‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 33 sur 100 · LE DUC DE MONTPENSIER · texte numérisé non relu

LE DUC DE MONTPENSIER

subalterne, il avait négligé le passage de la Gi'oix-aux-Bois, où cent hommes seulement figuraient une défense • averti par ses espions, le général Clairfayt, dès le matin du ]3, envoie le prince Charles de Ligne attaquer les abatis Ils ne

consistaient que dans quelques arbres coupés et jetés, sans aucune liaison, en travers du chemin : les Impériaux n'eurent pas de peine à s'ouvrir un passage, et les cent hommes, trop faibles pour résister longtemps, s'enfouoèrent dans les bois.

A cette nouvelle, Duraouiiez se hâte d'envoyer deux brigades sous les ordres du trénéral Ghazot, pour reprendre le poste, qui est effectivement enlevé. Mais faisant soutenir ses premières troupes, Clairfayt tourne le flanc droit des Français, s'empare une seconde fois du défilé, après un combat où le jeune prince de Ligne perdit la vie, et forçant Chazot k passer l'Aisne à Vouziers, le sépare entièrement du gros de l'armée française.

En même temps, une colonne d'émigrés assaillait le Ghène- Populeux, dont les défenseurs, coupés à leur tour du corps principal, se retu-aient sur (^liàlons.

Réduit par cette double retraite à une armée de quinze mille horames; ayant quarante mille Prussiens devant lui, et derrière lui Clairfayt avec vingt- cinq mille combattants; enfermé par les rivières de l'Aire et de r,\isne et par la forêt; dépourvu de vivres, presque sans munitions, dominé par sa gauche, Damouriez se trouvait dans une position désespérée : il en sortit par un coup de génie. « Je serai plus heureux que Léonidas, » avait-il mandé fièrement à l'Assemblée. La prédiction se réalisa.

Sur-le-champ, avec cette rapidité de conception qui est le propre des grands capitaines , Dumouriez résolut de gagner le camp de Sainte-Ménehould par une marche nocturne, d'y rassembler ses forces éparses , et de se maintenir de la sorte dans les défilés de l'Argonne, même avec les coalisés sur ses derrières. Il perdait ainsi la route de Chàlons , la route de Paris, mais il conservait celles de Vitry et de Metz, ce qui assurait sa jonction avec le corps de Kellermann.

Il était en train de donner ses ordres et de faire ses dispositions pour l'exécution de ce plan , lorsque , dans la nuit du H au 1.5 septembre, traversant à cheval la rivière d'Aire, un parlementaire, parti du corps du prince de Hohenlohe, se présenta aux avant-postes. C'était le major Massenbach qui venait, de la part du duc de Brunswick, tenter la voie des négociations avec Dumouriez, au moment même où, pour le général français, tout semblait perdu ! On banda les yeux an major, et six dragons le conduisirent au commandant d'avantgarde. Dumouriez était trop fin pour se prêter à une entrevue ([u'on aurait pu si aisément lui imputer à trahison : il fit recevoir le parlementaire par le vieux général Du val, lequel eut soin d'affecter, sur le résultat de la campagne, une confiance à laquelle donnaient beaucoup d'autorité son air vénérable, sa haute taille et sa chevelure blanche.

Le major Massenbach y fut trompé, et tandis qu'il retournait faire un rapport dont la présomption du roi de Prusse devait s'indigner , Dumouriez, laissant ses feux allumés, levait le camp de Grand-Pré, se mettait en marche à la faveur d'une nuit orageuse, passait l'Aisne à Senuque, et allait se mettre en bataille sur les hauteurs d'Autry. Le 17 septembre, il franchit la Bionne , et , par une marche sur trois colonnes, entra dans son camp de Sainte-Ménehould. L'armée était sauvée.

Elle venait , au reste , dans ce mouvement fuitif à la fois et hardi , d'échapper à deux grands périls , d'abord à celui d'une panique produite par une charge inattendue de quinze cents hussards prussiens, et ensuite à celui d'une très-vive alerte causée par des traîtres, qui se mirent à courir, jusqu'à trente ou quarante lieues, par Rethel, Reims, Châlons, Vitry, publiant partout que l'armée avait été trahie, qu'elle était anéantie, que Dumouriez et ses généraux étaient passés aux Prussiens. C'était là le cri des fuyards, et « ils soutenaient au général lui-même qu'il avait déserté, pendant qu'il les accablait de coups de plat de sabre. »

En ces circonstances critiques, Dillon, Stengol e! Miranda

déployèrent beaucoup de présence d'esprit et de fermeté. Quant à Dumouriez, il était resté lui-même. A son camp de Sainte-Ménehould, vingt-huit fuyards lui ayant été amenés, il leur fit raser les cheveux et les sourcils, leur ôta leurs uniformes, et les renvoya comme des lâches.

