de le retenir; Madame Elisabeth alla même jusqu'à le prendre nvement par le bras; mais les murmures de l'Assemblée devenant plus impérieux, Louis XVI se décida à laisser partir d'Hervilly.

Celui-ci, après divers dangers affrontés intrépidement, parvint à pénétrer jusque dans la cour des Suisses. Mais « loin de parler de l'ordre du roi, il ne s'occupa que des dispositions propres à fortifier la défense. » Son projet était de ne faire usage de l'ordre cpi'après avoir tenté tous les moyens de

force possibles pour réduire les rebelles..,. S'il eût réussi, la sommation dont il était porteur devenait inutile. Dans le cas contraire,... « l'ordre du l'oi qu'il aurait alors représenté eût mis Sa Majesté à couvert. » Cette circonstance grave, avouée par Bertrand de Molleville qui la tenait de d'Hervilly lui-même, résout la question de savoir si l'ordre de cesser le feu fut un acte d'humanité, ou un calcul habile !

Malheureusement pour la cause royaliste, les choses, dans l'intervalle, avaient bien changé de face. Les fuyards de l'avant-garde s'étaient répandus dans toutes les directions, se

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