‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 29 sur 100 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LES THERMOPYLES DE LA FRANCE

OUT assassinat est un suicide. Dans la victime, le corps seul est tué ; mais ce qui est tué dans le meurtrier, c'est l'âme!

Après le massacre, Paris tomba dans une stupeur profonde, comme un homme qui, recouvrant tout à coup sa raison, se souvient de l'avoir perdue. Les passants se regardaient d'un air hébélé. Le meurtre avait fini par se faire horreur à lui-même. Parmi les égorgeurs, quelques-uns donnèrent des signes de folie à faire supposer qu'au vin qu'ils avaient bu s'était trouvée mêlée quelque drogue mystérieuse et terrible. Un portefaix, connu depuis vingt ans dans la rue Saint-Jean de Beauvais pour son irréprochable probité, mais (jue l'effroyable contagion avait enveloppé, fut rencontré, six

LES THERMOPYLES DE LA FRANCE

jours après, à son yoste ordinaire, dans un état de démence vraiment lugubre. Le malheureux tremblait de tous ses membres, et d'une bouche écumante demandait sans cesse à boire sans pouvoir jamais se désaltérer. « J'ai bien travaillé, disait-il; j'ai tué pour ma part plus de vingt prêtres. » Et il se répandait en discours dont chaque phrase était interrompue par ces mots : ■• J'ai soif. »

Puis, vint le tour de l'anarchie, qui n'est qu'une forme de la tyrannie, et la pire de toutes. Profitant du prestige de terreur qui entourait la dictature de l'Hôtel de Ville, des tyrans de rencontre se paraient hardiment de l'écharpe muni-

cipale, et mettaient au service de leurs passions un pouvoir ([u'ils calomniaient en l'usurpant. C'est ainsi que fui'ent lancés, au nom de la Commune, nombre de mandats d'arrêts dont elle n'avait jamais eu connaissance. Il y eut d'étranges scènes de désordre ; et, par exemple, au Carrousel, à travers les décombres de quelques maisons démolies, l'ouverture d'une cave ayant été aperçue, les assistants y descendirent et s'y enivrèrent, ces vins étant considérés comme de bonne prise parce qu'on avait persuadé au peuple qu'ils étaient destinés aux Suisses.

De leur côté, les malfaiteurs sortaient de leurs lanières.

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