Pendant ce temps , le duc de Brunswick entrait à Grand- Pré , débouchait par Vouziers et Autry, et faisait avancer son aile gauche en échelons comme pour envelopper Dumouriez.

Le 19, de la hauteur de Montrémoi, un grand mouvement fut remarqué dans le camp de ce dernier, par quelques soldats prussiens engagés dans une affaire d'avant-poste . les cavaliers étaient en selle, les fantassins allaient çà et là, l'aile droite détendait ses tentes, la gauche seule restait immobile. Sur le rapport qu'on lui en fit , le roi de Prusse crut que Dumouriez cherchait encore une fois à lui échapper, et, sans consulter Brunswick, il donna l'ordre de mettre toutes ses troupes en marche, de manière à achever de tourner l'armée française. Il ne doutait point qu'il ne trouvât devant lui des colonnes en retraite ; mais il ne tarda pas à être détrompé : le mouvement aperçu dans le camp de Sainte-Ménehould provenait, d'une part de la jonction de Beurnonville, et d'autre part de celle de Kellermann, ce qui portait l'armée française à cinquante trois mille hommes.

Le camp de Dumouriez, ayant l'Aisne à sa droite, et à sa gauche des prairies marécageuses, occupait un plateau qu'une yallée étroite sépare de la hauteur de la Lune, restée fameuse dans l'histoire de ces temps : ce fut là que, le 20 septembre, à trois heures du matin, les Austro-Prussiens vinrent se déployer. En face d'eux, sur la hauteur du moulin de Valmy, était l'armée de Kellermann, (pi'un épais brouillard leur déroba jusqu'à sept heures II y avait cela d'extraordinaire dans les positions respectives, que les Français faisaient face à la France, tandis que l'ennemi se trouvait avoir derrière lui lu pays qu'il venait envahir.

Il semble que les lieux aient leurs destinées comme les hommes une première fois déjà , ce même endroit avait vu une invasion formidable vaillamment repoussée ; oui, c'était dans ces mômes champs calalauniens qu'en 441 Attila, vaincu par Aétius , Théodoi ic et Méi'ovée, avait perdu le quart des cinq cent mille barbares qu'il traînait au sac des Gaules

Brunswick avait lait avancer cinquante- hu't 1 o'iches à feu. Kellermann, de son côté, avait mis en ligne sts laiteries. Parmi les jeunes guerriers qui se pi essaient autour du vieux général, figu -ait le duc de Chartres, plus tard Louis- Philippe. Il avait alors le grade de lieutenant général, et le duc de Montpcis'er, son frère, lui servait d'aide de camp.

Bientôt l'air s'ébranla, les échos de la vallée mugirent, et le front des deux armées parut tout en feu. Goethe était là , étudiant les effets de la canonnade : « C'est un bruit singulier, écrivait-il au retour, un bruit qu'on dirait composé du bourdonnement de la toupie, du murmure des ondes et du sifflement des oiseaux. Par degrés , vous arrivez à éprouver une sensation extraordinaire, qui ne saurait être exprimée que par comparaison. C'est comme si vous étiez dans un endroit excessivement chaud, et dont la chaleur vous pénétrerait de toutes parts, de manière à vous faire sentir que vous vous trouvez parfaitement en harmonie avec l'élément qui vous entoure. La vue ne perd rien de sa force et de sa netteté; mais il semble que (haque objet devient d'un rouge foncé, ce qui en rend l'impression plus vive. »

Or, tandis que, la bride sur le cou de son cheval, Gœthe

LES THERMOPYLES UE LA FRANGE

se laissait ainsi distraire, parle bruit du canon, de son Faust que précisément alors il méditait , les jeunes volontaires de l'armée de Kellermann déployaient, sous le feu, la fermeté de vieux soldats. Dumouriez, qui parle avec une violence où percent ses rancunes, de l'esprit d'insubordination qu'apportaient avec eux les fédérés, ne va pas, du moins, jusqu'à nier ce que leur attitude eut d'héroïque. Elle fut telle, que Brunswick en resta comme saisi de stupeur. Au plus fort de la canonnade, ayant aperçu la cavalerie française à pied , et dont les chevaux non bridés mangeaient encore le foin, il se retourna vers ses officiers et leur dit • Voyez, messieurs.

à quelles troupes nous avons affaire, qui attendent avec sangfroid que nous soxjons sur elles pour monter à cheval et nous charger.

Vers dix heures, cependant, deux obus partis des batteries prussiennes causèrent un peu de confusion dans l'armée française, en faisant sauter des caissons près du moulin, et Kellerraaun eut son cheval tué sous lui. Le roi de Prusse croit le moment favorable pour l'attaque; lui-même il ordonne à son infanterie de se former sur trois colonnes, et de marcher en avant De son côté , après avoir tout préparé en vue d'un choc décisif, Kellermann, le visage rayonnant d'en-

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